Extrait

Mouche '
de Marie Lebey

Le 23/05/2013 à 14:57 - 0 commentaire

Auteur :

Editeur :

Genre :

Date de parution :

ISBN :

Total pages :

Prix :

chaPitre.com title=
  • Zoom moins
  • Zoom plus
  • Signaler erreur
  • Envoyer à un(e) ami(e)

Version grand format

 

illustration

ISBN : 9782756104171

Editeur : Leo Scheer

Prix grand format : 18 €

 

Acheter le livre
avec chaPitre.com

Résumé du livre
Dans la continuité de son dernier livre, Oublier Modiano, Marie Lebey convoque ses fantômes pour un huis clos avec une mère qu’on n’attrape pas avec du vinaigre. C’est peut-être l’explication de son surnom : Mouche’, suivie de l’apostrophe qui la définit toute entière.
Avec cette drôlerie fantasque, cette légèreté mutine qui la caractérisent, Marie Lebey dresse un portrait au vitriol de cette mère, tout en lui exprimant une grande tendresse. À l’évocation de cette femme délétère et tyrannique, elle ne peut retenir son émotion. Au fur et à mesure des pages, plutôt qu’un règlement de comptes, c’est un rapprochement qui se dessine, une découverte affectueuse. Avec Mouche’, ce n’est pas la tristesse qui domine, mais le talent original avec lequel Marie Lebey évoque, sur un ton à la fois candide et espiègle, les sujets les plus graves et les plus douloureux.

 

Premier chapitre

I

 

 

Avec mes frères d’eau, morveux, chauves et grelottants.

 

 

 

 

Depuis que le professeur Lotz m’avait demandé de faire partie de son association, tous les samedis soir à 19 heures, je filais avec mon masque et mes palmes à la fosse de Villeneuve-la-Garenne pour m’entraîner. Sous l’eau, j’apprenais à dompter le néant en moi durant quinze secondes. Je plongeais à plus de vingt mètres de profondeur, une vraie descente sur l’échelle de Freud qui valait bien une dizaine de séances chez mon psychanalyste.

Le professeur Lotz, chef du service d’oncologie de l’hôpital Tenon, était si beau, avec ce visage tour à tour sombre et souriant, selon les perspectives de vie qu’il annonçait à ses patients. Quand il quittait sa blouse blanche pour se retrouver sur le carrelage de la piscine, son mythe de grand ponte résistait même à la coupe démodée de son maillot de bain.

Des moniteurs encadraient le club restreint d’anciens malades en rémission que nous formions. Une joyeuse bande de cloportes, morveux, chauves et grelottants, engoncés jusqu’au cou dans des équipements si lourds que, lorsque nous plongions, on aurait dit une unité spéciale de soldats britanniques débarquant sur les plages de Normandie. Sous l’eau, nos bouteilles d’oxygène prenaient le poids d’une bombe de crème chantilly, un monde aux dimensions nouvelles s’ouvrait à nous.

 

L’hôpital mettait à la disposition de notre association une salle de réunion dans ses sous-sols, où tous les quinze jours des bénévoles donnaient des cours sur la conservation du littoral. N’étant sensible ni à la faune, ni à la flore, je me débrouillais généralement pour arriver au pot de clôture. Chaque membre sortait alors de son cabas des quiches maison, des pâtés de sanglier, des saucissons et des bouteilles de Côte du Rhône. La charcuterie française, qui avait plus de goût qu’un bouillon d’algues, reprenait alors le dessus sur la beauté des fonds marins.

 

À l’issue de ces entraînements intensifs à la fosse, se profilait en fin d’année un séjour de plongée au Lavandou. Je me souviens de ma première sortie en mer au large des îles d’Hyères, dans le parc national de Port-Cros. Avec mes frères d’eau, nous étions agglutinés sur le Kenavo II, en tenue, tels de gros scarabées noirs, largués en pleine Méditerranée, loin de leur milieu naturel. L’eau était moins claire qu’à la piscine, plus mystérieuse et froide.

Bercée par le liquide amniotique de la mer nourricière, de fines membranes d’algues, comme de la mie de pain, se collaient à mon masque et à mes cheveux. Je croisais des poissons qui semblaient ne pas me voir ; des raies, des sèches, et un gros mérou argenté, qui occupait le rocher en véritable taulier auvergnat. Parfois, je relevais la tête, inquiète, vers la surface, pour observer le soleil qui s’éloignait.

C’était toujours à ce moment précis que je pensais à maman. Des bulles d’air remontaient en grappes au-dessus de ma tête. J’avais du mal à contrôler ma respiration. Et prise de panique, je remontais à la surface sans respecter les paliers de sécurité.

 

 

Publier un commentaire

 

publier mon commentaire

medias

critiques

critiques En territoire Auriaba, 4ème roman de Jérôme Lafargue

critiques "La peinture est une chose intellectuelle"

critiques Don Quichotte par Rob Davis : Cervantès plus vivant que jamais

critiques Kierkegaard et la sirène

Suivez-nous

 

Désinscription

16

1

mouche-marie-lebey

1087