Extrait

Le transfuge
de Siegfried Lenz

Le 11/02/2019 à 08:46 - 0 commentaire

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Date de parution :

ISBN :

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Prix :

Siegfried Lenz

Robert Laffont

18/10/2018

9782221198230

340

21 €

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ISBN : 9782221198230

Editeur : Robert Laffont

Prix grand format : 21 €

 

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ISBN : 9782221238837

Editeur : Groupe Robert Laffont

Prix grand format : 13,99 €

 

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Résumé du livre
Le roman inédit de Siegfried Lenz se révèle l'un des meilleurs livres de cet écrivain majeur, disparu en 2014.
Le dernier été avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, le soldat Walter Proska est affecté dans une petite unité chargée d'assurer la sécurité d'une ligne de chemin de fer au plus profond de la forêt, à la frontière de l'Ukraine et de la Biélorussie. Dans cette région marécageuse, une poignée d'hommes étourdis par la chaleur, assaillis par les moustiques et abandonnés par leurs propres troupes face aux résistants doivent également subir les ordres de plus en plus absurdes et inhumains de leur caporal-chef, en proie à la folie. Le temps passe, les soldats s'isolent. Guettés par la démence, hantés par des désirs de mort. Et Proska cherche la réponse aux questions qui l'obsèdent : entre le devoir et la conscience, quel est le plus important ? peut-on agir sans devenir coupable ? et où est Wanda, cette jeune résistante polonaise qu'il ne parvient pas à oublier ?
Écrit en 1951, Le Transfuge est le deuxième roman de Siegfried Lenz. Refusé par son éditeur – qui jugeait malvenue, dans le contexte de la guerre froide, cette histoire de soldat allemand qui décide de rejoindre l'Armée rouge –, le manuscrit a été oublié pendant près de soixante-dix ans avant d'être redécouvert à la mort de l'auteur. Un triomphe posthume.

traduction : Frédéric Weinmann

 

Premier chapitre

1.

 

Personne ne vint ouvrir.

Proska frappa une deuxième fois, plus fort, avec insistance, en retenant son souffle. Il attendit, baissa la tête et regarda la lettre qu’il tenait à la main. Une clé se trouvait dans la serrure, il devait y avoir quelqu’un à l’intérieur. Pourtant, personne ne venait ouvrir.

Il s’éloigna de la porte à pas lents et se risqua à jeter un coup d’œil à travers la fenêtre à moitié opaque. Le soleil frappait assez fort sur sa nuque, mais cela ne le dérangeait pas. Soudain, les genoux de ce robuste assistant de trente-cinq ans se mirent à trembler. Il ouvrit grand la bouche, et un mince filet de salive s’étira entre ses lèvres.

Devant lui, à deux mètres de la vitre, un homme âgé, un vieillard, était assis sur une chaise. Il avait entièrement découvert son bras gauche, branche maigre et jaunâtre déjà à moitié fanée, et il remplissait une seringue avec une insupportable minutie. Puis il laissa tomber l’ampoule vide et usagée sur le sol, sans plus y prêter attention. Proska crut percevoir un infime bruit de verre qui casse, mais il se trompait : le son n’était pas assez fort pour franchir la vitre.

Le vieux posa la seringue avec précaution sur une petite table basse, arracha un pauvre bout de coton de ses doigts décharnés, le roula en boule d’un geste tremblotant et le plaqua contre le col d’une bouteille. Ensuite, il souleva lentement le récipient et le renversa. Le liquide imbiba le morceau d’ouate qui semblait insatiable et changea de couleur.

Proska ne perdait pas un geste, pas une opération, quelque insignifiante qu’elle fût. Jusqu’à présent il n’avait vu et salué le vieil homme que quatre ou cinq fois dans sa vie. Il ne savait pas grand-chose sur lui, sinon qu’il était pharmacien. Sur la plaque de sa porte, on pouvait lire : « Adomeit » – c’est tout.

Le vieux frotta un endroit sur son avant-bras à l’aide du tampon et attendit un moment. Pendant ce temps, il regarda par-dessus la monture de ses lunettes en métal et contempla l’aiguille qui luisait dans le soleil.

Que va-t-il faire ? Se piquer le bras ? une veine ? Pourquoi fait-il cela ?

Proska sentit un tressaillement aux commissures de ses lèvres.

Adomeit s’empara de la seringue et la plaça juste devant ses verres de lunettes. Il appuya brièvement sur le piston : un mince filet de liquide marron jaillit de l’aiguille. L’instrument était fiable, il obéissait à la perfection. Puis le vieux le planta dans son bras, de manière si soudaine que Proska en resta comme pétrifié à la fenêtre. Incapable de crier, de lever la main, de s’enfuir. Tandis qu’il fixait l’homme qui s’en prenait à son corps, il crut ressentir lui-même une douleur aiguë, profonde, une douleur aussi sensible qu’une racine de cheveu et aussi profonde qu’un œil humain. De son index, le vieillard injectait le liquide dans son sang, de façon continue, sans concession.

Quand il retira l’aiguille de son bras, d’un mouvement brusque, Proska se sentit de nouveau en mesure de bouger. Il retourna vers la porte, frappa et attendit. Mais personne ne vint lui ouvrir. Il baissa la poignée avec précaution ; la porte s’ouvrit dans un grincement et, à contrecœur, le laissa pénétrer dans la pièce.

 

 

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