Extrait

Made in China
de Jean-Philippe Toussaint

Le 14/06/2018 à 11:14 - 0 commentaire

Auteur :

Editeur :

Genre :

Date de parution :

ISBN :

Total pages :

Prix :

Jean-Philippe Toussaint

Minuit

14/09/2017

9782707343796

192

15 €

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ISBN : 9782707343796

Editeur : Minuit

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ISBN : 9782707343819

Editeur : Minuit

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Résumé du livre
Depuis le début des années 2000, j'ai fait de nombreux voyages en Chine, je me suis rendu à Pékin, à Shanghai, à Guangzhou, à Changsha, à Nankin, à Lijiang. Rien n'aurait été possible sans Chen Tong, mon éditeur chinois. La première fois que j'ai rencontré Chen Tong, en 1999, à Bruxelles, je ne savais encore quasiment rien de lui et de ses activités multiples, à la fois éditeur, libraire, artiste, commissaire d'exposition et professeur aux Beaux-Arts. Ce livre est l'évocation du tournage de mon film The Honey dress

 

Premier chapitre


I

 

CHEN TONG

 

 

« Cher Jean-Philippe, est-ce que tu peux me transférer l’horaire de ton vol ? Il faut que je m’organise » m’écrivait Chen Tong quelques jours avant mon arrivée en Chine. Je suis arrivé à Guangzhou le 21 novembre 2014 dans la soirée, et Chen Tong m’attendait à l’aéroport. Je l’aperçus à distance vêtu d’une de ses éternelles chemisettes grises à manches courtes. Il se tenait immobile, les mains derrière le dos, le regard attentif, il se dégageait de sa personnalité un sentiment d’assurance et de calme. Il esquissa un sourire, à peine un sourire, l’encoignure de ses lèvres se souleva, tandis que ses yeux brillaient de complicité contenue. Mais rien de plus, son corps n’avait pas bougé, son visage était resté impassible, grave, placide. Je fis les derniers mètres pour le rejoindre, et on se donna l’accolade, avec précaution, mimant l’accolade plutôt que la donnant vraiment, il me tapa deux ou trois fois doucement dans le dos pour souligner nos retrouvailles. Il s’empara de ma valise et on passa les portes de l’aéroport, et aussitôt je fus assailli par l’odeur de la Chine, cette odeur d’humidité et de poussière, de légumes bouillis et de légère transpiration qui imprègne l’air chaud de la nuit. Nous ne disions rien sous les vastes auvents de verre incurvés de l’aéroport, et nous attendions la voiture qui devait venir nous chercher.

 

C’est à l’automne 1999 que j’ai fait la connaissance de Chen Tong, il a sonné un jour chez moi à Bruxelles, accompagné de Bénédicte Petibon, dont je semble inventer le nom à l’instant avec facétie, tant ce nom, Bénédicte Petibon, semble sorti tout droit de l’immense vivier dont on dispose pour composer les noms des personnages de roman. Mais, aussi loin que je me souvienne, c’était bien là son nom véritable. Ou alors j’invente, mais qu’importe : si on veut que la réalité chatoie, il faut bien la romancer un peu. C’est donc ce jour-là, à Bruxelles, que j’ai vu Chen Tong pour la première fois. Il m’avait informé quelques semaines auparavant de sa présence en Europe, et je l’avais invité à passer à la maison. Je les ai donc reçus, Chen Tong et Bénédicte Petibon, dans le salon de mon appartement de Bruxelles (Madeleine, dans mon souvenir, était absente ce jour-là). Je les ai fait asseoir et je leur ai servi un thé, tout ceci devait être assez guindé et cérémonieux, c’était la première fois que nous nous voyions. Bénédicte Petibon (plus je répète ce nom, plus je sens qu’il prend le large vers la fiction), m’éclaira sur la personnalité de Chen Tong — dont je ne savais encore quasiment rien à l’époque —, sur ses activités multiples, à la fois éditeur, libraire, artiste, commissaire d’exposition et professeur aux Beaux-Arts de Guangzhou. À l’occasion, elle traduisait une phrase énigmatique de Chen Tong, qui se contentait d’écouter attentivement mes propos et d’observer les alentours de son regard aigu. Même si aucune langue ne nous était commune, il y a toujours eu entre nous une intelligence du regard, et nous nous comprenions en général sans passer par les mots. Mais j’étais encore loin de savoir à ce moment-là toute l’importance que cette relation amicale et professionnelle prendrait dans ma vie, la profonde et inaliénable amitié qui me lierait à lui, et qui ne se démentirait jamais. C’était donc lui mon éditeur chinois, cet homme encore jeune, aux allures de lettré chinois, avec sa moustache à la Lu Xun, qui était pour l’heure assis dans le salon de mon appartement de Bruxelles.

 

 

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