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Pas ici, pas maintenant
de Erri De Luca

Le 16/04/2018 à 08:40 - 0 commentaire

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Date de parution :

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Total pages :

Prix :

Erri De Luca

Gallimard

10/04/2008

9782070348282

5.50 €

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ISBN : 9782070348282

Editeur : Gallimard

Prix grand format : 5.50 €

 

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ISBN : 9782072448027

Editeur : Gallimard

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Résumé du livre
"Maintenant l'autobus s'ébranle, la vitre tremble et je frissonne de froid. Je vois encore ton lourd manteau, ton sac, mais pas tes yeux. Je ne sais plus si tu regardes vers moi. Il ne te fut pas permis de reconnaître ton fils vieilli, tu n'as vu qu'un homme qui te regardait à travers une vitre."
Dans ce récit d'une enfance napolitaine, la mémoire n'est pas une consolation mais un drame : une lumière blanche et compacte semble baigner la ville, soudain dénudée, loin de sa fièvre baroque. L'image des êtres perdus – la mère, à qui s'adresse chacune de ces pages, le père, un ami mort... – se juxtapose au deuil et à l'oubli, qu'elle ne compense pas. Voilà pourquoi Pas ici, pas maintenant n'est pas une évocation nostalgique, mais un livre abrupt et fier, que rythment de subtils dérèglements comme autant d'initiations : le bégaiement du narrateur, les lapsus, un pas qui achoppe, des jouets qu'on brise. Et toujours, entre le monde et l'enfant, une vitre, les gestes tendres et lointains d'une mère.

 

Premier chapitre

Tant que la lumière fut dans ses yeux, mon père fit des photographies. Toute une étagère se remplit de nos images prises dans des circonstances particulières ou banales. La récolte dura dix ans, pas plus : des premières années de bien-être à celles de la perte de sa vue. Ainsi reste illustrée jusqu’au détail une époque, peut-être la seule que j’ai réussi à oublier. Les albums, les archives ne soutiennent pas ma mémoire, mais au contraire s’y substituent.

 

Ce fut un temps de bouleversements entre mes neuf et dix-neuf ans, quand survinrent nos déménagements dans des quartiers plus agréables et que notre pauvreté finit à l’improviste avec l’enfance. Dans notre nouvelle maison, la belle, on ne parla plus de l’autre condition : une rue en pente, la pluie dans la cuisine, les cris dans la ruelle.

 

Où habitions-nous avant ? Dans une autre ville. On entendait parler le dialecte là aussi, mais il faisait si noir au fond des escaliers raides et délabrés.

 

Nous ne parlions pas napolitain. Nos parents se défendaient de la pauvreté et du milieu avec l’italien. Ils étaient très seuls et ne recevaient pas d’amis, ne pouvant les accueillir dans un lieu si exigu. La guerre avait détruit tous leurs biens. Ils y laissèrent l’aisance de leur première condition. Ils furent un couple incapable de donner une soirée. Je les ai souvent entendus évoquer ce souci, symbole de longues années difficiles.

 

Puis vinrent les transformations qu’ils avaient désirées et pour lesquelles ils avaient tenu bon.

 

À nous autres enfants, moi d’abord, par ordre d’apparition, puis ma sœur, on nous donna une éducation qui me sembla toujours appropriée au manque d’espace et de moyens ; on parlait à voix basse, on se tenait bien à table, essayant de ne pas salir le peu de vêtements décents que nous avions. On se déplaçait avec discipline dans le petit logement. On prit moins garde à ces usages dans la nouvelle maison, mais ils restèrent toujours gravés dans mon cœur, signes d’une mesure à jamais perdue entre moi et la portion du monde qui m’était impartie.

 

 

 

 

 

Je n’arrivais pas à bien parler. Alors que mon esprit décidait de la première lettre, ma bouche se pressait d’émettre la dernière. J’étais bègue par hâte de conclure. En contrepartie, je savais trouver le point d’équilibre des objets. « En contrepartie » : j’utilise cette expression parce que je crois que l’habileté a un lien de réciprocité avec la maladresse. Je parvenais à faire tenir les choses en équilibre pendant un assez long moment : une fourchette restait droite sur ses pointes comme une ballerine quadrupède, une plume restait sur la feuille, dessinant le point. Pourquoi donc l’équilibre des choses devait-il me consoler de la bousculade des mots dans ma bouche ? À cela je ne saurais répondre, tout en gardant la ferme conviction qu’en moi les deux caractéristiques se compensaient.

 

Une histoire, qui me poursuit du plus profond de ma mémoire, parle d’un ange qui frappe la bouche des enfants à l’heure de leur naissance. Il avait dû me donner un coup un peu plus fort, voilà pourquoi je bégayais : c’était la version de la légende qu’on me racontait. Dans mes nuits d’enfant un ange venait souvent frapper à ma bouche, mais moi je ne parvenais pas à l’ouvrir pour lui souhaiter la bienvenue. Au bout d’un moment il s’en allait et dans le noir restaient ses plumes et mes larmes.

 

 

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