Extrait

Trip ; psychédéliques, aliénation et changements
de Tao Lin

Le 10/12/2019 à 15:55

Auteur : Tao Lin
Editeur : Au Diable Vauvert
Genre : Critiques et essais
Date de parution : 17/10/2019
ISBN : 9791030702965
Total pages : 406
Prix : 22.00 €
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Résumé du livre
Qu’est-ce que l’inspiration ? Que nous apportent les états de conscience altérés ? Que cherche-t-on au-delà des perceptions rationnelles ? Après avoir découvert le travail prolifique de Terence McKenna, fervent défenseur des psychotropes, dont la vision du monde et les théories sur la drogue présentent un mode de vie alternatif. Tao Lin s'est lancé dans ses propres expérimentations, offrant une approche inédite des effets des stupéfiants sur le corps humain.

Dans la lignée de Michaux, Burroughs, McKenna ou de la Chemical Generation, Tao Lin, expérimente et explore, d’un psychotrope à l’autre et de façon inédite, les effets des stupéfiants sur le corps et la psyché humains.

« Une incursion sous psychotropes dans l’addiction et les psychédéliques par un psychonaute visionnaire. »
Kirkus Review

Poète, romancier, nouvelliste, Tao Lin vit à Brooklyn et est l’une des voix les plus remarquées de la jeune littérature américaine. Ses livres sont publiés en France au Diable vauvert.
trad. Charles Recoursé

 

Premier chapitre
Introduction
 
J’apprends l’existence de Terence McKenna (1946-2000) le 14 septembre 2012. La veille, j’ai terminé le premier jet de Taipei, mon septième livre, troisième roman, et premier à inclure des psychédéliques. Je suis dans mon studio, zombifié et déprimé par mon rapport jusqu’au-boutiste aux amphétamines et autres drogues et l’achèvement de mon roman. Je clique sur une vidéo YouTube dans laquelle Joe Rogan – que je connais vaguement parce qu’il a présenté l’émission Fear Factor – parle avec enthousiasme et virulence de la DMT, un composé interdit par la loi que produisent de nombreuses espèces végétales et animales, dont les humains.
À un moment, Rogan cite un nom sur un ton disant « si vous pensez que je suis fou, vous devriez écouter ce type ». Ce nom, c’est celui de Terence McKenna, une personne qui pouvait fumer de la DMT et, une minute plus tard, immanquablement, se retrouver dans une « dimension inattendue » peuplée d’« elfes mécaniques en mutation » qui parlaient anglais et une sorte de « langage visible » et faisaient des allers-retours entre son corps et l’extérieur, « couraient dans tous les sens en gazouillant et en chantant ». Pour décrire ces choses, qu’il qualifiait aussi d’« elfes fractals » et de « ballons de basket incrustés de pierres précieuses qui dribblaient tout seuls », McKenna employait l’épithète « loufoques ». Il supposait qu’il s’agissait de personnes mortes dans une « écologie des âmes », d’humains du futur, ou d’entités venues d’un monde parallèle avec leurs propres espoirs et problèmes.
La semaine suivante, seul dans mon studio, que le soleil n’éclaire jamais directement, j’écoute Terence McKenna faire de « petits bruits de bouche », ainsi qu’il nommait le langage humain, pendant plus de trente heures sur YouTube – notamment au cours d’un séminaire de dix heures et vingt-trois minutes réparties sur trois jours – avec un intérêt soutenu. Selon mes estimations, c’est la première fois que j’écoute une personne parler pendant plus de cinq à sept heures sur YouTube. Cet intérêt sans précédent m’étonne. McKenna semble prendre un grand plaisir à des sujets que je viens de dépeindre dans mon roman comme des sources de désolation, de désespoir et de désorientation – la technologie, les drogues, l’existence humaine et le futur.
Il s’exprime sur une foule de centres d’intérêt d’abord disparates mais qui m’apparaissent de plus en plus comme une « toile » en expansion reliant des sujets interconnectés. Il parle de conscience, de langage, de littérature, d’art, de mémoire, de temps, de religion, de rêves, de poulpes, de mathématiques, d’extraterrestres, de biologie, de botanique, de chamanisme, de schizophrénie, de psychothérapie, d’aliénation, de culture, de sexe, de lumière, de mort, d’ADN, du Yi Jing, d’internet, de réalité virtuelle, de nanotechnologies, d’intelligence artificielle, de famille, de fractales, d’émotions, de science-fiction, d’émancipation personnelle, et, au centre de tout cela, la force qui impulse et soutient la construction et la complexification de cette toile, se trouve l’« expérience psychédélique », et plus particulièrement des effets de la psilocybine et de la DMT sur les humains.
Dans son modèle de l’univers, la singularité – un attracteur mystérieux qui nous aimante – réside à la fin, et non au commencement, contrairement au Big Bang ; il qualifie cette théorie de « test des limites de la crédulité » car elle exige que l’on accepte le scénario le moins plausible qui soit, à savoir que tout serait apparu du néant en un instant, sans la moindre raison.« Si vous réussissez à croire en ça, vous pouvez croire en n’importe quoi », dit McKenna, et ce faisant il réussit à me représenter, avec la soudaineté stimulante d’une illumination, une chose que j’ai croisée nombre de fois – et qui ne m’a jamais « rien » dit –, sous la forme d’une absurdité grotesque, choquante, presque inquiétante.
Lors d’un séminaire en 1994, McKenna se remémore des questions qu’il se posait en 1961, alors qu’il avait quatorze ans : « Que sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ? » Sa réaction – qui lui paraît sensée – a été de chercher les réponses à ses questions dans notre banque de données culturelles. Et voici ce qu’il y a trouvé :
 
