Extrait

Ma gorille et moi
de Myriam Gallot

Le 11/10/2019 à 15:33

Auteur : Myriam Gallot
Editeur : Syros
Genre : Romans & contes
Date de parution : 24/05/2018
ISBN : 9782748525151
Total pages : 144
Prix : 6.95 €
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ISBN : 9782748525168

Editeur : Syros Jeunesse

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Résumé du livre
Un roman qui nous fait ressentir ce que c'est que de vivre au contact des animaux, de les aimer pour ce qu'ils sont, sur un pied d'égalité avec nous.La maison de Jeanne se trouve au coeur d'un zoo. Le zoo de ses parents ! Quand Jeanne était bébé, ils ont accueilli chez eux une petite gorille, Mona, que sa mère avait rejetée à la naissance. Mona et Jeanne ont grandi ensemble. Mais Mona, qui est maintenant adulte, doit être transférée au zoo de Milan. Alors qu'un groupe de jeunes militants s'insurge et manifeste devant le zoo, Jeanne découvre le discours des défenseurs de la liberté animale. Peut-elle aimer Mona et vouloir la garder auprès d'elle ?

 

Premier chapitre
Chapitre 1
Sa large main poilue me presse doucement le ventre. Tendre et rassurante. La peau est luisante, d’un beau noir brillant, presque laqué. Ses ongles sont noirs aussi. Pas de crasse. Noirs naturellement. Toujours noirs. Les doigts aussi sont noirs. Et aussi les poils, sur le dos de la main. Pourtant, c’est une femelle. Elle s’appelle Mona. Nous avons le même âge. Mona est beaucoup plus grosse que moi. Plus puissante. Sa main est quatre fois grande comme la mienne. Mona est un gorille. Ma gorille.
Demain, Mona doit partir. Définitivement. Je profite de nos derniers instants.
Nous avons grandi ensemble. À la naissance, sa mère l’a rejetée. Elle n’a pas voulu la nourrir, et mes parents ont décidé de s’en occuper. Ils l’ont prise à la maison. Nombreux sont ceux qui ont critiqué. Élever un gorille comme un enfant, quelle horreur ! On courait à la catastrophe. Par le passé, l’expérience avait été tentée avec des chimpanzés, rapidement devenus ingérables et destructeurs. Ce n’était pas aimer les animaux sauvages, de les faire vivre avec les humains. Il fallait être franchement irresponsables. Et en plus, une femme enceinte ! Quelques mois après Mona, je suis née. Mes parents nous donnaient le biberon en même temps. J’étais dans le bras gauche de ma mère. Mona en face de moi, sur la cuisse de mon père, assis à côté de ma mère. On tétait en se touchant, avec Mona. Mes voûtes plantaires contre sa fourrure. Je lui donnais des coups de pied sans le vouloir, parfois. Elle repoussait mes jambes de la main, sans agacement. Elle me faisait rire. Déjà, on s’aimait comme des sœurs. On était ce qu’on appelle des sœurs de lait.
Les gens trouvaient bizarre de nourrir à la fois une enfant et un bébé gorille. Mais pour moi, la situation était normale. Pour Mona aussi.
Mes parents ont un zoo. Quand ils se sont rencontrés, ils ont décidé de mener leur vie parmi les animaux et ont tout plaqué pour créer le zoo. Ma mère préparait un doctorat de biologie animale sur la reproduction des castors d’Europe. Elle vivait dans un appartement avec deux chiens, quatre chats, un canard et un furet. Déjà à l’époque, beaucoup la traitaient de folle d’avoir autant d’animaux qui ne « vont pas ensemble ». Mon père était passionné par les grands singes. Il revenait d’un trek en Afrique. Il avait observé et photographié des gorilles dans leur milieu naturel. Cette expérience l’avait bouleversé.
Ma mère a abandonné sa thèse de doctorat avant d’avoir fini de la rédiger. Elle s’est consacrée à la recherche d’un terrain propre à accueillir un zoo. Mon père, lui, a fait plusieurs fois le tour des zoos d’Europe afin de trouver des animaux.
