Extrait

N'essuie jamais de larmes sans gants
de Jonas Gardell

Le 04/10/2016 à 15:54

Auteur : Jonas Gardell
Editeur : Gaia
Genre : litterature nordique
Date de parution : 07/09/2016
ISBN : 9782847207163
Total pages : 588
Prix : 24 €
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ISBN : 9782847207170

Editeur : Gaïa Éditions

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Résumé du livre
1982. Rasmus vient d'avoir son bac et quitte la Suède profonde pour la capitale. A Stockholm, il va pouvoir être enfin lui-même. Loin de ceux qui le traitent de sale pédé. Benjamin est Témoin de Jéhovah et vit dans le prosélytisme et les préceptes religieux inculqués par ses parents. Sa conviction vacille le jour où il frappe à la porte d'un homme qui l'accueille chaleureusement, et lui lance : " Tu le sais, au moins, que tu es homosexuel ? " Rasmus et Benjamin vont s'aimer. Autour d'eux, une bande de jeunes gens, pleins de vie, qui se sont choisis comme vraie famille. Ils sont libres, insouciants. Quand arrive le sida. Certains n'ont plus que quelques mois, d'autres quelques années à vivre.

Face à une épidémie mortelle inconnue, toutes les politiques sociales ou sanitaires du " modèle suédois " échouent. Les malades séropositifs sont condamnés à l'isolement et à l'exclusion.



Un témoignage unique sur les années sida, un roman bouleversant. Traduit du suédois par Jean-Baptiste Coursaud et Lena Grumbach

 

Premier chapitre

1

L'Amour

 

Cette journée d’août s’en est allée sans un nuage dans le ciel, mais à travers les fenêtres condamnées du service d’isolement l’été ne pénètre pas.

L’homme dans le lit est terriblement amaigri et marqué par un sarcome de Kaposi au stade avancé. Il n’a plus que quelques jours à vivre.

Habituellement, ce syndrome ne touche que les hommes âgés issus du pourtour méditerranéen et progresse avec une telle lenteur que les malades finissent par mourir d’autres complications. Or, depuis un certain temps, une multitude de cas ont été rapportés, surtout aux États-Unis, où cette forme de cancer s’est montrée beaucoup plus agressive.

Les bras, la tête et le cou de l’homme dans le lit sont couverts de ces grandes taches violacées caractéristiques de la maladie.

Il a d’abominables escarres aux fesses et au sacrum. On a entouré les plaies de mousse pour protéger la peau afin qu’elle ne frotte pas directement au drap et au matelas, mais ce n’est pas d’un grand secours.

Son corps est si mince, presque transparent. Décharné par les diarrhées persistantes. L’homme s’est vidé, expulsant jusqu’à ses organes.

Il est seul. Il n’a jamais de visites.

Depuis quelque temps il a presque cessé de parler. Il reste alité, apathique, mutique. Il lutte.

Parfois il pleure. De douleur ou de chagrin, personne ne le sait.

Deux femmes accomplissent leurs tâches en silence dans la chambre dépouillée dont les fenêtres ne sont jamais ouvertes, dont la seule sortie est constituée d’un sas ouvrant directement sur la cour. Elles s’affairent autour du corps dans le lit comme des prêtresses officient autour d’un autel.

Le jeune homme dans le lit a le regard rivé au plafond. Il transpire, il pleure, mais il ne parle pas.

À son chevet se trouvent une infirmière d’un certain âge et une aide-soignante plus jeune. La plus vieille travaille à l’hôpital des maladies infectieuses de Roslagstull depuis de nombreuses années. La plus jeune vient d’y être affectée. Toutes les deux portent des gants en latex, un masque de protection, une charlotte et une blouse jaune. Ensemble, elles ont soigné et posé un pansement sur l’une des escarres de l’homme. Cela fait, l’aide-soignante a enlevé par inadvertance ses gants souillés, peut-être pour remettre en place un drap.

Elle se penche soudain sur le jeune homme dans le lit et, du dos de la main, essuie rapidement ses larmes. Elle le fait sans réfléchir, dans un geste spontané d’empathie et d’attendrissement.

L’infirmière écarquille un instant les yeux, de réprobation.

Le malade ferme les siens. Il pleure encore.

Leurs soins terminés, les deux femmes quittent la chambre sans un mot.

– Va te désinfecter les mains tout de suite !

Elles viennent juste de franchir le sas – chaque chambre est isolée par deux portes qui ne doivent jamais être ouvertes en même temps – et se tiennent dans la cour, devant le pavillon abritant les chambres où les patients sont contraints à l’isolement.

 

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