Extrait

Morts
de Philippe Tessier

Le 08/04/2019 à 13:35

Auteur : Philippe Tessier
Editeur : Leha
Genre :
Date de parution : 19/04/2019
ISBN : 9791097270339
Total pages :
Prix : 19 €
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ISBN : 9791097270353

Editeur : Éditions Leha

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Résumé du livre
« Alors qu’il venait de mourir, Joseph se réveilla... »

Imaginez son étonnement en reprenant conscience sous le regard passablement vide de squelettes aux orbites creuses l’invitant à les suivre. C’est le début d’une aventure improbable où il est question de trépas, d’ossements et de poussière... beaucoup de poussière. Joseph est confronté à des interrogations existentielles dont la plus ardue est certainement de savoir s’il est vivant ou mort.Et que dire des singuliers personnages qu’il va rencontrer ? Sont-ils aussi trépassés que lui ou le fruit d’un délire psychédélique ? D’une pitoyable expérience de mort imminente ? Ou tout simplement d’une indigestion de champignons ?La fréquentation de cette galerie d’individus aussi célèbres que décédés, aux opinions très tranchées sur notre société, va amener Joseph à se poser une question fondamentale : mais où diable est passée la Vie ?

 

Premier chapitre

À ma femme Maguy pour sa patience.

À mes enfants, Alexandre et Nolwenn, pour ce qu’ils sont.

À mes parents pour leur soutien.

À mes amis pour ce qu’ils m’apportent.

 

 

Introduction


UN RÉVEIL DIFFICILE


Alors qu’il venait de mourir, Joseph se réveilla...

Dire qu’il en éprouva un certain étonnement serait un euphémisme. Il se rappelait la terrible douleur dans sa poitrine, l’immense gaillard qui s’était acharné sur lui en lui brisant trois côtes pour tenter de le ranimer et il se souvenait parfaitement bien de sa dernière pensée, qui pouvait se résumer à un « Oh ! Merde ! » retentissant. La vie n’avait pas été simple pour Joseph... Autant dire qu’il l’avait complètement ratée. Et maintenant qu’il se réveillait dans le noir complet, sans pouvoir bouger le moindre petit muscle, il commençait à se demander s’il n’avait pas non plus raté sa mort. C’était une idée particulièrement angoissante, car si la vie était limitée dans le temps, d’après ce qu’il savait, la mort ne l’était pas. Il sentit un léger sentiment de panique tenter de s’insinuer subrepticement en lui, comme un voleur dans une demeure vide... Paniquer quand on est décédé n’avait pas grand sens, aussi le sentiment de panique renonça-t-il à son entreprise, tout comme le voleur renonce à la sienne quand il se rend compte qu’il a bataillé une heure pour ouvrir la porte d’une maison témoin.

Joseph tenta de réfléchir... D’ailleurs, comment pouvait-il ne serait-ce que penser, puisque son cerveau n’était plus censé fonctionner ? Se pouvait-il en fait qu’il n’ait pas succombé mais... non, s’il était sûr d’une chose, c’était que son cœur ne battait plus. Peut-être s’était-il transformé en mort-vivant ? Voilà qui ne l’enchantait guère... Passer son temps à errer jusqu’à ce qu’un malade de la gâchette vous loge une balle dans la tête, ce n’était pas vraiment ce qu’il imaginait de plus excitant. Et puis les morts-vivants, ça n’existait pas... hein ?

Bon... il était mort et pourtant il pensait encore. Il n’allait tout de même pas passer l’éternité comme ça, juste à réfléchir dans le noir. Il y avait forcément autre chose... quelque chose qui lui échappait... peut-être allait-on venir le chercher ou peut-être était-il sur le point de se réincarner dans un bébé ou un animal quelconque venant au monde. Ce n’était pas non plus une idée des plus rassurantes. Tout recommencer à zéro ne l’intéressait pas plus que d’errer sous la forme d’un cadavre en décomposition gémissant à longueur de journée. En y réfléchissant, il fallait tout de même avouer que la perspective du paradis était pour l’heure celle qu’il aurait accueillie avec le plus de sérénité. Si seulement un ange pouvait se pointer pour l’emmener rejoindre ceux de ses amis et de sa famille qui étaient partis avant lui. Bon, il n’avait jamais eu beaucoup d’amis et sa famille passée dans l’au-delà se limitait à des grands-parents qu’il n’avait jamais connus. Enfin, tout valait mieux que de rester là à ne rien faire...

