Extrait

Les poissons ne ferment pas les yeux
de Erri De Luca

Le 07/02/2015 à 07:54 - 0 commentaire

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Erri De Luca

Gallimard

litterature italienne

9782070139118

15.90 €

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ISBN : 9782070139118

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Résumé du livre
"À dix ans, on est dans une enveloppe contenant toutes les formes futures. On regarde à l'extérieur en adultes présumés, mais à l'étroit dans une pointure de souliers plus petite. " Comme chaque été, le narrateur descend de Naples pour passer l'été sur l'île. Il y retrouve le monde des pêcheurs et les plaisirs de la mer mais ne peut échapper à la mutation débutée avec son dixième anniversaire. Une fillette fait irruption sur la plage et, avec elle, trois garçons jaloux. De quoi remettre en question son ignorance du verbe aimer et sa vision de la justice. Erri De Luca nous offre ici le récit envoûtant des mues de l'enfance.

 

Premier chapitre

 

 

 

 

 

 

« À quoi sert de baiser ta poussière ?

Moi, je suis ta poussière. »

 

 

 

 

 

ITZIK MANGER

 

 

« Je te le dis une fois et c’est déjà une de trop : trempe tes mains dans la mer avant de mettre l’appât sur l’hameçon. Le poisson sent les odeurs, il fuit la nourriture qui vient de terre. Et fais exactement ce que tu vois faire, sans attendre qu’on te le dise. En mer, c’est pas comme à l’école, il n’y a pas de professeurs. Il y a la mer et il y a toi. Et la mer n’enseigne pas, la mer fait, à sa façon. »

J’écris ses phrases en italien et toutes à la fois. Quand il les disait, c’étaient des rochers isolés et beaucoup de vagues au milieu. Je les écris en italien, elles sont ternes sans sa voix pour les dire en dialecte.

Il commençait souvent par « et ». À l’école, on apprend à éviter les conjonctions en début de phrase. Pour lui, c’était la suite d’une autre, prononcée une heure ou un jour avant. Il parlait peu, avec de longs intervalles de silence tout en vaquant aux tâches d’un bateau de pêche. Il s’agissait pour lui d’un seul discours, qui de temps en temps se détachait de sa bouche avec le « et », dont la lettre e dessine un nœud quand on l’écrit. J’ai appris par sa voix à commencer mes phrases par une conjonction.

 

Il voyait du bon en moi, enfant de la ville qui venait sur l’île l’été. Je descendais à la plage des pêcheurs, je passais des après-midi entiers à regarder les mouvements des barques. Avec la permission de ma mère, je pouvais monter sur une des plus longues avec des rames aussi grosses que de jeunes arbres. Je ne faisais presque rien à bord, le pêcheur me laissait lui donner un coup de main et il m’avait appris à me servir des rames, deux fois plus grandes que moi, en poussant dessus de tout mon poids, debout, les bras tendus et en croix. Le bateau s’ébranlait tout doucement et puis avançait. Et je me sentais plus grand. À certains moments, ma petite force de rameur rendait service au pêcheur. Il ne me permettait pas d’approcher des hameçons, des longues lignes lestées du plomb de fond. C’étaient des instruments de travail qui n’avaient rien à faire dans les mains des enfants. Alors que sur la terre ferme, à Naples, les outils et les heures de travail n’étaient pas ce qui leur manquait.

Il me laissait jeter l’ancre. J’avais maintenant dix ans, un magma d’enfance muette. Dix ans, c’était un cap solennel, on écrivait son âge pour la première fois avec un chiffre double. L’enfance se termine officiellement quand on ajoute le premier zéro aux années. Elle se termine, mais il ne se passe rien, on est dans le même corps de mioche emprunté des étés précédents, troublé à l’intérieur et calme à l’extérieur. J’avais dix ans — tenevo dix ans : chez nous le verbe « tenir » est plus précis pour dire l’âge. J’étais dans un corps pris dans un cocon et seule ma tête tentait de le forcer.

 

 

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