Extrait

Murmures à la jeunesse
de Christiane Taubira

Le 01/02/2016 à 17:51

Auteur : Christiane Taubira
Editeur : Philippe Rey
Genre : pamphlets politiques, faits de societe, actualite, temoignages, biographies
Date de parution : 02/02/2016
ISBN : 9782848765297
Total pages : 94
Prix : 7 €
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ISBN : 9782848765297

Editeur : Philippe Rey

Prix grand format : 7 €

 

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Résumé du livre
" Attentats, lutte antiterroriste, état d'urgence. comment, dans ce contexte, préserver les valeurs qui sont le socle de la République ?Déchéance de nationalité : peut-être est-ce faire trop de bruit pour peu de chose ? Peut-être serait-il plus raisonnable de laisser passer ?Je ne suis sûre de rien, sauf de ne jamais trouver la paix si je m'avisais de bâillonner ma conscience. " Ch. T.

 

Premier chapitre

« Tenter, braver, persister, persévérer, être fidèle à soi-même, prendre corps à corps le destin, étonner la catastrophe par le peu de peur qu’elle nous fait, tantôt affronter la puissance injuste, tantôt insulter la victoire ivre, tenir bon, tenir tête ; voilà l’exemple dont les peuples ont besoin, et la lumière qui les électrise. »

Victor Hugo, Les Misérables (3e livre)

Cité par l’historien Patrick Boucheron lors de sa conférence inaugurale au Collège de France, le 17 décembre 2015.

 

 

C’est une faveur qui remonte du fond des âges et porte la mémoire du monde. Une génération peut éclairer le présent et offrir à la suivante de choisir l’épaisseur et les couleurs de son propre présent. Par temps troubles et incertains soumis à des bouleversements ardus à lire, cette faveur se fait devoir.

Génération ? « Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, l’accomplir ou la trahir », assenait Frantz Fanon, dans une époque où les damnés de la terre inspiraient réflexions, joutes et engagements.

Les analyses et conseils d’adultes n’ont jamais constitué un bréviaire. Fort heureusement, car dégager la route ne signifie pas la tracer. C’est néanmoins un devoir que d’éclairer l’époque, appréhender ses enjeux, dévoiler les contours de ses crevasses afin de livrer un planisphère intelligible sur lequel la génération suivante aiguisera ses choix.

C’est à nous de dire ce que le monde du temps présent recèle de plus périlleux. Et à coup sûr le terrorisme, propulsé depuis une aire géoculturelle durablement instable, constitue le péril le plus errant, au devenir incertain.

Pourtant…

Nos mots d’adultes sont de bien pauvres mots. Si binaires, si sommaires. Si pauvres et figés ! Ils crachotent, hésitent, ressassent, radotent et, finalement, ne s’adressent qu’à nous-mêmes. Qu’endiguent-ils de l’ouragan qui nous submerge, bien résolu à nous anéantir ?

Barbares ? Civilisation ? Civilisations ? Vrai, mais un peu court pour saisir cette intelligence en mouvement et en métamorphose. Oui, une intelligence. Démoniaque, démente, ayant rompu avec ce qui nous est commun en humanité, mais une intelligence, créative et réactive, cyniquement ingénieuse,furieusement astucieuse, délestée de toute considération en dehors d’elle-même, de toute empathie, y compris envers ceux qui la servent, de toute entrave morale, de toute règle stable, de tout modèle. Cette intelligence hypnotique qui exalte les âmes disloquées, fait cas de toute folie destructrice, s’empare de tout crime, même inachevé, adoube tout forcené, pourvu qu’il soit fanatique et cruel, frappe à l’aveugle et de façon imprévisible de sorte à semer horreur et panique.

C’est une intelligence obtuse, dépressive car elle n’aime rien de ce qui est beau. Elle fait détruire Palmyre, la cité des caravanes, avec une frénésie lugubre. Comme d’autres avaient, avant, saccagé les Bouddhas de Bâmiyân, avec la même jubilation funèbre. Cette rage contre la beauté ressemble à une addiction. Dopés à lapider la splendeur de la pierre, ses exécutants sont insensibilisés et prêts à massacrer la grâce et l’éclat de la vie. Ainsi croient-ils pouvoir éteindre la vie en foudroyant celles et ceux qui la célèbrent à l’envi et à l’ordinaire, pétillent de joie, de légèreté, de sociabilité, dans un journal, autour d’un verre, au concert, au match, celles et ceux qui rient des choses, d’eux-mêmes, des autres, de tout, de rien, y compris à mauvais escient.

 

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