Extrait

Promenades avec les hommes
de Ann Beattie

Le 10/03/2013 à 14:07 - 0 commentaire

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ISBN : 9782267024036

Editeur : Christian Bourgois

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ISBN : 9782267024043

Editeur : Christian Bourgois

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Résumé du livre
1980. Jane, brillante diplômée de Harvard, a connu son heure de gloire suite à une interview sur la jeunesse protestataire - dont elle fait partie - qu'elle a accordée au New York Times. Peu de temps après, Jane quitte la ferme du Vermont où elle vivait avec Ben, musicien et poète en herbe, pour s'installer à New York avec Neil, un professeur-écrivain beaucoup plus âgé qu'elle qui décide de prendre en main son éducation. Ceci jusqu'au jour où elle découvre qu'il est marié et, contrairement à ce qu'il prétendait...

 

Premier chapitre

En 1980, j’ai rencontré à New York un homme qui a promis de changer ma vie, si je le laissais faire. Le marché était le suivant : il me dirait tout, absolument tout, à condition que je ne cite pas mes sources et que personne n’apprenne que nous avions une vraie relation. Au début sa proposition ne parut pas très intéressante, mais j’eus l’intuition qu’il savait quelque chose que j’ignorais sur la façon de penser des hommes – et à l’époque je crus que cette découverte m’éclairerait sur la manière dont je pourrais construire ma vie. J’étais séduite par l’idée que la teneur de notre lien ne serait connue ni à l’université où il enseignait, ni dans l’équipe du magazine dont il faisait partie. Ni de mon petit ami dans le Vermont.

« Vous me donnez des informations, et vous voulez quoi en échange ?

— Vous me promettez que personne ne parviendra à remonter jusqu’à moi. J’expliquerai tout ce que vous souhaitez savoir sur les hommes, mais il sera impossible à quiconque de deviner que cela vient de moi.

— Vous pensez que les hommes sont des êtres si spéciaux ?

— C’est une espèce à part. Je la comprends très bien parce que je m’y suis réfugié pour éviter les intempéries, dit-il. Vous êtes intelligente, mais il vous manque les connaissances de base qui vous obligeront à voir la réalité en face.

— Ce n’est pas comme ça qu’on parle aux gens, dis-je.

— Tu t’imagines que je ne le sais pas ? » répliqua-t-il, frottant doucement mon poignet avec son pouce.

 

Neil était l’écrivain chargé de mettre en perspective les observations que j’avais formulées, au cours de mon entretien avec le New York Times, sur les causes de la désillusion de ma génération, mais à la différence de la plupart des interviewés et des commentateurs, nous nous sommes revus. Peu après, il a fait sa proposition, et je n’ai pas dit non. J’étais intéressée. Je n’avais eu que deux relations sérieuses, et aucune liaison.

Nous marchions sous la pluie. Je portais une veste Barbour que Neil m’avait achetée sur Lexington Avenue, dans un magasin situé à deux pas de mon hôtel. Il avait été choqué qu’une personne aussi raffinée que moi n’en possédât pas déjà une. C’était notre deuxième rencontre, et les circonstances n’avaient rien de romantique. Il était venu me chercher à l’hôpital Mount Sinai, où j’avais subi une cœlioscopie. Une intervention mineure : entrée le matin, je ressortais en début d’après-midi ; apparemment, les médecins n’avaient pas prévu que je serais dans les vapes et vomirais sur le trottoir car cela ne faisait pas partie du scénario habituel. (« Une espèce à part. »)

La première fois, Neil et moi nous étions vus lors d’un déjeuner où nous avait conviés la rédactrice en chef de la section Arts and Leisure du New York Times (elle avait reçu bon nombre de lettres après la publication de mon interview et du commentaire « en perspective » de Neil). Lorsqu’il avait appris que j’avais le projet de revenir à New York plus tard dans le mois, il avait insisté pour venir me chercher à l’hôpital. Un taxi nous conduisit jusqu’à mon hôtel et nous nous blottîmes épaule contre épaule sur la causeuse, face à la cheminée vide surmontée d’une affichette interdisant formellement de l’utiliser (la direction s’imaginait-elle que, sous le coup de la colère, les clients étaient capables de brûler des lettres d’amour, ou de glisser des bûches dans leurs bagages ?). La tête me tournait et j’avais la migraine ; Neil – qui, je devais bientôt m’en apercevoir, songeait souvent à faire des cadeaux, dans le but d’égayer les gens – se mit à penser tout haut : pendant que j’appellerais ma mère et mon beau-père pour leur annoncer que tout allait bien, il irait m’acheter une écharpe mieux assortie à ma veste. Qu’était donc cette chose laineuse et rêche drapée autour de mon cou ? Un chiffon pour astiquer une voiture ? Et cette chambre d’hôtel était sordide, non ? (« Ne jamais se fier à un hôtel rénové avant au moins une année. ») Ainsi commença mon apprentissage de jeune femme diplômée de Harvard avec mention, attentive aux conseils d’un homme mûr. L’intervention s’était bien passée ; je me portais comme un charme, pourquoi ne pas descendre au bar de l’hôtel pour déguster un verre de vin (on disait « un verre », m’expliqua-t-il : il n’était pas convenable d’annoncer ce qu’on allait boire), et ensuite il me mettrait au lit et irait m’acheter une écharpe Burberry – durable et d’une élégance discrète ; si la reine s’en contentait, je m’en accommoderais moi aussi – puis nous pourrions nous caler dans le lit et entamer une conversation sérieuse. Si je trouvais les bonnes questions, il promettait de fournir des réponses honnêtes, et… quoi ? Au nom de mon initiation – une cause honorable –, qui m’éviterait de reproduire les erreurs que j’avais commises – et risquais de refaire si la bonne personne (Neil) n’intervenait pas, tout serait limpide entre moi (vingt-deux ans à peine) et l’homme de quarante-quatre ans dont je m’étais entichée.

 

 

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