Extrait

Les guerres de mon père
de Colombe Schneck

Le 10/01/2018 à 13:18 - 0 commentaire

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Total pages :

Prix :

Colombe Schneck

Stock

03/01/2018

9782234081833

306

20.50 €

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Résumé du livre
« Quand j’évoque mon père devant ses proches, bientôt trente ans après sa mort, ils sourient toujours, un sourire reconnaissant pour sa générosité. Il répétait, il ne faut laisser que des bons souvenirs. Il disait aussi, on ne parle pas des choses qui fâchent. À le voir vivre, on ne pouvait rien deviner des guerres qu’il avait traversées. J’ai découvert ce qu’il cachait, la violence, l’exil, les destructions et la honte, j’ai compris que sa manière d’être était un état de survie et de résistance.
Quand je regarde cette photo en couverture de ce livre, moi à l’âge de deux ans sur les épaules de mon père, je vois l’arrogance de mon regard d’enfant, son amour était immortel. Sa mort à la sortie de l’adolescence m’a laissée dans un état
de grande solitude. En écrivant, en enquêtant dans les archives, pour comprendre
ce que mon père fuyait, je me suis avouée, pour la première fois, que nous n’étions pas coupables de nos errances en tout genre et que, peut-être, je pouvais accepter d’être aimée. »

 

Premier chapitre

En souvenir de Gilbert Schneck

et de Pierre Pachet

 

 

Si vous l’aviez connu, vous n’auriez rien pu deviner, son regard était toujours doux, souriant. À ses côtés, on se sentait aimé. Mon père voulait savoir ce qu’il pouvait faire pour vous. Comment vous aider. Quel était votre désir.

Guettant la moindre grimace, le plus infime souffle de contrariété auquel il répondait :

– Cœur qui soupire n’a pas ce qu’il désire.

Alors, il partait en quête de ce qui pourrait vous soulager.

Le passé n’existait pas, seul le présent comptait.

Il répétait :

– Il ne faut offrir que de bons souvenirs.

Ou encore :

– Ne parlons pas de choses qui fâchent.

Il avait survécu aux destructions et aux rafles, aux morts injustes et à la torture, aux terreurs, à l’humiliation et à la peur, à la honte, à l’exil, à la perte encore ; il avait été confronté, enfant, adolescent, jeune homme, à la violence et l’inhumanité.

Face aux guerres, il avait construit un état de résistance, refusant l’amertume et la désolation, la plainte et la tristesse, la nostalgie. Il venait de pays qui ont disparu et dont il subsiste si peu de traces. Il était facile de nous faire croire qu’« avant n’existe pas ».

Mon père nous offrait un pull-over en laine vieux rose, des lieder de Schubert chantés par Kathleen Ferrier, un paysage vert de Dordogne, un amour sans limites. Seules semblaient compter pour lui la beauté et la bonté. Il était prêt à nous laisser sans armes, dans l’illusion. Il suffisait de fermer les yeux.

Nous étions des exilés sans mémoire s’accrochant aux joies du présent.

Il est mort il y a si longtemps. Il m’a fallu vingt-cinq ans pour être capable d’affronter ce qu’il cachait. Il avait honte et nous avions honte, il était coupable et nous étions coupables, il manquait quelque chose, je ne savais pas quoi, ma seule certitude d’enfance était que son amour était aussi indéfectible qu’irremplaçable.

J’ai cherché de manière absurde, partout, son amour et son passé.

Conversations oubliées, notes perdues, dossiers administratifs, archives publiques.

En France, l’administration conserve tout et je me suis longtemps demandé la raison de cette obsession conservatrice. J’ai fini par la comprendre et l’admirer.

Alors que nos souvenirs sont des mensonges, nos passés au mieux flous, quand ils ne sont pas transformés, les archives offrent de minuscules assises. Je ne sais rien et cela est si facile, il suffit de prendre le métro, de tendre sa carte d’identité, de remplir une demande et un dossier, alors apparaissent un nom, une date, une lettre, des photos, une clarté.

Grâce à ces archives, je me suis avoué, pour la première fois, que ni mon père ni moi n’étions coupables de nos errances en tout genre, et que, peut-être, je pouvais accepter d’être aimée.

 

 

1

 

L’exil et l’amour

 

 

Pierre m’a appelée hier soir.

– J’ai repensé à notre conversation de samedi sur ton père. Cela me laisse insatisfait. J’ai le sentiment de ne pas avoir dit ce qu’il fallait dire, de ne pas t’en avoir dit assez et de n’avoir pas moi-même posé les bonnes questions. Il faudrait qu’on reprenne cela un jour.

 

 

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