Extrait

Valéry, tenter de vivre
de Benoît Peeters

Le 18/01/2015 à 07:08

Auteur : Benoît Peeters
Editeur : Flammarion
Genre : lettres et linguistique critiques et essais
Date de parution :
ISBN : 9782081259553
Total pages : 408
Prix : 23 €
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Résumé du livre
Paul Valéry est bien autre chose que ce que la postérité a fait de lui. Derrière l’académicien aux éternelles moustaches se cache un penseur qui, toute sa vie, de silences en éclats, s’est débattu avec son désir de littérature. Derrière le disciple de Mallarmé, le poète glorieux et le contempteur du roman, voici un prosateur à la langue superbe, énergique et multiforme. Derrière l’écrivain mondain, c’est un homme désargenté, contraint, pour « faire bouillir la marmite », de servir un vieillard des décennies durant ou de monnayer ses propres manuscrits. Derrière le pur esprit, on découvre l’ami exigeant de Gide et de Louÿs, mais aussi un amant fragile et brûlant dans sa liaison tourmentée avec Catherine Pozzi ou ses passions pour Renée Vautier et Jeanne Loviton. Les funérailles nationales du 25 juillet 1945 furent celles d’un homme au destin tragique, pour qui « tenter de vivre » ne fut pas que la moitié d’un vers. Impénitent lecteur de Valéry, nourri d’archives et de correspondances inédites, Benoît Peeters nous livre le portrait empathique d’une des plus fascinantes figures d’écrivain qui ait jamais existé, et renouvelle avec brio la lecture de son œuvre.

 

Premier chapitre



 

 

 

 

Pourquoi Valéry

 

 

Le 7 avril 1942, à Paris, une jeune fille de 21 ans prend l’autobus 92 jusqu’à la place de l’Étoile, puis elle descend l’avenue Victor-Hugo. L’appréhension la gagne peu à peu. Au coin de la rue de Villejust, elle est brièvement prise de panique. « Il faut que je prenne les responsabilités de mes actes », se dit-elle. Comme dans un demi-rêve, elle sonne au numéro 40 et demande à la concierge si l’on n’a pas laissé un petit paquet à son attention. La concierge lui remet un livre, tout emballé de blanc, que la jeune fille ouvre sitôt la porte franchie :

Sur la page de garde, il y avait, écrit de la même écriture : « Exemplaire de mademoiselle Hélène Berr », et au-dessous : « Au réveil, si douce la lumière, et si beau ce bleu vivant. Paul Valéry ».

Et la joie m’a inondée, une joie qui venait confirmer ma confiance, qui s’harmonisait avec le joyeux soleil et le ciel bleu tout lavé au-dessus des nuages ouatés. Je suis rentrée à pied, avec un petit sentiment de triomphe à la pensée de ce que les parents diraient, et l’impression qu’au fond l’extraordinaire était le réel1.

Hélène Berr mourra à Bergen-Belsen, en avril 1945, quelques jours avant la libération du camp. Son journal – qui s’ouvre sur le récit de la visite rue de Villejust – ne sera publié qu’en 2008.

 

À Lyon, le 30 juillet 1942, un jeune résistant nommé Daniel Cordier devient le secrétaire de « Rex », alias Jean Moulin. Dans les conversations des deux hommes, il est souvent question de Paul Valéry. Jean Moulin admire particulièrement Regards sur le monde actuel, entre autres les essais « La Liberté de l’esprit » et « L’Europe ». Mais il considère aussi Valéry comme le plus grand poète français et peut réciter nombre de ses vers. Le 16 décembre 1942, Jean Moulin évoque devant Daniel Cordier les institutions qu’il conviendrait de mettre en place à la Libération. Si le président de la République est cantonné à un rôle symbolique, il serait bon, pense-t-il, de choisir un intellectuel. « Son rôle politique sera aussi effacé que celui de ses prédécesseurs, mais après ces années misérables, la France aura besoin de retrouver son éclat culturel. Pourquoi pas Paul Valéry ? Peut-on espérer mieux pour le rayonnement de la France2 ? »

 

Valéry s’éteint peu après la fin de la guerre, le 20 juillet 1945. Quatre jours plus tard, son cercueil est porté solennellement de la place Victor-Hugo au Trocadéro avant d’être déposé sur un haut catafalque. Le 25 juillet sont célébrées les funérailles nationales, voulues par le général de Gaulle qui, comme Jean Moulin, le lisait et l’admirait depuis longtemps. Le même jour, André Gide, son ami de cinquante ans, lui rend hommage à la une du Figaro : « La mort de Paul Valéry n’endeuille pas seulement la France ; du monde entier s’élève la plainte de tous ceux que put atteindre sa voix. L’œuvre reste, il est vrai, immortelle autant que peut prétendre à l’être une œuvre humaine et dont le rayonnement continuera de s’étendre à travers l’espace et le temps3. »

 

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