Extrait

Le pays des oubliés
de Michael Farris Smith

Le 18/01/2019 à 12:51 - 0 commentaire

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Michael Farris Smith

Sonatine

17/01/2019

9782355846458

20 €

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ISBN : 9782355846458

Editeur : Sonatine

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ISBN : 9782355847356

Editeur : Sonatine

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Résumé du livre
Abandonné à la naissance, Jack est passé d'orphelinats en foyers, avant que Maryann, une lesbienne mise à l'écart par la bonne société de Louisiane, le prenne sous son aile. Aujourd'hui celle-ci vit ses derniers jours et sa propriété est menacée par les banques. Jack, qui veut à tout prix conserver cet héritage, doit trouver l'argent nécessaire. Mais, le corps cassé par une vie de combats, ravagé par de multiples addictions, il ne se sent plus la force d'avancer. D'autant plus qu'il doit aussi affronter Big Momma Sweet, qui règne sur cet empire du vice qu'est le delta du Mississippi.

Michael Farris Smith écrit mieux que personne sur le désespoir américain. Après Nulle part sur la terre, il s'impose ici définitivement comme la voix des exclus, des survivants, des combattants, aussi. Si le portrait est noir, l'écriture est d'une poésie rare, et le lecteur ne peut lâcher ce livre, qui oscille peu à peu de l'ombre vers la lumière.

traduction Fabrice Pointeau

 

Premier chapitre

Pour ma famille

 

Être vivant, de toute façon, c’est avoir des cicatrices.

John Steinbeck

 

 

Alors qu’il avait deux ans le garçon fut déposé à la porte des dons du bric-à-brac de l’Armée du Salut à Tunica, ne portant rien d’autre qu’une couche informe. Un sac à dos La Planète des singes rempli d’autres couches et de quelques tee-shirts, de chaussettes dépareillées et de soldats en plastique fut posé par terre à côté de lui. Puis une femme avec la gueule de bois frappa de son poing croûté sur la porte métallique et un homme avec la gueule de bois klaxonna et elle repartit en courant et grimpa dans la voiture tandis que l’enfant regardait avec une expression docile. Par la vitre l’homme lança au gamin une sorte d’adieu qui se perdit dans la pétarade syncopée du moteur, après quoi la Cadillac pourrie quitta le parking de gravier dans un bruit de ferraille, laissant l’enfant dans le nuage de poussière de l’abandon.

La porte s’ouvrit et deux femmes en tee-shirts rouges assortis de l’Armée du Salut baissèrent les yeux vers le garçon. Puis elles regardèrent en direction du parking le nuage qui flottait toujours. Dans un ciel gris matinal. Elles échangèrent un regard. Après quoi l’une d’elles déclara Je suppose qu’on va devoir accrocher une pancarte qui dira pas de gamins à côté de celle qui dit pas de matelas. L’autre femme souleva le garçon et le porta en le tenant sous les aisselles comme pour s’assurer qu’il était bien constitué de chair et d’os. Lorsqu’elle fut satisfaite, elle le serra dans ses bras et lui caressa l’arrière de la tête en disant Je plains ceux qui devront vivre après moi dans ce monde fatigué et cruel.

La police fut appelée et pendant l’attente les femmes lavèrent le garçon dans le lavabo des toilettes avec des essuie-tout et du savon. Des pieds dégoûtants et des mains dégoûtantes et la couche qui aurait déjà dû être changée deux fois. Lorsqu’elles eurent nettoyé l’enfant et rempli la poubelle d’essuie-tout sales, le garçon se tint nu et propre sur le sol en béton lisse des toilettes et elles admirèrent son innocence et sa beauté. Elles lui enfilèrent alors une nouvelle couche et un tee-shirt Spider-Man prélevé sur un portant du rayon enfants. Le garçon ne parla pas et ne pleura pas mais resta tranquillement assis entre les deux femmes sur un canapé en tweed étiqueté quinze dollars comme s’il avait déjà décidé que c’était sa nouvelle maison et que ça valait mieux comme ça.

Ça valait mieux, mais ce fut le début d’une enfance passée en compagnie d’inconnus. Les dix années suivantes le virent déménager d’une ville du Delta à une autre. Quatre familles d’accueil et deux foyers. Cinq écoles différentes. Une poignée d’assistantes sociales. Des enseignants dont il ne se souvenait jamais du nom, ce qu’il cessa d’essayer de faire car il savait qu’il ne resterait pas longtemps dans leur classe. La montée régulière et certaine de l’agitation et de l’anxiété en cet enfant qui ne savait avec certitude ni d’où il venait ni où il allait.

 

 

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