Extrait

Le testament du magicien Tenor
de Cesar Aira

Le 02/08/2015 à 19:37

Auteur : Cesar Aira
Editeur :
Genre : litterature hispano-portugaise
Date de parution :
ISBN : 9782267026214
Total pages : 152
Prix : 12 €
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Editeur : Christian Bourgois

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Résumé du livre
Dans une chambre en Suisse, le magicien Ténor est aux portes de la mort. Que peut-il vouloir léguer à Bouddha L'Eternel ? Quels rapports entretient-il avec le Président Hoffmann, juriste et député au parlement de Lausanne ? Comment Bouddha L'Eternel, ruiné et humilié, en est-il venu à cohabiter dans une vallée reculée de l'Inde avec Madame Gohu, la vieille servante d'une ancienne souveraine, Madame Mrobat ? Quel intérêt la société Brain Force trouve-t-elle à soutenir financièrement ce Bouddha ? Jean Ball, l'assistant d'Hoffmann, va-t-il découvrir un mystérieux secret en traversant l'océan pour remettre à Bouddha l'enveloppe que le Magicien Ténor lui a destinée ?

 

Premier chapitre

Seul et oublié, à la retraite depuis déjà long­temps, le Magicien Ténor se mourait. Sans espoir ni panique, couché dans le lit où sa dernière attaque l'avait confiné, il attendait le dénouement. En fin de compte, tout s'était déroulé dans l'ordre, et sa sortie de scène ne faisait pas moins partie de l'intrigue que chacun des épisodes précédents : le regard perdu à travers la fenêtre, l'esprit vide, le silence englué dans l'immobilité de ces longues journées. Comme personnel de maison, il ne lui restait que la gouver­nante. Ses pas feutrés, le tic-tac d'une montre et, à l'extérieur, le chant égaré d'un oiseau, voilà les seuls bruits qui parvenaient dans la chambre du Magicien. Depuis la cuisine, les pièces de service, l'escalier, les longs couloirs sinueux jadis élégants mais désormais en désuétude, le trajet qui menait jusqu'à lui était le seul que l'on pouvait emprunter dans toute la mai­son. Le reste était fermé et négligé, les salons étaient sombres, certaines portes et fenêtres ne s'ouvraient plus depuis des années, la poussière s'entassait dans l'indifférence. Enfouis dans leurs cadres dorés, les tableaux sur les murs des salons plongeaient leurs figures dans une pénombre qui se refermait sur elle-même. Si quelqu'un s'en était approché - et, à ce moment-là, seul un fantôme aurait pu le faire - il aurait vu des scènes de gesticulations dramatiques, le vernis aminci par le temps révélant le vrai visage de figures spectrales. Les miroirs s'étaient voilés, les tapis répétaient leurs labyrinthes paresseux. Sur l'estrade de la salle de musique, un piano avait créé le vide autour de lui et battait la mesure du silence. Au pla­fond, les caissons semblaient s'effondrer comme des bouches quadrillées. Les fauteuils se resserraient sur eux-mêmes, les ténèbres s'appropriaient les billards et les marbres.

Cachée par les arbres, la maison était entourée d'un vaste parc aux contours irréguliers, et les rares automobilistes qui circulaient sur le chemin de terre cantonal pouvaient ignorer son existence, car même la grille d'entrée était placée loin des regards : pour la trouver, il fallait emprunter un passage dissimulé entre des arbustes et des arbres morts. Ce n'était pas que le propriétaire eût éprouvé une volonté formelle de se cacher du monde ; c'était, tout simplement, le résultat de l'abandon, le même abandon qui régnait dans le parc, dont toute l'étendue, depuis les recoins les plus écartés, jusqu'aux plus proches, était revenue à une sauvagerie égale à celle du premier jour de la Création. Des taupes, des lapins, des couleuvres et un renard fugitif cohabitaient dans les enchevê­trements de végétaux qu'aucun pied n'avait jamais foulés. D'innombrables légions de fourmis, des chrysalides accrochées aux branches, des écureuils, des papillons de nuit, des araignées sylvestres, des guêpes dans leurs nids de boue, des armées de bêtes petites et variées jouaient à cache-cache là où personne n'allait les chercher.

 

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