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Répertoire des délicatesses du français contemporain
de Renaud Camus

Le 21/05/2013 à 14:51 - 0 commentaire

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Prix :

Renaud Camus

Pol

français (langue)

mars 2000

9782867447310

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ISBN : 9782867447310

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Résumé du livre
Par délicatesses on doit entendre ici, bien entendu, subtilités, et de préférence agréables : finesses, élégances, raffinements. Mais on ne peut pas ne pas entendre aussi, et peut-être surtout, délicates questions, points sensibles, occasions de débats, peut-être même de disputes. En ce sens, c¿est l¿auteur d¿un tel livre qui risque fort, le publiant, de se mettre en délicatesse avec ses contemporains...

 

Premier chapitre

– As-tu compris, bouffi ? C’est du français, moi, que je te cause.

– Non, dit Béhanzigue :

c’est du chagrin.

 

Paul-Jean Toulet,

Les Trois Impostures.

 

 

 

 

Par délicatesses on doit entendre ici, bien entendu, subtilités, et de préférence agréables : finesses, élégances, raffinements. Mais on ne peut pas ne pas entendre aussi, et peut-être surtout, délicates questions, points sensibles, occasions de débats, peut-être même de disputes. En ce sens, c’est l’auteur d’un tel livre qui risque fort, le publiant, de se mettre en délicatesse avec ses contemporains…

Les délicatesses impliquent les indélicatesses, en effet, et les indélicatesses les erreurs, les fautes, voire les grossièretés, qui toutes renvoient implicitement à une norme. Or la norme ni la faute ne sont des concepts très aimés, de nos jours ; et moins qu’ailleurs dans le domaine du langage. On leur préfère la notion d’usage, qui a l’avantage d’éviter les jugements de fond, et donc les occasions de fâcheries.

L’usage, néanmoins, présente l’inconvénient d’être purement tautologique : tout ce qui se dit couramment se dit à bon droit, si c’est l’usage qui fait loi. Et tel qui consulte un dictionnaire d’usage, pour connaître la légitimité d’une expression ou d’une autre qu’il rencontre souvent, n’y apprend rien d’autre que ceci, qu’en effet elle se rencontre souvent – en somme qu’elle est bien dans l’usage.

Pour tourner cette difficulté logique, les vieux grammairiens (dont un certain nombre vivent encore, heureusement, et continuent d’exercer leur art) avaient inventé ce concept commode, celui de bon usage. Mais il réintroduit sous une forme aggravée, au deuxième degré, si l’on peut dire, le problème qu’il croit avoir évacué au premier. On ne bute plus sur une tautologie, dont d’aucuns peuvent s’accommoder, mais bel et bien sur une aporie. Car s’il existe un bon et un mauvais usage – un bon qu’il faut suivre, suppose-t-on, et un mauvais qu’il faut fuir –, c’est que l’usage en tant que tel ne fait pas la loi. Il fait même si peu la loi que le stéréotype, la scie, le lieu commun de langage, qui par définition est ce qu’il y a de mieux installé et de plus répandu dans l’usage (c’est vrai que…, par exemple), est justement ce qu’il paraît le plus impérieux d’éviter, du moins si l’on se reconnaît quelque exigence de style. Chassé par la porte, le jugement revient par la fenêtre.

Aux difficultés logiques, qui sont irritantes mais qui ne mettent personne en péril, se greffent des difficultés idéologiques et sociales, qui sont autrement plus dangereuses, ne serait-ce que par le ridicule dont elles vous menacent, ou l’antipathie à laquelle elles vous exposent. Le bon et le mauvais usage, en effet, ont été de tout temps des concepts de classe.

Au XVIIe siècle, le bon usage c’est l’usage de la cour, et plus précisément de la partie la plus éclairée de l’aristocratie. C’est un usage résolument antibourgeois. En 1693, dans ses Mots à la mode, petit ouvrage qui connut un grand succès, le diplomate et académicien François de Callières écrit par exemple : « Les gens du monde ne disent point qu’un homme est défunct, pour dire qu’il est mort. » Et quelques lignes plus bas, sans que la différence d’orthographe entre deux occurrences du même mot semble troubler l’auteur ou son imprimeur : « Pour le pauvre deffunct, c’est une façon de parler très-bourgeoise. »

 

 

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