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Maison des rumeurs
de Colm Tóibín

Le 03/01/2019 à 11:18 - 0 commentaire

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Editeur :

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Date de parution :

ISBN :

Total pages :

Prix :

Colm Tóibín

Robert Laffont

03/01/2019

9782221203613

286

21 €

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ISBN : 9782221203613

Editeur : Robert Laffont

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ISBN : 9782221240540

Editeur : Groupe Robert Laffont

Prix grand format : 9.99 €

 

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Résumé du livre
Après le sacrifice de sa fille, une mère fomente la mise à mort de l'assassin. Enragée, elle crie sa joie de venger son enfant. Puis son fils est enlevé et passe des années en exil où, dans un douloureux monologue intérieur, il revit le meurtre de sa soeur. Au foyer, il ne reste qu'une fille, obsédée jusqu'à la folie par la place démesurée qu'occupent les disparus dans le coeur de leur mère.
Clytemnestre, Oreste, Électre. Ils mêlent leurs voix en un choeur tragique pour raconter ce drame : l'assassinat d'Iphigénie par son père en échange d'une victoire à la guerre.
Dans des paysages sauvages qui rappellent les contrées isolées d'Irlande, Colm Tóibín donne aux héros et aux héroïnes du mythe grec une humanité bouleversante, inattendue, qui nous hante longtemps.
Traduction Anna Gibson

 

Premier chapitre

Pour Hedi El Kholti

 

 

Clytemnestre

 

 

L’odeur de la mort m’est devenue familière. L’odeur écœurante, douceâtre, qui entrait par bouffées dans les pièces de ce palais, au gré du vent. Il m’est facile maintenant d’être sereine. Je passe la matinée à observer le ciel et la lumière changeante. Le chant des oiseaux monte peu à peu tandis que le monde s’emplit de ses propres plaisirs, puis, quand le jour décroît, le bruit décroît lui aussi et s’évanouit. J’observe les ombres qui s’étirent. J’ai oublié tant de choses, cependant l’odeur de la mort s’attarde. Elle m’est peut-être entrée dans le corps, accueillie là comme une vieille amie venue en visite. L’odeur de la mort, de la peur, de la panique. Elle est présente de la même manière que l’air ; elle revient comme revient la lumière du matin. Elle est ma compagne de chaque instant ; elle a mis de la vie dans mes yeux, mon regard longtemps voilé par l’attente, qui n’est plus voilé à présent mais vif au contraire, plein d’éclat.

J’ai donné l’ordre que les corps soient laissés dehors sous le soleil pendant un jour ou deux jusqu’à ce que la puanteur devienne envahissante. J’aimais bien les mouches, leurs petits corps perplexes, courageux, bourdonnant après le festin, troublés par la faim qui les tenaillait encore, qui ne s’apaisait pas ; une faim que j’en étais venue à connaître moi aussi, et à apprécier.

Nous avons tous faim maintenant. La nourriture ne fait qu’aiguiser notre envie ; la viande nous rend affamés de plus de viande, comme la mort est affamée de toujours plus de mort. Le meurtre nous rend affamés, il remplit l’âme d’un plaisir aigu et délectable, qui excite le désir de goûter une satisfaction plus grande encore.

Une lame transperçant la chair tendre sous l’oreille avec une précision intime avant de cisailler la gorge sans bruit comme le soleil traverse le ciel, mais avec une vitesse et un zèle bien supérieurs, puis le sang sombre se déversant à flots comme la nuit noire tombe sur le monde familier, en silence.

*

Ils lui ont coupé les cheveux avant de la traîner sur le lieu du sacrifice. Ma fille avait les mains liées dans le dos, les cordes lui cisaillaient les poignets. Ses chevilles aussi étaient entravées. On l’avait bâillonnée pour l’empêcher de maudire son père, son lâche de père à la langue fourchue. Mais ses hurlements se sont entendus malgré tout lorsqu’elle a compris que son père allait vraiment la tuer, vraiment lui ôter la vie pour avantager son armée. On lui avait tranché les cheveux précipitamment, sans aucun soin, l’une des femmes avait même réussi à lui entailler la peau du crâne avec une lame rouillée ; quand Iphigénie a voulu parler, ils lui ont enfoncé un vieux chiffon dans la bouche afin que nul ne l’entende. Je suis fière qu’elle n’ait pas cessé de lutter, même alors. Pas un instant elle n’a accepté son sort, malgré le discours complaisant qu’elle avait été obligée de tenir pour essayer de se sauver. Pas une seconde elle n’a renoncé à se débattre et à vouloir leur échapper. À aucun moment elle n’a cessé de maudire son père afin qu’il éprouve jusqu’au bout le poids de son mépris.

 

 

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