Extrait

Tous les soirs du monde
de Zijian Chi

Le 24/12/2013 à 13:14

Auteur : Zijian Chi
Editeur : Picquier
Genre :
Date de parution : 04/10/2013
ISBN : 9782809709476
Total pages : 176
Prix : 18 €
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ISBN : 9782809734454

Editeur : Editions Philippe Picquier

Prix grand format : 12.99 €

 

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Résumé du livre
Fillette ou jeune veuve, les femmes qui habitent les deux récits de Chi Zijian ont les pieds dans la terre des campagnes chinoises et les yeux au plus près du ciel. Elles aiment les tours de magie, les histoires de revenants, les nuages qui dansent dans le ciel immense. Elles ont le cœur grand ouvert aux rencontres et savent découvrir le secret des plus humbles, le tendre aubier sous l’écorce. Et quand approche le moment des adieux, à la saison qui s’achève ou aux êtres chers qui disparaissent, elles lèvent les yeux vers les étoiles et accueillent la nuit qui vient.

 

Premier chapitre

 

 

ENFANCE AU VILLAGE

DU GRAND NORD

 

 

1

 

Sans pureté, pas d’enfance. Et sans enfance, le présent si riche ne serait pas.

Cette histoire vraie est arrivée il y a plus de dix ans, à l’âge tendre de mes sept ou huit ans.

 

Un coup de sirène. Le bateau lève l’ancre. Lentement, il s’ébranle.

Maman s’en va. Grande sœur aussi. Et petit frère. J’ai envie de pleurer. Maman est vraiment méchante de me laisser ici toute seule. Je la vois sur le pont me faire signe de la main. Elle lève le bras pour s’essuyer les yeux. Elle pleure.

Quoi ? Elle m’abandonne, elle vient juste de partir et je lui manque ? On croit rêver ! Je ne veux pas la regarder et j’ai encore moins envie de la saluer de la main, qu’elle s’en aille !

Méchante maman, je te déteste !

Un souvenir me revient. Un jour, maman est en train de nettoyer le buste du président Mao en bavardant avec tante Wang la voisine. Je demande juste : « Pourquoi tu ne prends pas une savonnette pour laver le président Mao ? » Elle me retourne une gifle cuisante : « Tu verras si je ne te conduis pas chez grand-mère ! »

Une autre fois, j’écoute la radio, je ne cesse de changer de station. Soudain, je capte une mélodie magnifique. Je suis envoûtée, maman et papa le sont aussi. Puis une voix dit : « Radio Moscou, nous venons d’entendre… » et maman a si peur qu’elle éteint brusquement la radio, tourne à toute vitesse le bouton des stations et me dit : « N’importe quoi ! Je vais te refiler à grand-mère, et qu’on ne te revoie jamais ! »

Et elle abandonne l’enfant insupportable, bavarde et désobéissante que je suis. Bon. Maintenant je peux dire tout ce que je veux. Chez grand-mère, c’est une grande maison où je peux parler tout mon soûl.

Le bateau s’éloigne. Peu à peu, il devient à mes yeux un petit têtard qui sautille sur les vagues du fleuve.

D’une main j’attrape une pierre, de l’autre j’agite une badine de saule, je joue un moment sur le sable de la berge. Du diable si je sais pourquoi j’ai envie de pleurer… Je renifle un grand coup, je lève la tête et contemple le ciel.

Le ciel est fleuri de nuages, des nuages tout laiteux. Certains ressemblent à des lièvres qui sommeillent repliés en boule, d’autres à des chats qui attrapent des souris, d’autres à des chiens ou des poissons… Ils voguent, ils flottent en liberté. Quel ciel immense ! Il contient tant de nuages ! Magnifiques nuages qui peuvent dormir, courir, se pencher pour voir les fleurs et les oiseaux blottis dans les arbres, qui peuvent lever la tête pour contempler la lune et les étoiles. C’est vrai, j’ai même entendu papa dire qu’ils peuvent se transformer en pluie, en neige !

Il fait très chaud. J’ai la gorge sèche. Quand grand-mère a fini d’essuyer ses larmes, elle m’appelle. Elle a les pieds bandés et marche en canard, comme si elle dansait le yangko1. Je n’ai pas envie de marcher à ses côtés, je lâche sa main et je file. Quand j’ai assez couru, je m’arrête. En voyant grand-mère avancer de la sorte, je ne peux m’empêcher de crier : « Canard, canard, se dandine, vite, vite, va, clopine. Grimpe, grimpe vers la cime, il y croque une demi-pigne. »

 

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