Extrait

Les transparents
de Ondjaki

Le 16/05/2016 à 13:20

Auteur : Ondjaki
Editeur : Metailie
Genre : litterature hispano-portugaise
Date de parution : 20/08/2015
ISBN : 9791022601665
Total pages :
Prix : 21 €
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ISBN : 9791022604253

Editeur : Métailié

Prix grand format : 8.49 €

 

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Résumé du livre
Une source d'eau douce, ou une fuite intarissable, s'est ouverte au premier étage d'un vieil immeuble du centre de Luanda. Les habitants s'y retrouvent pour un moment de conversation et de repos. Ce sont des gens simples qui partagent leurs vies et leurs souvenirs, ce sont des personnages surprenants et complexes qui ont des désirs, des rêves, des peines. Ils racontent leurs histoires, la guerre, et pensent à l'avenir. Il y a Odonato qui a la nostalgie de la Luanda d'autrefois, il a cessé de manger pour laisser la nourriture à ses enfants et est en train de devenir transparent. Il y a Amarelinha sa fille, la brodeuse de perles, qu'aimerait approcher le jeune MarchandDeCoquillages, toujours accompagné du bruit de son sac de marchandise et de l'Aveugle qui le suit. Il y a MariaComForça, qui vend du poisson grillé, et son mari le débrouillard qui monte une salle de cinéma sur le toit de l'immeuble. Le Facteur qui distribue ses lettres de protestation et réclame une mobylette à tous les représentants d'une autorité quelconque. Et Paizinho, le jeune garçon qui cherche à la télévision sa mère dont il a été séparé par la guerre. L'immeuble abrite aussi des journalistes, des chercheurs, des contrôleurs, tous intéressés par les richesses naturelles du pays et le développement de la grande ville africaine : pétrole ou eau potable, corruption ou bien public. Toutes ces histoires tissent la toile de fond d'une Angola en cours de transition brutale entre sa culture traditionnelle et la modernité. L'écriture d'Ondjaki, entre ironie tranquille et critique intelligente, imagination poétique et habileté narrative, emporte le lecteur séduit dans cette aventure. (traduction Danielle Schramm)

 

Premier chapitre

le temps de se souvenir est mort

je pleure le lendemain

les choses que je devrais pleurer aujourd’hui

 

[extrait du billet froissé d’Odonato]

– dis-moi quelle est la couleur de ce feu…

l’Aveugle parlait la tête tournée vers la main du garçon qui le soutenait en le tenant par le bras, tous les deux, effrayés, tentaient d’échapper aux énormes langues de feu qui montaient du sol vers le ciel de Luanda

– si je pouvais expliquer la couleur du feu, l’ancien, je serais un poète de ceux qui parlent en poèmes

la voix hypnotisée, le MarchandDeCoquillages accompagnait l’évolution de l’incendie et guidait l’Aveugle à travers des passages à peu près sûrs où l’eau, jaillissant des canalisations défoncées, faisait un couloir pour ceux qui s’aventuraient dans cette jungle de flammes fouettées par le vent

– je te le demande, regarde, toi qui vois, moi je sens sur ma peau, mais je voudrais aussi imaginer la couleur de ce feu

l’Aveugle paraissait implorer de sa voix plus habituée à donner des ordres qu’à distribuer des mots doux, le MarchandDeCoquillages se dit que c’était manquer de respect que de ne pas répondre à une question aussi concrète qui sollicitait d’une voix aimable une simple information chromatique,

quoique difficile et même impossible

le garçon chercha au fond de lui quelques larmes tièdes qui le ramèneraient à son enfance car c’était là, dans ce royaume dépourvu de pensées, que pouvait naître, vive et fidèle à ce qu’elle voyait, une réponse fleurie

– ne me laisse pas mourir sans que je sache la couleur de cette lumière brûlante

les flammes rugissaient et même quelqu’un privé de vue comme lui pouvait éprouver une sensation jaune évocatrice de souvenirs, poisson grillé accompagné de haricots à l’huile de palme, chaleur brûlante de plage à midi, ou souvenir du jour où l’acide de la batterie lui avait volé la joie de voir le monde

– l’ancien, j’attends une voix d’enfant pour vous donner une réponse

vue de près ou de loin, la nuit était une tresse noire et monacale, la peau d’un animal nocturne laissant goutter la boue de son corps, il y avait des étoiles brillant timidement dans le ciel, il y avait la torpeur de l’air marin et les coquillages sur le sable qui se fendaient sous la chaleur excessive, il y avait la crémation involontaire des corps et la ville, somnambule, pleurait dans l’indifférence de la lune

l’Aveugle retroussa ses lèvres dans un sourire tremblant et triste

– ne tarde pas, petit, nos vies sont presque grillées

les nuages lointains, le soleil absent, les mères appelaient leurs enfants à grands cris et les enfants aveugles ne voyaient pas la lumière éphémère de cette ville qui transpirait sous son manteau incandescent, se préparant à la tombée d’une nuit profonde et noire – comme seul le feu peut en générer

les langues et les flammes de cet enfer tendu dans une marche viscérale d’animal forcé, trapu et résolu, fuyant le chasseur dans la volonté implacable d’aller plus loin, de brûler plus, de souffler sur la fournaise, puis, épuisé, chercher à dévorer des corps ayant perdu leur rythme humain, harmonie respirée, mains caressant des cheveux et des crânes joyeux dans une ville où, pendant des siècles, l’amour avait découvert, entre brumes de brutalité

 

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