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Quelques jours au Brésil
de Adolfo Bioy Casares

Le 10/03/2013 à 14:08 - 0 commentaire

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ISBN : 9782267023268

Editeur : Christian Bourgois

Prix grand format : 12 €

 

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Résumé du livre
En juillet 1960, Adolfo Bioy Casares est invité pour une semaine à un congrès d'écrivains au Brésil, sous les auspices du PEN Club. C'est à cette occasion que naît ce journal de voyage où cohabitent les présences littéraires (Alberto Moravia, Elsa Morante, Roger Caillois, Graham Greene...), les fantômes amoureux, les minuties du quotidien et la visite d'une Brasilia en construction.

 

Premier chapitre

Quelques jours au Brésil

(Journal de voyage)

Non recito cuiquam, nisi amicis.

Horace

 

Peut-être ne serait-il pas inutile que je complète mon Journal du voyage de 1960 par quelques souvenirs d’un voyage de 1951. Dans le premier qui me vient à l’esprit, je suis en train de regarder depuis le pont d’un bateau les passagers qui montent par la passerelle. Mon attention est attirée par un groupe formé d’un Indien et de deux jeunes filles en sari qui le suivent, chargées de valises. Je saurai ensuite que la plus jeune et la plus jolie s’appelle Shreela. Elle est délicatement, lumineusement belle. Depuis l’heure où je l’ai vue, je n’ai plus eu d’yeux pour aucune autre femme. A fortiori pour Ophelia, qui n’était pas une femme, mais une fille : une petite fille. Qui peut prévoir l’avenir ? D’une façon peut-être particulière, Ophelia est liée à mon voyage de 1960.

Un matin où je déjeunais dans la salle à manger du bateau, Opheliña passa près de moi et, avec une étonnante lenteur, elle s’effondra. On m’expliqua qu’elle s’était évanouie « par amour pour moi ». C’était une petite Brésilienne dorée et auburn, aux yeux bleus.

Je débarquai à Cherbourg et je pris le train. Shreela se disposait à s’asseoir à côté de moi, mais Ophelia lui demanda de lui laisser la place ; elle s’installa, passa son bras autour de mon cou et appuya sa tête sur mon épaule. Dès lors, nous fûmes amis avec Shreela ; je veux dire, rien de plus qu’amis. Shreela était une jeune fille douée du sens de l’humour, fine, intelligente. Je fus gêné qu’elle reçoive un tel traitement, mais je n’intervins pas, car je me rappelai le conseil du père de Léautaud : que les femmes s’arrangent entre elles.

À Paris, Opheliña me téléphona plusieurs fois. Finalement, nous sortîmes un après-midi. Elle me donna un bout de papier, avec des annotations :

— Je t’ai appelé pour te donner cette adresse, à Rio. C’est celle de ma maison d’avant, parce que si je reçois des lettres d’un homme ma mère me mettra en pension dans un collège. Le concierge se chargera de me prévenir, pour que j’aille les chercher. Je veux que tu m’écrives.

Au Bois, elle m’embrassa à pleine bouche. Soudain, elle me repoussa pour me demander :

— Tu ne ferais pas ça avec une petite fille, Bioy ?

Je la laissai me convaincre. Je savais, malgré tout, qu’elle n’était pas aussi jeune que je l’avais cru au début.

— D’accord, dis-je avec dépit. Où je t’emmène ? Il se fait tard.

Je sentais que le dépit était une réaction grossière et ridicule, mais je n’arrivais pas à le réprimer. Cela augmentait ma colère.

— Excuse-moi, me dit-elle. Je sais que tu ne vas pas bien. Moi non plus, je ne vais pas bien. Pas bien du tout. J’ai la grippe. Une angine. Des plaques blanches dans la gorge.

Elle faillit m’étouffer avec ses baisers à bouche que veux-tu. La nuit venue, je la laissai, retournai à mon hôtel et me mis dans un lit d’où je ne devais pas ressortir avant quinze ou vingt jours. Ce fut la pire grippe dont j’aie gardé le souvenir. Quand je fus remis, Ophelia avait disparu de Paris.

 

 

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