Nos tentatives ne sont guère que des histoires à moitié achevées qu’on se raconte autour du feu. Au fond, nous ne connaissons pas notre malheur. Nous sommes face à un phénomène que nous parvenons à peine à faire entrer dans notre sphère cognitive, et ce phénomène n’est rien de moins que notre existence. Qu’est-ce que ça veut dire, exister ? Qu’est-ce que ça veut dire, surtout, d’être une créature biologique – un animal –, qu’est-ce que c’est ?
 
Que voulait donc dire cela, dans le contexte d’une culture douée d’un langage, de canons esthétiques et de théories cosmiques ? McKenna ne se satisfait pas des réponses classiques. Mais c’est aussi à quatorze ans, d’abord grâce aux Portes de la perception (1954) d’Aldous Huxley (1894-1963), qu’il découvre « la gamme complète des substances modificatrices de conscience » – cannabis, LSD, DMT, psilocybine, mescaline – qui ont intégré « la boîte à outils des penseurs occidentaux » au cours du siècle passé. Ces substances, baptisées psychédéliques, nous propulsent dans l’inconnu métaphysique en dissolvant nos frontières, notamment idéologiques et personnelles. McKenna explique :
 
Toutes les choses auxquelles vous pourriez vous raccrocher – le catholicisme, l’idéal démocratique, le hassidisme, le marxisme, le freudisme –, toutes ces choses deviennent des artefacts folkloriques, des masques peints et des hochets façonnés par des personnes bien intentionnées mais à côté de la plaque. Je pensais que ce processus de déconstruction de la réalité culturelle me permettrait de me libérer du cynisme, d’acquérir une véritable intelligence empirique – et à partir de là on ne peut plus vous la raconter, vous connaissez la vie. Mais j’ai découvert que cette phase existentielle, que j’ai atteinte vers mes dix-huit ans, n’est elle-même qu’une étape.
 