Le temps s’écoulait lentement, sans que rien ne se passe. Hé bien, si c’était ça, la mort, pour ceux qui avaient eu le malheur de naître, on s’était bien fichu d’eux de leur vivant. Non, mais quelle escroquerie ! Et dire que certains parlaient du miracle de la vie ! Ah ! Ils ne savaient pas ce qui les attendait après. Mais qui avait été assez dérangé mentalement pour imaginer une telle horreur ? On venait au monde dans la souffrance, on se traînait toute sa vie à tenter de survivre en essayant de profiter, de temps en temps, de quelques menus plaisirs, tels des restes de nourriture jetés à des chiens, on passait le plus clair de son existence à avoir mal quelque part et on mourait généralement dans d’atroces souffrances... et pour quoi ? Pour une éternité de néant ?

Joseph aurait bien voulu qu’on lui accorde quelques minutes de vie supplémentaires pour aller régler ses comptes avec tous les bonimenteurs qui y allaient de leurs « la mort n’est que le commencement », « vous irez tous au paradis » ou autres « mille vierges vous attendront les bras ouverts » ! Ah, les fumistes ! Il ne faut jamais faire confiance aux gens qui ne savent pas de quoi ils parlent... Comment le pourraient-ils d’ailleurs ? Tous ceux qui prêchent ce genre d’inepties risquent d’être surpris et très déçus quand viendra leur heure.

Il soupira... tout du moins, il s’imagina en train de soupirer. L’éternité dans le noir complet... qu’est-ce qu’il allait s’ennuyer ! Surtout si les souvenirs de sa vie étaient les seuls éléments de distraction auxquels il pouvait se raccrocher. Comment avait-il pu tout rater à ce point ! ? Oh ! Il avait bien accompli deux ou trois petites choses, mais tout ce à quoi il avait jamais rêvé lui avait toujours échappé. L’amour, l’amour…. Ça aussi, c’était une belle arnaque. On lui avait seriné toute sa jeunesse que ceux qui s’aimaient vraiment finissaient toujours par se retrouver, qu’il n’y avait rien de plus beau que d’être amoureux. Tu parles ! Il avait épousé une femme charmante, mais sans trop savoir s’il l’aimait ou non. Bien des années plus tard, il avait découvert que ce n’était pas le cas, en se retrouvant face à celle qui allait vraiment faire chavirer son âme. Mais comble de la malhonnêteté céleste, il doutait fortement que celle-ci ait éprouvé quoi que ce soit pour lui. Il n’avait jamais osé faire le premier pas et était resté là à l’aimer en secret, à souffrir en silence… et la douleur qu’infligeait l’amour était la pire de toutes. Cupidon n’était-il pas censé coller ses flèches là où il le faut au lieu de tirer au hasard ? Même mort, rien que de repenser à cette femme, à ses yeux magnifiques dans lesquels on se serait volontiers noyé, à son sourire qui aurait fait fondre un iceberg, il en avait l’estomac noué, même si, techniquement, ce n’était pas possible. De toute manière, il n’avait jamais rien compris à rien dans ce domaine et, plus largement, dans celui des relations humaines. En vieillissant, écœuré par le comportement de ses semblables, il avait perdu goût à presque tout. L’existence était devenue pour lui une lente agonie dans laquelle il avait eu l’impression de se traîner, totalement désabusé, et dont il espérait presque qu’elle s’achève rapidement. Maintenant que c’était le cas, il se disait qu’il aurait franchement pu en profiter un peu plus, d’autant qu’il constatait à regret que la mort n’apportait aucune sérénité. Au contraire, quand il repassait le film de sa vie, il avait l’impression de n’en conserver que les mauvais souvenirs, que les regrets, que les échecs. Et il avait en tête l’image de celle dont il était tombé amoureux, cette image qu’il aurait bien voulu oublier, tellement elle lui rongeait l’âme comme un cancer. Il eut envie de pleurer, mais aucune larme ne coula sur ses joues. Dieu que l’éternité allait être douloureuse !

