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Passer L'Hiver
de Olivier Adam

Le 18/02/2015 à 13:40 - 0 commentaire

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ISBN : 9782879294216

Editeur : Editions De L'Olivier

Prix grand format : 16.20 €

 

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ISBN : 9782823604627

Editeur : Olivier (L')

Prix grand format : 6.99 €

 

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Résumé du livre
« J’avais trop bu et Pialat était mort. J’avais appris ça dans la soirée. Les petites dormaient à l’étage. Après le repas je les avais bordées. J’avais eu un mal de chien à les laisser seules, là-haut, dans le noir de leur chambre, à m’arracher à leurs visages paisibles, leurs fronts pâles, leurs mains fines posées sur la couverture. »Ils sont sonnés, lessivés, cassés. Un souffle suffirait à les faire tomber. Chauffeur de taxi, infirmière, ex-taulard ou vendeuse dans une station-service, peu importe: ils restent invaincus. Avec ce recueil, Olivier Adam s’impose d’emblée comme un nouvelliste hors pair.

 

Premier chapitre

 

 

 

 

 

Pialat est mort

 

 

J’avais trop bu et Pialat était mort. J’avais appris ça dans la soirée. Les petites dormaient à l’étage. Après le repas je les avais bordées. J’avais eu un mal de chien à les laisser seules, là-haut, dans le noir de leurs chambres, à m’arracher à leurs visages paisibles, leurs fronts pâles, leurs mains fines posées sur la couverture. Marie était sortie, une réunion ou je ne sais plus quoi, elle passait pas mal de temps à l’extérieur ces temps-ci.

La télévision était muette mais j’entendais tout, les dialogues, les voix, les intonations, tout. Pialat était là, sur l’écran, bien vivant, Sandrine Bonnaire lui demandait pourquoi il était triste et il répondait « je ne suis pas triste, je suis fatigué ». Moi aussi depuis quelque temps, je n’avais plus que cette réponse à offrir.

J’ai fini mon verre debout devant la porte-fenêtre. Le jardin, c’était juste une étendue de terre, des boules brunes et grasses, des monticules, entre lesquels se nichaient de grandes herbes dérisoires. J’avais planté une balançoire au milieu, les filles ne s’en servaient jamais, elles ne voulaient pas mettre de bottes, ni salir leurs jolies baskets.

Le vent soufflait par rafales, ça faisait des jours qu’il soufflait comme ça, lavait la lumière, ratissait le sable, le faisait voler au-dessus des dunes, entre les chalets blancs, le long de la mer grise où frayaient des ferries aux ventres énormes. Ça s’engouffrait dans les rues, déposait du sable sur les trottoirs, sur le sol des cafés, des boutiques, dans les maisons, partout. Le temps changeait à toute vitesse, passait en un instant d’un soleil de verre à un ciel de charbon. Dans l’après-midi, j’avais emmené les filles sur la jetée, on avait marché sur la digue, on peinait à avancer tellement ça soufflait. Lila avait pris du sable dans les yeux, elle avait pleuré longtemps, hurlé qu’elle voulait rentrer. Sa sœur l’avait consolée, on avait marché sur la plage, il y avait de grands immeubles, une route droite où se dressaient des baraques à frites, des bars aux vitres embuées, des pavillons noyés. On progressait lentement, les filles éclataient de rire, se chamaillaient, Marion chipait dans les cheveux de Lila des élastiques multicolores qu’elle fourrait dans les poches de sa doudoune rose. Elles se poursuivaient entre les baraques en bois peint, j’aimais les voir comme ça, rien ne pouvait me faire autant de bien. Au loin moutonnaient de gros nuages noirs, ils arrivaient à toute vitesse, on les voyait au-dessus des dunes blanches, des falaises de craie où s’échouaient des étendues rases, des champs de colza, la lande mauve et jaune. On a fait demi-tour mais c’était trop tard, la pluie s’est abattue d’un coup, si serrée qu’elle faisait mal. On s’est réfugiés dans un blockhaus. Par la fente rectangulaire, on voyait tomber la pluie, l’alignement des pieux de bois, les bouées du chenal, un bateau se diriger vers le port de commerce, le sable lissé, brossé sans répit. Lila s’est blottie dans mes bras en râlant que ça sentait mauvais, qu’elle avait peur et qu’elle voulait maman. Marion s’est mise à crier et à danser comme une folle. Avec Lila on s’est regardés dans les yeux et au bout d’un moment, j’ai vu qu’elle esquissait un sourire. Je l’ai chatouillée en poussant des rugissements terribles pour être sûr. Elle s’est levée d’un bond et a décrété que c’était fini il ne pleuvait plus. On est sortis, on a marché près de l’eau, on était trempés, j’aurais voulu que ça ne s’arrête jamais.

 

 

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