Extrait

Qu'est ce qu'une place ?
de Michel Gribinski

Le 04/02/2014 à 01:07 - 0 commentaire

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Michel Gribinski

Editions De L'Olivier

psychanalyse

09/10/2013

9782823602876

112

13 €

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ISBN : 9782823602876

Editeur : Editions De L'Olivier

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ISBN : 9782823602890

Editeur : Olivier (L')

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Résumé du livre
Qu’est-ce qu’une place? est une tentative d’illustrer et d’ouvrir la question que l’on se pose, plus particulièrement aujourd’hui, quand on vient demander l’aide du psychanalyste, mais aussi dans d’autres situations de la vie: l’impression de ne pas vraiment avoir sa place, de n’être « à sa place » nulle part, le sentiment d’être toujours plus ou moins à côté de soi, déplacé. La vie que l’on s’est construite pouvait même sembler réussie – mais on n’y est pas: le désir est ailleurs. Où? À quel endroit que l’on ne voit pas, à quelle place qu’il serait peut-être simple de prendre? Mais qu’est-ce qu’une place? Cet essai, plutôt que d’apporter des réponses didactiques, met le lecteur au contact de la question, la lui fait éprouver au moyen de récits où l’on entend l’auteur en personne, et qui répondent à un ordre discret mais précis. Différentes occurrences se succèdent et se font écho en effet, de la place de l’analysant pour l’analyste à celle du transfert pour les deux, mais aussi de la place très concrète d’un jeune homme anonyme dans les bras d’une prostituée à celle plus littéraire que des auteurs célèbres ont désiré occuper près de leur mère, et à d’autres situations encore où la question titre est là aussi mise au travail. L’étrange fêlure qui fragilise toujours le sentiment d’être à sa propre place est finalement déplacée, et l’essai traite alors de l’étonnement qu’il y a d’être au contraire chez soi ailleurs, dans la nuit et le rêve, dans le souvenir, le passage du temps. Et du trouble qu’il y a de trouver sa place dans le seul temps réel qu’est le présent.

 

Premier chapitre

 

 

 

Qu’est-ce qu’une place ?

 

On occupe la place où un acte vous pousse comme ça, de droite ou de gauche, de bric ou de broc. Il s’est trouvé des circonstances qui étaient telles que ce à quoi, à vrai dire, je ne me croyais pas du tout destiné, eh bien, il a fallu que j’en prenne la corde en main. […] Il y a les places dont j’ai parlé tout d’abord, les places topologiques, les places dans l’ordre de l’essence, et puis il y a les places dans le monde. Ça s’acquiert en général du fait de la bousculade. Ça laisse de l’espoir, en somme. Tous autant que vous êtes, avec un peu de chance, vous finirez toujours par occuper une certaine place. Ça ne va pas plus loin.

Jacques Lacan1

 

 

 

« Tu-as-l’air-d’un-ca-davre », dit Jeanne Moreau à Maurice Ronet derrière une porte vitrée, en détachant bien les syllabes, avec tant de charme souriant sur le visage, tant de jeunesse, que soudain rien d’autre ne compte que d’avoir cet air-là, d’un-ca-davre, et qu’on espère – trop tard – que la porte qui les sépare ne sera pas poussée, l’instant magique pas rompu. On sait que le héros se suicidera. Est-ce parce qu’elle annonce sa mort que la scène, intemporelle et brève, a pris dans le souvenir une place si grande qu’avant de revoir le film il y a peu, j’aurais affirmé que l’héroïne du Feu follet, c’était elle, la merveilleuse actrice qui pourtant ne reste à l’écran que quelques minutes ?

J’avais vu Le Feu follet de Louis Malle en 1963, avec une Solange plus âgée que moi et bien moins glacée que la Solange du film, la maîtresse de maison de la soirée sinistre chez les bourgeois intellectuels. Nous étions entrés dans la salle en fin d’après-midi et, à la sortie, il faisait nuit : le grand espace en noir et blanc où l’on s’est caché était dehors. Ça scintillait, nuit et jeunesse confondues dans un âge que je n’avais pas souvent mais, cette fois-là, si – et si vivement.

 

Lacan a dit dans une conférence qu’« au début, ce n’est pas l’origine, c’est la place » (évidemment, il parlait de lui, en relation avec sa topologie – de lui, de la place qu’il fait aux choses : c’est la raison pour laquelle après que certains de ses proches l’ont quitté, le début, laissait-il entendre, c’était encore lui).

C’est peut-être pour cela, dans la confusion entre début et origine, que les souvenirs « écrans » (je ne réussis pas à éviter le mot) nous apparaissent comme des premières fois avec suite. Quelque chose a trouvé une place comme, un bref instant, Ronet dans l’intelligence, la lumière du visage de l’actrice. Ce n’est pas sa place sans doute, pas la bonne place, mais enfin elle a été prise, elle a existé d’avoir été prise, et c’est déjà beaucoup. C’est un début. Il sera bien temps, après, que viennent les nœuds : la topologie compliquée gardera la trace de quelque chose de simple qui avait eu lieu avant elle, mais n’avait pas trouvé de place, peut-être parce qu’on est tout de suite trop vieux, qu’on fait comme si toutes les places étaient encombrées, pour se donner une contenance, ou par peur de la simplicité. Une place (tous les membres à peine élus d’une Société de psychanalyse le savent) peut faire perdre sa place à la simplicité.

 

 

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