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On Ne Tue Pas Les Gens
de Alain Defossé

Le 22/05/2013 à 19:28 - 0 commentaire

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ISBN : 9782081255852

Editeur : Flammarion

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Résumé du livre
" Je n'ai pas vu une seule chemise bleue, pas une voiture bleue, pas un seul uniforme. Personne ne m'a interrogé, ni le lendemain, ni après, ni depuis. Pourtant j'étais au bar ce soir-là. J'ai passé la soirée au bar ce soir-là. Ce soir-là, j'ai été le dernier à quitter le bar et les protagonistes de l'affaire, vivants et morts. Je me suis tu. Cela fait dix ans que je me tais. "
" Ce soir-là ", Alain Defossé est le témoin d'une soirée qui se conclura par un meurtre. Tout à la fois récit intime, autoportrait impudique et enquête au suspense angoissant, On ne tue pas les gens est un livre puissant, habité par l'urgence à raconter enfin cette inquiétante nuit de juillet 1999.

 

Premier chapitre

Je n’ai pas vu une seule chemise bleue, pas une voiture bleue, pas un seul uniforme. Personne ne m’a interrogé, ni le lendemain, ni après, ni depuis. Pourtant, j’étais au bar ce soir-là. J’ai passé la soirée au bar ce soir-là. Ce soir-là, j’ai été le dernier à quitter le bar et les protagonistes de l’affaire, vivants et morts. Je suis le dernier témoin. Ce n’est pas la télévision qui ment, ce sont les gendarmes qui n’ont pas su. Sinon, ils m’auraient recherché, j’étais facile à trouver. Mais on ne leur a rien dit. On ne leur a pas parlé de moi. Je me suis tu. Cela fait dix ans que je me tais.

 

 

Je ne voulais pas écrire ce livre, ce récit, ce témoignage, comme on voudra. Ce n’était pas un projet. C’était un chagrin, un arrière-goût persistant de chagrin, un poids de chagrin sur la poitrine, comme on en traîne tous. C’était, dans un recoin de ma vie, une anecdote dont je me serais volontiers passé, et sur laquelle je m’efforçais de fermer les yeux. Par lâcheté, par délicatesse, par respect. Par crainte. Par colère aussi. Par sentiment d’inutilité puisque tout le monde est mort à présent. C’était une question latente : aurais-je dû parler, à l’époque, me manifester ? Je ne l’ai pas fait, certain tout d’abord d’une erreur si énorme qu’elle se résoudrait d’elle-même, et que mon intervention risquait de l’approfondir encore, de l’aggraver, persuadé ensuite d’une collusion si puissante, si hermétique, que cela ne servirait à rien si même j’étais entendu, et enfin par simple tristesse, je me suis tu par tristesse, tandis que les derniers remous de cette histoire traînaient encore dans les journaux, dans ma tête, dans la ville. Le malaise de se taire se faisait moins vif le temps passant, la ville s’éloignait de ma vie, je m’éloignais d’une ville où plus rien ne m’attachait, où je ne reconnaissais plus grand-chose, plus grand monde. Un meurtre a signé pour moi la fin d’une époque : c’est égoïste mais c’est vrai.

 

 

Et puis j’ai vu par hasard, sur un programme de télévision, ou en bande-annonce, je ne sais plus, la diffusion prévue de cette émission « Faites entrer l’accusé » que je connais, que j’avais parfois suivie. Ce que j’appelle égoïstement la fin d’une époque serait soudain livré à tous, les lieux, les gens, les instants que j’ai tus pendant dix ans exhibés, donnés à voir à tout un chacun. Didier devenait Tallineau l’homme aux deux visages. Ma lâcheté m’a ricané au visage. Ma tristesse s’est révoltée contre elle-même. J’ai regardé cette émission, je l’ai enregistrée. Et j’ai décidé d’écrire, quand même.

 

 

 

 

 

 

 

Lundi 19 juillet 1999, 20 h 40.

 

Je suis à Château, Châteaubriant, la ville la plus proche de ma maison de campagne. Comme souvent, je vais dîner À la Roma, une excellente pizzeria dont je connais bien les patrons. Cela fait sept ou huit ans que j’y suis fidèle, j’ai suivi les changements de personnel et de décor. Le menu, lui, est resté le même, la qualité aussi. Je n’ai pas réservé, et le restaurant est plein. Le temps qu’une table se libère, je fais un tour en ville, je vais prendre un apéritif dans un café ouvert le lundi soir. Les rues sont presque désertes, tous les commerces fermés. Des grosses vasques suspendues aux réverbères, débordantes de géraniums, de pétunias violets, de petits bégonias blancs, des gouttes tombent, sonores, sur le trottoir. L’arrosage automatique vient de s’arrêter. La chaussée est mouillée. Je me trouve dans la rue Aristide-Briand quand on me hèle. C’est un groupe de deux ou trois garçons et une jeune femme. L’air un peu allumé, agité, agressif en filigrane. À distance, ils me demandent quelque chose, l’heure. Je dis vers neuf heures, à peu près. Ils me demandent pourquoi je ne consulte pas ma montre. Ce qu’ils ont pris pour une montre est un bracelet d’argent représentant un serpent à deux têtes, que m’a offert mon amie Apolline, dans cette même ville, l’été précédent. Le bracelet les intéresse, autant qu’une montre. Montre ou bracelet, c’est un prétexte. Ils se font insistants. À Châteaubriant, le silence est lourd, un lundi d’été, à l’heure du dîner. On entend les martinets piailler dans l’air du  soir, gobant d’un toit à l’autre les derniers insectes. Je regarde mieux les jeunes gens qui me font face. Des Turcs probablement, des gamins de la cité. Ils s’approchent, l’anecdote pourrait très vite mal tourner. Soudain, la jeune femme qui les accompagne leur dit « laissez tomber ». Elle est belle cette jeune fille, ou jolie seulement, avec de longs cheveux noirs, libres, entièrement vêtue de blanc, jusqu’à ses chaussures à semelles épaisses, des bottines me semble-t-il. Elle est assez belle pour les commander. Alors ils laissent tomber, à regret. Je m’éloigne vers le restaurant. C’est la première fois, ici, qu’un incident de ce genre m’arrive à la lumière du  jour, autrement que dans un bar, la nuit.

 

 

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