Extrait

Le Prodige
de Roy Jacobsen

Le 20/01/2015 à 18:30

Auteur : Roy Jacobsen
Editeur : Gallimard
Genre : litterature nordique
Date de parution :
ISBN : 9782070127924
Total pages :
Prix : 22 €
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Editeur : Editions Gallimard

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Résumé du livre
Finn, le narrateur du Prodige, est encore un petit garçon quand sa vie bascule brutalement. Sa mère lui annonce l’arrivée d’une demi-sœur dont il ignorait l’existence. Il n’a en fait même pas le moindre souvenir de son père, qui avait quitté le foyer pour vivre avec une autre femme avant de mourir dans un accident. Alors, comment comprendre cette petite fille étrange de six ans qui s’installe tout à coup avec lui et sa mère dans leur modeste appartement de la banlieue d’Oslo? Linda parle à peine, et il faut en plus louer une chambre à un inconnu pour faire face aux dépenses supplémentaires... Entre la présence de cet homme, Kristian, et celle de la petite sœur, Finn change de regard sur le monde qui l’entoure. Sans forcément le comprendre, il est en train de laisser son enfance derrière lui. Dans un roman de formation juste et émouvant, Roy Jacobsen parvient non seulement à prêter sa voix à un garçon au seuil de l’adolescence, mais il nous fait aussi revivre les années soixante, et les changements de société de cette époque dont nous sommes encore les héritiers aujourd’hui.

 

Premier chapitre

 

 

 

 

 

 

1

 

 

Tout a commencé quand Maman et moi on s’est mis à rafraîchir l’appartement. C’est-à-dire que je peignais le bas du mur, et c’était dur, d’ailleurs, puisque j’étais d’assez petite taille, tandis qu’elle était perchée sur une chaise de cuisine et se concentrait sur ce qu’il y avait juste au-dessous du plafond. À ce train-là, ça allait nous prendre plusieurs mois pour finir un seul mur. Un soir, Madame Syversen est venue, elle a contemplé notre ouvrage, puis elle a croisé les bras sur sa poitrine volumineuse :

« T’as pas pensé à essayer la tapisserie, Gerd ?

— La tapisserie ?

— Oui, viens voir. »

On a suivi Madame Syversen, qui habitait de l’autre côté du couloir. Je n’étais jamais allé chez elle, alors que nous logions en face depuis des années, et qu’Anne-Berit, une fille de mon âge qui était dans la classe parallèle à la mienne, vivait là aussi avec ses petites sœurs, des jumelles de six ans dont les noms surgissaient chaque fois que Maman voulait me faire la leçon.

« Reidun et Mona, elles… » C’était un vrai refrain. Sinon, elle invoquait aussi Anne-Berit qui, d’après Madame Syversen, préférait rester à la maison, où elle trouvait son lit et ses repas, plutôt que de descendre dans la rue, là où se fabriquait la vie avec son stock immense de planches de coffrage, de briques et de tuiles entassées entre les immeubles, et puis plus bas encore, dans les terrains couverts d’herbe, avec des souches, des troncs, des ruisseaux, des buissons touffus et des chemins invisibles, là où on pouvait faire des feux avec du carton goudronné, des restes de bitume et des bouts de bois, là où on pouvait construire des cabanes à un étage pour lesquelles des combats épiques étaient livrés par les grands et les invincibles, des édifices qui pouvaient être rasés avant que l’on ait eu le temps de dire ouf et qui seraient rebâtis le lendemain, mais jamais par ceux qui les avaient détruits. Ceux qui construisent et ceux qui détruisent ne sont jamais les mêmes, je le sais bien parce que, moi, j’étais un bâtisseur, même si j’étais petit, et j’ai versé plus d’une larme en retrouvant nos châteaux en ruine ; on parlait de représailles et de vengeances terribles, mais les vandales n’avaient rien à perdre, sauf leur bonne humeur et leurs grands sourires, et l’on trouvait déjà la trace d’une division entre ceux qui ont quelque chose à perdre et ceux qui n’ont jamais eu l’intention de posséder des trucs, et qui ne l’auront jamais. Ce monde-là n’avait rien à offrir à Anne-Berit et ses sœurs, elles ne bâtissaient rien ni ne détruisaient rien, j’avais d’ailleurs l’impression qu’elles passaient la journée à manger à la table de la cuisine ; là, il y avait Monsieur Syversen, trônant en bout de table, en tricot de corps, avec les bretelles pendant le long des énormes cuisses de bulldozer qui s’étalaient sur la chaise toute frêle.

 

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