Extrait

Midi
de Cloe Korman

Le 17/08/2018 à 09:24 - 0 commentaire

Auteur :

Editeur :

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Date de parution :

ISBN :

Total pages :

Prix :

Cloe Korman

Seuil

16/08/2018

9782021403558

224

18 €

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ISBN : 9782021403558

Editeur : Seuil

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ISBN : 9782021403565

Editeur : Le Seuil

Prix grand format : 18.00...78015882....

 

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Résumé du livre
Dans l'hôpital parisien où elle exerce, Claire voit arriver Dominique, un ancien amant. La maladie de Dom, déjà à un stade très avancé, met en échec ses qualités de médecin et fait resurgir le souvenir de leur rencontre. Quinze ans plus tôt, Claire est partie à Marseille, avec son amie Manu, travailler dans le théâtre associatif que dirigeait Dominique. Au milieu d'un groupe d'enfants occupés à apprivoiser la scène et embarqués dans une adaptation tumultueuse de La Tempête de Shakespeare, elles sont troublées par une silhouette fragile : celle d'une petite fille marginale, aussi mal à l'aise dans sa famille que parmi les autres enfants, et qui semble les appeler à l'aide. Pourtant la joie de l'été, la découverte du désir et le cercle des silences coupables les empêchent de prendre conscience du drame en train de se nouer.

Cloé Korman nous entraîne dans une enquête sur le mystère d'une violence exposée devant tous, en plein soleil, et néanmoins inapprochable. Porté par le souffle vital de deux héroïnes à peine sorties de l'adolescence, Midi est la splendide évocation d'une beauté qui aveugle et qui sauve.

 

Premier chapitre

PREMIÈRE SEMAINE

« À bord d’un navire, en mer »

 

Je ne me souviens pas de tous les noms, ni de tous les visages. Il faudra que je demande à Manu si elle peut retrouver la liste.

Mais je me suis souvenue de notre arrivée à la mairie de secteur du deuxième arrondissement de Marseille, elle et moi, le 6 juillet 2000. Je nous revois attendant dans le couloir du service de la jeunesse, des sports et des loisirs avec dans des pochettes plastique nos CV, brevets d’animatrice et papiers d’identité pour le rendez-vous avec la chargée de mission qui nous avait recrutées. Elle apparaît dans l’encadrement de sa porte, auréolée de prospectus pour les randos, la médiathèque, le soutien scolaire, les cours de poterie, de yoga, les samedis ciné-voyage, et de dessins d’enfants. En jean et blouse ajourée, roulant une cigarette devant ses seins, elle nous dit d’entrer mais qu’elle a pas beaucoup de temps. Il y aura vingt enfants dans le groupe : dix garçons et dix filles. « Viens pépite, viens petite » – la pièce est emplie d’une douce musique qui provient de la rue et s’élève par la portière ouverte d’une voiture stationnée là en bas, qui attire très souvent la chargée de mission jusqu’à la fenêtre. Revenant à nous, elle prend nos cartes d’identité et elle nous nomme en nous dévisageant, toutes les deux, « Emmanuelle Auber » et « Claire Novales ». Puis elle nous transmet nerveusement la liste de noms manuscrite, que je voudrais relire aujourd’hui, les vingt écritures de parents ou d’animateurs qui les avaient inscrits pour les vacances, avec les vingt dates de naissance. La musique résonne de plus en plus fort dans la rue encaissée et au cours du dialogue qui va suivre, en voici les paroles retracées par ma mémoire aussi fidèlement que possible malgré le micro qui vibre et qui crache, quelque chose comme : « Alors, chienne, tu connais ta peine ? Allez, chienne, tu veux que j’t’éveille ? Si tu veux que j’t’aime, pourquoi tu t’fais la belle ? C’est quoi ton kif ? C’est quoi ton trip ? C’que tu veux j’te l’donne alors viens et te donne. » La chargée de mission retourne à la fenêtre, se penche et demande : « Eh Tonio ! Tu peux baisser le son s’il te plaît ? Je vais te faire rêver moi si tu continues. » Mais le son augmente, la chanson se poursuit : « J’veux t’connaître ma chérie, toi et moi faut qu’on crie. Ton cul m’fait vibrer, ton style me fait darder, alors viens goûter bébé, viens tenter, poupée, viens… » Manu remarque qu’il y aura plusieurs anniversaires d’enfants pendant la période et qu’on pourra les fêter. On entend un coup de klaxon. « Viens pépite, que je t’habite, viens petite, que je t’excite. » La chargée de mission pointe dans la liste un cas d’asthme et un cas de diabète, à voir avec l’infirmière : il faut juste veiller à leur traitement à heure fixe, et prévenir en cas de problème. Je lui rappelle que je suis justement étudiante en médecine mais ça ne l’émeut pas. Le gros terminal téléphonique qui est posé sur sa table émet une phrase de sonate pour piano, une douzaine de fois de suite, elle finit par décrocher en priant son interlocuteur de l’attendre et en précisant qu’elle arrive. Elle raccroche et ça reklaxonne. Je précise que j’entre en deuxième année, « on commence les stages à l’hôpital », elle lève un sourcil et me regarde comme si je venais d’essayer de lui parler de religion ou de spiritualité. La musique s’arrête et Radio Grenouille annonce une session funk ce soir au Big Ben à Cassis, le thème : « Get Tog&ther », et le téléphone recommence à sonner. La chargée de mission nous dit qu’on fera connaissance lundi avec l’équipe, cuisinier, concierge, femme de ménage, et que les enfants arriveront l’après-midi. Manu demande : « Mais pour l’encadrement, on devait pas être trois ? » J’ajoute : « Quand est-ce qu’on retrouve Dominique Müller ? » La chargée de mission remue le bazar sur son bureau, des Post-it verts et roses en forme d’étoiles, sa pochette d’Amsterdamer au caramel, des Mentos, un pot de fond de teint Bourjois, des préservatifs Manix, des feutres multicolores garantis sans desséchement échappés de leur pochette, un rimmel qui fuit, des boîtes de vitamines, et nous tendant un trousseau de clefs : « Oui, Dom va vous rejoindre, il est à la bourre cette saison. Il est pas encore rentré de son chantier. C’est pas grave, c’est juste que vous pouvez pas faire de sortie avant qu’il arrive, vous avez qu’à rester au théâtre, faire des animations. Désolée franchement, à cause de la sécurité les sorties c’est trois encadrants ou rien donc c’est pas grave vous annulez le palais Longchamp mercredi et vous faites le pique-nique dans la cour, les gosses ça leur fait pareil. Tiens, ça c’est les clefs pour l’appart, il est juste au-dessus du théâtre. » Une nouvelle musique retentit, en bas, qui parle de relations hommes-femmes dans un sauna avec un ampli et des baffles. Elle ajoute : « S’il y a des problèmes genre sociaux, avec les familles, ou des enfants difficiles, il faut voir avec l’assistante sociale qui est ici ou avec les grands frères comme Tonio qui est en bas. » Le téléphone sonne à nouveau, elle décroche et tire sur le fil pour pouvoir répondre dans le combiné tout en parlant par la fenêtre : « Ouais j’descends. » À nous : « De toute façon s’il y a le moindre souci vous m’appelez. » Puis elle nous indique l’adresse du Théâtre d’Été, le petit théâtre associatif où nous allons travailler ces quelques semaines et qu’elle a entouré au Stabilo bleu sur un plan de Marseille photocopié : là.

 

 

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