Je crois avoir atteint cette étape à vingt ou vingt et un ans, mais d’une manière floue, déjà aliénée – à dix-huit ans, j’ai écrit un article sur l’existentialisme où je concluais que personne n’était d’accord sur ce dont il s’agissait ; j’avais l’impression de ne pas avoir compris ce que j’avais lu de Sartre ; et L’Étranger m’avait laissé froid, je l’avais trouvé mélodramatique et n’étais pas parvenu à m’identifier, alors que je me trouvais souvent mélodramatique et ne parvenais pas à m’identifier à moi-même. Un an ou deux plus tard, j’ai commencé à voir l’existentialisme comme une simple étape, une étape qui ne me stimulait ni ne m’apaisait plus, mais dans laquelle je suis resté. J’y suis même resté après mes premières expériences psychédéliques, à vingt-sept ans, avec la psilocybine et le LSD. Et j’y suis encore après deux années à observer et à décrire ces expériences, et j’ai le sentiment d’en avoir « fini » avec elles, d’une certaine façon, quand je termine Taipei, qui se clôt sur une scène dans laquelle un personnage sous psilocybine croit qu’il est mort.
Depuis mes treize ou quatorze ans, je vois la vie en nuances de gris. L’existence ne m’a jamais fasciné, et, bien qu’elle ait souvent été amusante et émouvante, je ne la trouve pas merveilleuse ou profonde, mais pénible, pesante et déroutante. La vie me paraît certes mystérieuse, mais c’est un mystère de plus en plus flou, inconsistant, inexpressif, peu intrigant. Avec les années, je suis devenu moins curieux de ma présence sur terre, de mon origine et de ce qui se produira à ma mort. Les psychédéliques seuls n’ont pas suffi à modifier significativement ma vision du monde. Il allait falloir ma rencontre avec McKenna – et avec d’autres choses que j’aborde dans ce livre – pour m’attirer, me séduire, me convaincre de m’arracher à l’impasse de l’existentialisme d’une manière concertée et définitive.
Avant de découvrir McKenna, le peu de choses que j’ai lues, vues et entendues au sujet des psychédéliques m’ont surtout renvoyé une impression d’aliénation. Les gens qui en parlaient me paraissaient superstitieux, irrationnels, excessifs, malhonnêtes et/ou indifférents,même et parfois surtout lorsqu’ils en faisaient l’apologie. Sans grande surprise, ils semblaient se satisfaire d’énumérer et d’incarner les stéréotypes – et incarner des stéréotypes est une chose que je fais moi aussi, par exemple dans mon comportement jusqu’au-boutiste – qui m’ont jusque-là maintenu à distance des psychédéliques. Aliéné de ce que les autres pensaient à leur sujet – et avec le sentiment que l’écriture de Taipei me confirme qu’ils ne m’ont pas significativement affecté –, mon intérêt pour les psychédéliques s’est tari et je m’en suis désintéressé comme je m’étais désintéressé de l’« étape existentielle ».
Après avoir écouté McKenna parler pendant plus de trente heures, durant lesquelles il a prononcé à peu près autant de mots qu’on en lit dans un livre de sept cents pages, je nourris pour les psychédéliques un intérêt différent. Je commence à les envisager – de même que tout le reste, moi compris – au sein d’un contexte s’étendant des origines inconnues de l’univers au moment où le soleil s’est formé dans la Voie lactée, à l’émergence de la biologie et à son développement durant trois à quatre milliards d’années sur la Terre, depuis les micro-organismes jusqu’aux poissons, amphibiens, reptiles, mammifères, primates, humains et enfin Homo sapiens il y a environ 300 000 ans, jusqu’à ce que débute, il y a 15 000 à 25 000 ans, une brève transformation nommée histoire, que McKenna compare à la période de gestation au cours de la métamorphose d’une chenille en papillon, à cette différence que notre espèce, au lieu de gagner des ailes, se « retournera de l’intérieur ».

En juin 2013, neuf mois après ma rencontre avec McKenna, Taipei est publié. Durant la tournée promotionnelle, c’est lorsqu’on me pose des questions sur les psychédéliques ou sur McKenna, des sujets que j’ai abordés dans mes tweets, que je me sens le plus investi. Je dis que je m’intéresse désormais davantage aux drogues psychédéliques qu’à celles auxquelles je me consacrais dans Taipei et mes autres productions – dessins, articles, films – des trois années passées. Je suis heureux de me distancier des amphétamines, benzodiazépines, opiacés et MDMAcar je sens qu’ils ne me conduiront qu’à la dépression et à l’anxiété. À partir du moment où j’explique que mes intérêts ont changé, on me parle davantage de cannabis, psilocybine, LSD, DMT, salvia et autres psychédéliques.
À Los Angeles, à la librairie Skylight Books, j’aborde l’idée de McKenna selon laquelle « notre carte du monde est tellement fausse que, au lieu de mettre la physique au centre de tout, nous aurions dû prendre la littérature comme métaphore centrale à partir de laquelle travailler », ainsi qu’il l’explique dans « Shamanology » (1984). Ce qu’il dit ensuite, je l’ai accroché à mon mur et mémorisé : « Parce que je pense que la littérature entretient avec la vie la même relation que la vie avec la mort… Dans le sens où un livre, c’est la vie dont on a retiré une dimension, or la vie est une chose à laquelle il manque une dimension, que la mort lui donnera. Pour moi, la mort est une sorte de libération dans l’imagination, de même que, pour les personnages d’un livre, ce que nous vivons est une inimaginable dimension de liberté. »
À Brazos Bookstore, à Houston, quelqu’un me demande après ma lecture si j’ai déjà fumé de la DMT. Cette personne est assise au premier rang, elle a un regard perçant et soucieux et doit probablement être encore au lycée. Je réponds oui, mais je ne développe pas suffisamment pour susciter autre chose qu’un vague murmure. Elle dit qu’elle en a fumé récemment et me demande si j’ai lu Le Serpent cosmique (1998) de Jeremy Narby. Je réponds que je viens justement de le commencer, et je lui demande ce qu’elle a pensé de ce livre qui me paraît plutôt abscons, dans lequel l’anthropologue français relate son expérience de l’ayahuasca avec un chamane asháninka alors qu’il effectuait des recherches de terrain au Pérou dans le cadre de son doctorat. La personne répond qu’elle l’a trouvé par hasard dans une librairie d’occasion. Je me montre étonné qu’elle ait essayé la DMT et qu’elle m’en parle dans une librairie en présence de quinze ou vingt personnes, dont trois de ses amies – qu’elle semble avoir plus ou moins « traînées là » – et d’une femme qui est vraisemblablement sa mère.
En août, dans une librairie londonienne puis lors d’un festival littéraire à Melbourne, j’explique à des auditoires manifestement venus m’entendre parler de Taipei que, plus tôt ce mois-là, après avoir ingéré des champignons psilocybes, je me suis pris pour un extraterrestre qui occupait Tao Lin, j’ai pleuré pendant une heure assis sur mon lit, effacé une partie de ma présence en ligne et jeté mon MacBook.
En septembre, après la tournée, je me rends compte que, depuis que je les ai découvertes un an plus tôt, mon intérêt pour les idées de McKenna n’a pas faibli mais s’est au contraire constamment avivé, approfondi, élargi. J’en suis surpris car je m’attendais à m’en désintéresser en quelques semaines ou mois et à revenir, comme tant de fois auparavant, plus ou moins penaud, à mes vues vaguement existentialistes, par le prisme desquelles je continue, quoique sans grand enthousiasme, d’essayer en vain de donner un but durable à ma vie.
Un an plus tard, en septembre 2014, après cinq mois de recherches et douze semaines à tenir une rubrique pour Viceintitulée « Tao of Terence » – dont un des objectifs, établi la première semaine, est de « diffuser des mèmes sur Terence McKenna » –, j’ai de nouveau la surprise de me rendre compte que mon intérêt pour lui et ses idées se maintient. Au fond, j’étais resté convaincu que je finirais par être désabusé, irrationnellement hostile, blasé ou indifférent – du moins temporairement, pendant plusieurs mois ou années – et que, effet secondaire, une fois de plus j’aurais le sentiment d’en avoir « fini » avec les psychédéliques, mais cela ne s’est jamais produit.
Un an et demi plus tard, en février 2016, ce n’est toujours pas le cas. Il y a maintenant trois ans et demi que j’ai découvert McKenna, et je suis prêt à expliquer ce que j’ai appris et comment je vois désormais le monde. L’écriture de ce livre répond à une volonté d’extérioriser, organiser, considérer, personnaliser et partager ce qui m’a le plus intéressé depuis que j’ai terminé Taipei, mais ce n’est pas tout. J’ai au moins quatre autres motivations, dont voici les deux premières :
 
