Extrait

Soudain, seuls
de Isabelle Autissier

Le 24/06/2016 à 12:45

Auteur : Isabelle Autissier
Editeur : Stock
Genre : litterature francaise romans nouvelles correspondance
Date de parution : 06/05/2015
ISBN : 9782234077430
Total pages :
Prix : 18.50 €
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Résumé du livre
Louise est une alpiniste chevronnée, Ludovic est un jeune homme baraqué. Ils n'ont pas froid aux yeux, ils lâchent leur appartement parisien pour tenter l'aventure : traverser le monde sur leur bateau Jason, tous les deux. L'île qu'ils ont accostée au sud des Cinquantièmes hurlants les saisit par sa beauté sauvage : pics enneigés, cratères glacés, lac sec. Il y a juste un petit nuage noir qui apparaît au loin.

La tempête arrive, la tempête dévaste tout, leur bateau disparaît. Ils se retrouvent, soudain, seuls. Pour compagnie, ils peuvent compter sur des manchots, des otaries, des éléphants de mer, des rats. Et sur une station baleinière, abandonnée depuis des décennies.

L'aventure amoureuse vire au cauchemar. Comment survivre dans une nature si étrange et étrangère ? Pour combien de temps ? Comment lutter contre la faim et l'épuisement ?

Et si on survit, comment revenir chez les hommes ? Comment raconter l'inénarrable ?

 

Premier chapitre

Ils sont partis tôt. La journée promet d’être sublime comme savent parfois l’être ces latitudes tourmentées, le ciel d’un bleu profond, liquide, de cette transparence particulière aux Cinquantièmes Sud. Pas une ride à la surface, Jason, leur bateau, semble en apesanteur sur un tapis d’eau sombre. Les albatros, en panne de vent, pédalent doucement autour de la coque.

Ils ont tiré l’annexe bien haut sur la grève et longé l’ancienne base baleinière. Les tôles rouillées, dorées par le soleil, ont un petit air guilleret, mêlant les ocres, les fauves et les roux. Abandonnée des hommes, la station est réinvestie par les bêtes, celles-là mêmes que l’on a si longtemps pourchassées, assommées, éventrées, mises à cuire dans les immenses bouilleurs qui, maintenant, tombent en ruine. Au détour de chaque tas de briques, dans les cabanes écroulées, au milieu d’un fouillis de tuyaux qui ne vont plus nulle part, des groupes de manchots circonspects, des familles d’otaries, des éléphants de mer se prélassent. Ils sont restés un bon moment les contempler et c’est tard dans la matinée qu’ils ont commencé à remonter la vallée.

« Trois bonnes heures », leur avait dit Hervé, l’une des rares personnes à être jamais venues ici. Sur l’île, dès que l’on s’éloigne de la plaine côtière, on quitte le vert. Le monde devient minéral ; rochers, falaises, pics couronnés de glaciers. Ils vont d’un bon pas, s’esclaffant comme des collégiens en vadrouille, devant la couleur d’une pierre, la pureté d’un ruisseau. Arrivés au premier ressaut, avant de perdre la mer de vue, ils font une autre pause. C’est si simple, si beau, quasi indicible. La baie encerclée de tombants noirâtres, l’eau qui scintille comme de l’argent brassé sous la légère brise qui se lève, la tache orangée de la vieille station et le bateau, leur brave bateau, qui semble dormir, les ailes repliées, pareil aux albatros du matin. Au large, des mastodontes immobiles, blanc-bleu, luisent dans la lumière. Rien n’est plus paisible qu’un iceberg par temps calme. Le ciel se zèbre d’immenses griffures, nuages sans ombre de haute altitude, que le soleil ourle d’or. Ils restent longtemps fascinés, savourant cette vision. Sans doute un peu trop longtemps. Louise note que ça grisaille dans l’ouest et ses antennes de montagnarde se déplient, en alerte.

« Tu ne crois pas qu’on ferait mieux de rentrer, les nuages arrivent. »

Le ton est faussement enjoué, mais l’inquiétude perce.

« Sûrement pas ! Ah, toi, il faut toujours que tu te biles. Si ça se couvre, on aura moins chaud. »

Ludovic essaye de ne pas mettre d’impatience dans sa voix, mais, franchement, elle l’énerve avec son tracassin. S’il l’avait écoutée, ils ne seraient pas là, seuls comme des rois dans cette île du bout du monde. Ils n’auraient jamais acheté le bateau ni entamé ce formidable voyage. Oui, le ciel est en train de s’assombrir au loin, mais au pire ils seront mouillés. L’aventure est à ce prix, c’est même leur but, se sortir de la torpeur de bureaux parisiens qui risquaient de les engloutir dans une confortable mollesse et les laisser sur le bord de leur vie. La soixantaine sonnerait et ils n’auraient que les regrets de n’avoir rien vécu, de ne s’être jamais battus, jamais découverts. Il se fait violence pour trouver un ton conciliant.

 

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