Extrait

Tarendol
de René Barjavel

Le 14/01/2015 à 19:47

Auteur : René Barjavel
Editeur : Gallimard
Genre : litterature romans poche
Date de parution :
ISBN : 9782070361694
Total pages :
Prix : 8.50 €
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Résumé du livre
Dans quelques jours, il arrivera, il tendra de nouveau les bras vers elle, et quand il les aura fermés, cette fois-ci, il ne les rouvrira plus. Marie appuie contre l'arbre sa joue d'abord, puis tout son corps. L'écorce est rude et fraîche contre la peau de son visage. Elle ferme les yeux. Elle est heureuse d'être Marie et d'être femme, de s'être couchée devant Jean, de s'être ouverte devant lui pour recevoir le dur plaisir et la vie chaude qui est restée en elle ; heureuse d'être le terrain miraculeux où il sema cette graine qui a germé et qui pousse, jusqu'au jour où la moisson mûre la quittera en la déchirant de joie et de sang.

 

Premier chapitre

 

 

 

 

 

 

PREMIÈRE PARTIE

 

Une nuit de printemps

 

 

 

 

Aujourd'hui 9 septembre 1944, zéro heure trente... Je crois que mon réveil avance d'un quart d'heure. Je n'ai pas de montre, pas de pendule, rien que ce réveil.

Le jour, je le pose sur la cheminée de mon bureau, à côté du cadre à photos. Dans le cadre se chevauchent quelques photos de mes enfants. Voici ma fille dans le sable, le buste de mon fils avec son grand front. Les voici ensemble. Et puis tous les deux sur mes genoux, un jour d'hiver. Chers petits, ils sont si beaux, ils sont si jeunes. Quand je serai mort, ils se disputeront ma chemise. Dieu veuille que je meure nu.

La nuit, je le pose sur une chaise, près de mon lit. Souvent, il se prend un pied dans un trou du cannage, et bascule. Je le relève, je passe ses deux autres pieds dans deux autres trous. Ainsi, il tient. Quand je voyage, je l'emporte, enveloppé d'une feuille de journal. S'il avance, aujourd'hui, qu'importe. À zéro heure trente, ou zéro heure quinze, je recommence ce livre pour la troisième fois.

Je l'ai commencé pour la première fois en mil neuf cent trente-neuf, en juillet, je crois, pendant les vacances, au bord de la mer. Le grand-père me disait qu'on allait avoir la guerre. Je le craignais aussi, mais n'y croyais pas. Si on vous affirmait que vous allez mourir bientôt, le croiriez-vous ? Je travaillais dans le grenier de la villa du grand-père, sous la lucarne. Là, j'avais la paix. Lui, sa main bossue crispée autour d'un crayon, vérifiait les comptes, en bas, dans la salle à manger, disputait deux sous à sa bonne sur le prix d'une banane avariée, poussait les roues de son fauteuil, jusqu'à la fenêtre, soulevait d'un doigt tordu un coin du rideau, faisait la paix avec la bonne pour parler de la voisine, de l'épicier. Le soir, il se hissait d'une marche à l'autre sur ses deux béquilles, jusqu'à sa chambre du premier étage. La bonne l'éclairait, par-devant, avec une bougie.

Cette nuit, c'est aussi la flamme d'une bougie qui m'éclaire. La guerre nous a privés de tout, et de la lumière. Là-bas, le grand-père n'avait pas voulu faire installer l'électricité, par économie.

Un soir, de la béquille gauche il a manqué la cinquième marche. Il est tombé en arrière, en bas, sur les dalles du vestibule. N'importe qui se serait tué. Lui, il n'a rien eu. Il était noué, il était dur, incassable. À partir de ce soir-là, c'est moi qui l'ai monté jusqu'à sa chambre, sur mon dos. Je m'accroupissais devant son fauteuil. Il se levait tant bien que mal, tendant ses bras raides comme ceux de Guignol, s'écroulait en avant, sur mon dos. Je me relevais, je le tenais sous les fesses. Il ne pouvait pas se cramponner, à cause de ses mains noueuses. Il fallait que je le tienne bien. Je montais, derrière la bonne et sa bougie. Il n'était pas lourd. Je me renversais en arrière sur le lit. Il tombait sur les couvertures. C'était la bonne qui le déshabillait. Une vieille bonne. Il était tout tordu de rhumatismes. Il avait trop bu d'huile de foie de morue. Il avait commencé à gagner sa vie à douze ans, comme apprenti imprimeur. À cette époque, apprenti, c'était dur. D'abord faire les courses à travers tout Paris, nettoyer l'atelier. Et les engueulades, et les coups, et les farces des compagnons. Quand il ne restait plus la moindre besogne à faire, apprendre un peu, petit à petit, le métier.

 

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