À mon sens, le monde demeure un endroit atroce qui mérite tous les attributs négatifs dont je l’ai affublé par le passé. Mais à présent je suis également convaincu, et j’en suis heureux, qu’il peut nous émerveiller, nous stimuler par son étrangeté et sa complexité magique, que c’est un lieu où les miracles sont à portée de main et où le mystère est partout, explorable et perceptible. Je veux expliquer pourquoi.
 

Pour des raisons que je vais développer dans ce livre, je me suis progressivement rendu compte que je dois fournir un effort prolongé et conscient – ou du moins fortement autosuggéré – pour ne pas sombrer dans l’insignifiance, la dépression, diverses formes de résignation déresponsabilisantes, et des idéologies lugubres telles que l’existentialisme. Ce livre s’inscrit dans cet effort.


Trip comporte huit chapitres et un long épilogue. Dans les deux premiers chapitres, j’examine mon intérêt pour les idées et la vie de McKenna. Dans le troisième, j’expose ma relation avec les drogues, j’aborde ma « guérison », je représente sous forme graphique cette évolution et j’analyse mon passage des drogues pharmaceutiques aux psychédéliques.
Dans les troisième et quatrième chapitres, je reviens sur mes trois premières années d’expérimentation avec la psilocybine et la DMT, et sur les trois décennies de McKenna. Je relate mes expériences paranoïaques, exploratoires, hédonistes, de « sexe extraterrestre » et de « départ de la société ». Le sixième chapitre traite de la Salvia divinorum, une plante portée à la connaissance des sociétés modernes par les Mazatèques du centre du Mexique.
Dans le septième chapitre, j’examine les raisons pour lesquelles les psychédéliques sont interdits, en interrogeant la télévision, la presse papier, les livres et les documents gouvernementaux ; en racontant mon expérience de juré dans une affaire de stupéfiants ; en me penchant sur la théorie de McKenna postulant qu’ils sont illégaux parce qu’ils « catalysent la dissidence intellectuelle » ; et en revenant dans un passé où nos dieux étaient des déesses. Dans le huitième chapitre, j’applique au cannabis une approche fractale.
Dans l’épilogue, je raconte mon voyage en Californie pour rencontrer Kathleen Harrison – que McKenna a épousée en 1976, une union qui a donné naissance à des enfants et à une association à but non lucratif en 1978, 1980 et 1985 – pour participer à un atelier de dessin botanique.





 

 

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