Extrait

Un petit roman lumpen
de Roberto Bolaño

Le 10/03/2013 à 14:25 - 0 commentaire

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ISBN : 9782267023152

Editeur : Christian Bourgois

Prix grand format : 12 €

 

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Résumé du livre
Dans ce court roman, Roberto Bolaño abandonne les territoires qui ont marqué son parcours et son imaginaire personnel pour se déplacer vers la ville de Rome. C'est le décor où plusieurs personnages excessifs déambulent, tendus entre l'inquiétude et la folie. Après la mort soudaine de ses parents dans un accident de voiture, Bianca, la jeune protagoniste, commence en effet une véritable descente aux enfers, côtoyant la délinquance et le mal. rnElle se rappelle sa vie avec son frère, tous deux adolescents au moment de la mort brutale de leurs parents. Livrés à eux-mêmes, ils abandonnent rapidement leurs études et vont essayer de survivre : Bianca, la narratrice, travaille dans un salon de coiffure, son jeune frère se fait engager dans un gymnase où il fait la connaissance de deux individus étranges, le Bolognais et le Libyen. Ces derniers finissent par proposer à la jeune fille de se prostituer à un ancien acteur de péplums, Maciste, afin de pouvoir le voler. rnDe la même manière que le titre du roman est un écho ironique aux trois petits romans bourgeois de l'écrivain chilien José Donoso, Rome et son passé, ici rappelé par le personnage de Maciste, héros de péplum, ancienne figure du nationalisme et du fascisme italien, n'apparaissent que sous leurs aspects les plus défaits. Il n'y a plus rien d'épique, Maciste est aveugle, sa gloire n'est même plus un souvenir et il n'apparaît que parce que les deux personnages indifférenciés - le Libyen et le Bolognais - veulent le voler (est-il vraiment riche, le lecteur en doute). rnBolaño recycle donc cette fin de l'épopée, du grand récit (de carton pâte), se rappelle sans doute de la prostituée fellinienne qui erre dans les Nuits de Cabiria, affirmant une nouvelle fois que l'expérience de la difficile frontière entre le bien et le mal est faite par les personnages à la marge, pasoliniens pour rester en Italie, pris entre la terreur à la solitude extrême et l'impérieuse nécessité de l'affection, comme le dit Patricia Espinosa. rnLe titre modeste et ironique de Petit roman lumpen ne doit pas tromper le lecteur : nous sommes bien face à une oeuvre - la dernière publiée du vivant de l'auteur - où, une fois de plus, sont rassemblés des personnages touchants, luttant pour leur survie, cherchant l'amour, en équilibre au bord d'un abîme.

 

Premier chapitre

À présent je suis une mère et aussi une femme mariée, mais il n’y a pas longtemps j’ai été une délinquante. Mon frère et moi on s’était retrouvés orphelins. D’une certaine manière, ça justifiait tout. On n’avait personne. Et tout était arrivé du jour au lendemain.

Nos parents sont morts dans un accident de voiture, au cours des premières vacances qu’ils ont prises seuls, sur une route pas loin de Naples, je crois, ou sur une autre horrible route du Sud. Notre voiture était une Fiat jaune, d’occasion, mais qui avait l’air neuve. Il n’en était resté qu’un tas de ferraille grise. Lorsque je l’ai vue, dans la casse de la police où il y avait d’autres voitures accidentées, j’ai demandé à mon frère de quelle couleur elle était.

— Elle n’était pas jaune ?

Mon frère m’a dit que oui, bien sûr qu’elle était jaune, mais c’était avant. Avant l’accident. Les collisions déforment la couleur ou déforment notre manière de percevoir la couleur. Je ne sais pas ce qu’il a voulu dire par là. Je le lui ai demandé. Il a dit : lumière… couleur… tout. J’ai pensé que le malheureux était plus affecté que moi.

Cette nuit-là, on a dormi dans un hôtel et, le jour suivant, on est retournés à Rome en train, avec ce qui restait de nos parents, accompagnés d’une assistante sociale ou d’une éducatrice ou d’une psychologue, je ne sais pas, mon frère a posé la question et je n’ai pas entendu la réponse parce que j’étais en train de regarder le paysage par la fenêtre.

À l’enterrement, seule une tante est venue, une sœur de ma mère, et, derrière ma tante, il y avait ses deux filles atroces. Je ne l’ai pas quittée des yeux (mais ça n’a pas duré non plus bien longtemps) et, plus d’une fois, j’ai cru découvrir un demi-sourire sur ses lèvres, ou parfois un sourire tout entier, et j’ai su alors (même si en réalité je le savais depuis toujours) que mon frère et moi on était seuls dans ce monde. L’enterrement a été bref. À la sortie du cimetière, on a embrassé notre tante et nos cousines et on ne les a plus revues. Pendant qu’on marchait en direction de la station de métro la plus proche, j’ai dit à mon frère que ma tante avait souri, pour ne pas dire qu’elle avait franchement rigolé, pendant qu’on introduisait les cercueils dans leurs niches respectives. Il m’a répondu que lui aussi s’en était rendu compte.

À partir de ce moment-là, les journées ont changé. Je veux dire, le cours des journées. Je veux dire, ce qui unit et en même temps marque la frontière entre un jour et l’autre. D’un coup, la nuit a cessé d’exister et il n’y a plus eu que soleil et lumière, sans interruption. Au début, j’ai pensé que c’était dû à la fatigue, au choc produit par la disparition soudaine de nos parents, mais lorsque j’en ai parlé à mon frère, il m’a répondu que la même chose lui arrivait. Soleil et lumière et explosion de fenêtres.

 

 

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