Soudain, il eut l’impression de sentir comme un coup qui, étrangement, semblait avoir atteint un dos qu’il doutait d’avoir encore. Puisqu’il ne pouvait pas bouger et qu’il ne voyait rien, il lui était difficile de savoir s’il était une âme désincarnée flottant dans le néant ou s’il était prisonnier d’un cadavre. Un second coup lui indiqua cependant qu’il était bien capable de ressentir les choses. Il avait donc encore un corps !

Un troisième coup et quelque chose en lui lui signala qu’il tombait. Une autre sensation indéfinie lui apprit que sa chute s’était achevée sur un sol rocailleux et froid. Tout d’abord, les ténèbres persistèrent puis, petit à petit, il y eut comme une douce lumière qui se fit de plus en plus vive. Ça y est, pensa-t-il, je me réincarne ou je vais droit au paradis. Autant dire que quand il vit un crâne grimaçant se pencher au-dessus de lui, il se sentit envahi d’une grande perplexité. Surtout que le crâne était prolongé par un corps tout aussi squelettique, qui tenait une lanterne et qui, attachée par une ficelle autour du cou, enfin autour des vertèbres cervicales, portait une ardoise. Joseph expérimenta tout d’abord une phase de refus. Non, ce qu’il voyait n’était pas possible... de toute manière, puisqu’il était mort, il ne pouvait pas voir. Un zombie, pourquoi pas... une réincarnation, ça peut se concevoir... le paradis, ce ne serait pas plus idiot qu’autre chose... Mais un squelette qui tient une lanterne avec une ardoise attachée autour du cou, non !

Tout ceci était très troublant. Il fallait qu’il se fasse une raison, il voyait bel et bien. Au-dessus de lui, à part le squelette, il y avait un grand trou dans une sorte de tunnel creusé dans la terre et soutenu par des étais. S’il voyait, c’est qu’il vivait, pourtant il était incapable de bouger le moindre muscle. Et ce squelette qui le regardait toujours... et puis il avait vraiment l’impression qu’il souriait. Le tas d’os secoua la tête, prit son ardoise, et, avec une craie, y écrivit quelque chose avant de la lui montrer.

« N’essayez pas de bouger avec vos muscles... Imaginez que vous bougez. »

Au cours de sa vie morne et plate, Joseph n’avait jamais été confronté à l’étrange, au mystérieux, au fantastique... Ce qu’il expérimentait maintenant était au-delà de ce qu’il pouvait imaginer ou admettre. Il devait faire un cauchemar. En fait, il n’était pas mort mais il dormait. C’était la seule explication logique.

Un second squelette apparut dans son champ de vision, lui aussi avec une ardoise, ainsi qu’une lanterne. Celui-ci ne semblait pas sourire, mais, alors qu’il avait pourtant le même crâne grimaçant que son compère, paraissait énervé. Il donna un coup de pied à Joseph qui eut l’impression de recevoir effectivement un coup de pied. Il ne le sentait pas vraiment, disons que l’information parvenait jusqu’à sa conscience. Et voilà maintenant que le nouveau venu lui faisait signe de se lever ! De deux choses l’une, soit c’était le songe le plus bizarre qu’il ait jamais fait, soit c’était réel et il fallait bien admettre que la puissance divine régissant l’univers avait un sens de l’humour particulièrement développé et douteux.

Le trépassé ne parvenant toujours pas à bouger le moindre orteil, les squelettes parurent contrariés. Ils dialoguaient avec ce qui s’apparentait à une langue des signes rudimentaire, qu’ils ponctuaient de temps en temps par quelques phrases inscrites avec nervosité sur leurs ardoises respectives. Le plus irrité des deux lança un regard noir au corps inerte, ce qui était particulièrement impressionnant quand ce regard provenait de deux orbites vides. Puis il saisit les jambes du cadavre et le tira dans le tunnel.

Traîné à même le sol comme un vulgaire sac de viande, Joseph se demandait vraiment ce qu’il avait pu faire au Bon Dieu pour en arriver là. Non, décidément, il devait se rendre à l’évidence : après une vie catastrophique, sa mort n’allait pas être simple.

 

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