Extrait

Les perles de la Moika
de Annie Degroote

Le 24/10/2013 à 22:17

Auteur : Annie Degroote
Editeur : Presses De La Cite
Genre : litterature francaise romans regionaux
Date de parution : 04/04/2013
ISBN : 9782258084162
Total pages :
Prix : 20 €
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Résumé du livre
Au travers d'un pan de l'histoire franco-russe, le destin de trois générations de femmes, et la quête désespérée d'un amour maternel... Que se passait-il? Cette boucle d'oreille... Et à présent, la pièce russe... Elle s'interdisait de penser aux signes, mais cette accumulation de coïncidences était troublante. Un signe? Elle ne savait pourquoi, mais il lui fallait absolument travailler dans La Cerisaie. Elle soupçonnait que ce n'était que le début, le début de quoi? Le fil rouge de son enfance? Demain, elle avait rendez-vous avec le metteur en scène, avec son avenir... Ou son passé. Elle ouvrit la pièce de Tchekhov, et commença la lecture: - " Les cerisiers sont en fleur, mais dehors, il fait encore froid. " Elle était en Russie... 2003. Ana est comédienne. Elle a fui sa famille et particulièrement Sophia, sa mère, une Russe dont elle ne s'est jamais sentie aimée. Elle se refuse à tout contact avec le pays de celle-ci jusqu'au jour où on lui offre le plus beau rôle de sa vie dans une pièce de Tchekhov. 1903. Sur les bords de la Moïka à Saint-Pétersbourg, Tatiana et ses jumelles vont se trouver liées au destin de Raspoutine et de l'illustre famille Youssoupov. Séparées par la révolution, l'une exilée en Europe, l'autre en Ukraine, Olga et Natacha auront des vies très différentes. Se retrouveront-elles? Quel secret porte en elle Sophia, qu'elle a hérité l'histoire de la belle Tatiana, et qui va bouleverser la vie d'Ana?

 

Premier chapitre

1

 

Reflet

 

 

 

C’était un mauvais jour. Elle devait fuir cette chambre au plus vite. Elle recélait une détestable odeur de renfermé, qui n’avait rien de la dopante naphtaline ou de la charmante petite « madeleine » qu’est la lavande.

Vêtue d’un long tee-shirt blanc, Ana Bergen était debout, face à la glace d’une vieille armoire désuète. Son reflet la renvoyait vingt ans en arrière. À l’époque, novice en la matière, elle redisait bêtement son texte devant un miroir pour se rassurer, se convaincre qu’elle avait bien joué.

Où en était-elle aujourd’hui ? Rien n’avait tellement changé.

Elle tenta de retrouver son personnage, de juger de sa crédibilité. Elle n’y vit qu’une image peu flatteuse d’elle-même. Elle étudia les formes de son corps, scruta son visage.

N’avait-il pas paru trop crispé ? Et la caméra avait filmé son mauvais profil, bien sûr.

Un mauvais jour, qui laissait augurer une nuit blanche. Nuit de fantasmes prenant vie autour de sa solitude. Reléguée dans sa petite chambre d’hôtel, exiguë et mal éclairée – les quatre-étoiles design, c’était pour les premiers rôles –, oubliée et mécontente de sa prestation. Comme il y a vingt ans…

Elle se sentait si triste ce soir de les quitter. Un comédien l’avait touchée avec son divorce, un autre semblait désespéré de n’interpréter que les greffiers engoncés dans leur col amidonné. Il y avait le dragueur, pour rire, plein de sensibilité, et l’écorché vif, d’une intelligence supérieure. Celui-là l’impressionnait. Elle, trop silencieuse, sur la réserve par timidité, une idiote, comme à vingt ans… Il y avait encore un comédien plus âgé, à l’œil pétillant et aux jeans serrés pour se donner une allure fringante car il avait une jolie et jeune femme, et puis le directeur photo qui aurait aimé dîner avec elle… Elle n’était que de passage. Elle ne serait pas encombrante.

Dans un rôle court, on n’a pas le droit à l’erreur. Elle avait été fade, pire : insignifiante. Une débutante. Elle aurait aimé récupérer la pellicule, la piétiner, la déchirer. Des milliers, voire des millions de gens se moqueraient d’une même voix, devant leur petit écran :

« Elle est nulle, celle-là ! »

« La honte. Rayez-moi cette fille, elle ne vaut rien en tant que comédienne. Honte sur moi ! »

Elle ne pouvait revenir en arrière, c’était impressionné à tout jamais.

Des mots d’un autre personnage, Nina, dans La Mouette de Tchekhov, lui trottaient dans la tête :

« Vous ne connaissez pas cette situation : sentir qu’onjoue abominablement ? »

Elle avait eu la chance, malgré tout, d’obtenir quelques grands rôles, dix ans auparavant. C’était un autre métier, les premiers rôles. Plus faciles en fin de compte. Et ses silences, alors, passaient pour du mystère.

Pourquoi avoir accepté celui-ci ? Il ne pouvait rien lui apporter, elle le savait d’avance. Peur de ne plus être engagée ? Peur d’avoir trop vieilli ? Les besoins financiers… Pourtant elle détestait ces rôles tièdes de femmes sans aspérités.

 

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