Notre maison se trouve au cœur du zoo. Quand les visiteurs sont partis, le zoo devient notre jardin. J’en connais chaque allée. Chaque détour. Chaque buisson. La nuit, les tigres du Bengale feulent. Les chimpanzés crient. Les pélicans grognent. Les loups hurlent. Pour moi, ces bruits sont familiers comme le sont les aboiements des chiens à la campagne, le coassement des grenouilles dans une mare, le chant des criquets en été, les cris des hirondelles, l’appel du hibou, le roucoulement des pigeons en ville.
Avec Mona, nous arpentions les allées du zoo aux heures de fermeture. Nous courions, nous sautions. C’est elle qui m’a montré comment faire une série de roulades sur la pelouse, devant notre maison. Elle me poussait les fesses quand elle voyait que la bascule n’allait pas se faire. Petit à petit, j’ai su comment profiter de l’élan pour gagner en vitesse. Je me relevais ivre, titubante, tellement joyeuse. Plus tard, elle m’a appris à marcher sur un mur sans tomber, en tournant les pieds vers l’extérieur. Et aussi à me suspendre à une branche d’arbre. Des deux mains. Puis d’une seule. Je disais qu’on était des artistes de cirque. On avait même répété un numéro. Mona me portait sur ses épaules et, à l’aide d’une branche, je tenais debout sur elle. Je me lâchais puis sautais à terre. J’entrouvrais les bras pour recevoir les applaudissements du public. Mona ouvrait aussi les bras. Qu’est-ce qu’on s’amusait ensemble !
Mona est restée quelques années chez nous. Un jour, sur dénonciation – on n’a jamais su de qui, ma mère a soupçonné un serrurier qui était intervenu dans la maison peu avant –, une dame de la Protection de l’enfance est venue. À la suite de sa visite, mes parents ont reçu des courriers de plus en plus menaçants. S’ils ne mettaient pas le gorille en cage, je serais placée en foyer d’enfants. Il était trop dangereux de faire cohabiter un singe et une petite de six ans. Une inspection sociale a été programmée. Ils sont arrivés à deux. Un homme et une femme. Mona a chipé le calepin de l’inspecteur et en a arraché les pages une par une, sous le regard pétrifié de cet homme sérieux. Ensuite, elle lui a pris ses lunettes, les a observées, pliées, dépliées, puis les lui a rendues. Délicatement. Elle a soulevé le chemisier de la dame devant tout le monde, puis lui a trifouillé le nombril avec l’index. La dame est devenue rouge de colère et de honte mêlées. Elle a voulu gifler Mona, mais mon père l’en a empêché. On ne gifle pas un gorille. Il ne comprendrait pas. Deviendrait agressif. Méchant. Mona n’avait jamais connu que le langage de la tendresse. Jamais celui de la violence. Elle était curieuse. Impudique, parfois. Seuls les humains connaissent la pudeur, pas les animaux, même élevés auprès des humains.
Mes parents ont dû se résoudre à faire déménager Mona. D’après le rapport d’inspection sociale, un gorille n’était pas une peluche et ne pouvait cohabiter avec une famille. Mes parents ne l’imaginaient pas non plus vivre en cage. Ils ont fait construire un gigantesque enclos aménagé avec des lianes en corde, des troncs, des branches, du gazon artificiel, des rochers. Les visiteurs pouvaient observer Mona à travers une baie vitrée renforcée, prévue pour résister aux chocs d’un gorille.
Mais Mona s’ennuyait. Les gorilles ont l’habitude de vivre en groupe. Il était exclu de la remettre en contact avec sa mère, qui l’avait abandonnée. Ni avec le mâle, compagnon de sa mère, son père génétique, qui risquait de vouloir s’accoupler avec elle. Tous deux résidaient dans un autre coin du zoo. Ils formaient un groupe avec deux gorilles femelles.
Il fallait trouver une compagne à Mona.

 

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