Extrait

Le lampadaire humain
de Evenepoel, Margaret

Le 01/02/2016 à 13:34

Auteur : Evenepoel, Margaret
Editeur : Editions Du Net
Genre : science fiction / fantastique grand format
Date de parution : 04/12/2015
ISBN : 9782312041117
Total pages : 192
Prix : 13 €
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ISBN : 9782312041117

Editeur : Editions Du Net

Prix grand format : 13 €

 

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Résumé du livre
Dans un pays gouverné par le tyrannique Jérémy Fuligan, Anton Faraway, intellectuel candide et timoré, exerce le métier de lampadaire. Dans cette société où la culture a disparu, où la possession d'un livre est devenue un crime, il se montre docile et fait en sorte de ne pas attirer l'attention des dangereux gardiens de la section 14 afin de préserver le précieux trésor qu'il dissimule dans sa chambre : deux ou trois ouvrages rescapés de l'autodafé. Lorsque son frère jumeau, parti un beau matin sans crier gare au moment où le pays sombrait dans la dictature, revient brusquement et l'invite à se révolter, Anton refuse catégoriquement. Mais lorsque son fougueux frère est arrêté, il n'a plus d'autre choix que de partir à sa recherche pour tenter de le sauver d'une mort certaine.

"Le Lampadaire humain" est un conte philosophique où se côtoient absurde et humour noir.

 

Premier chapitre

Lundi

Je commanderais bien un deuxième verre d’alcool, mais je sens déjà rivé sur moi le regard sournois du chien de garde de la section 14. Depuis l’arrivée au pouvoir de Jérémy Fuligan, leader très contesté à l’intérieur même de sa fratrie politique, la vie a bien changé dans notre doux pays. 

Je me souviens de l’énorme liesse qui succéda à la réussite de son coup d’État. Je regardais de loin la ferveur qui animait tous ceux qui croyaient voir en lui le nouveau Messie et qui se trémoussaient de joie au son des traditionnels pipoléons que maniaient avec ardeur des nains aux longs cheveux rouges. Depuis l’estrade monumentale où Jérémy Fuligan agitait ses bras courts et trapus (ce qui avait pour conséquence de renforcer les cris de la foule en délire) quelques colosses vêtus d’une courte tunique dévoilant la robustesse de leur anatomie entraient en scène en portant d’énormes sacs de jute. Sous le rythme effréné d’un tambour à fourchette hydraulique (instrument inventé, comme le pipoléon, par les partisans de Fuligan dans un souci de rupture avec la tradition) ils sortaient de leurs sacs des bandes de tissu noir dont ils se masquaient les yeux et lançaient à la volée des bandeaux dans la foule qui s’empressait de s’en voiler la face. Puis les colosses avaient ôté leurs bandeaux et, munis d’un fouet, ils obligeaient les nains à augmenter la cadence. Et le peuple aux yeux bandés dansait, dansait et se perdait dans une transe apocalyptique. Jérémy Fuligan regardait tout cela avec un fin sourire. Enfin, la lèvre pendante, dans un rictus de dédain, il claqua des doigts. On vit alors entrer une chaise à porteur et, sans éveiller l’attention, le nouveau gouverneur du Fuliganbourg se fit porter en son palais.

Je regardais tout cela depuis la fente d’une bouche d’égout. Avant même son coup d’éclat pour obtenir la dignité suprême, je me méfiais de cet ex-fan du groupe « Kamibanana » dont le chanteur arborait une superbe banane au sommet du crâne. Son esprit avait été frappé lors d’un orage mémorable par la vision dans le ciel électrique d’un extrait de La République de Platon que des nuages effilochés semblaient dessiner à son intention. A la suite de cette révélation mosaïque, il avait détruit sa précieuse collection de perruques à banane. Il était alors parti faire retraite dans les ruines d’un phalanstère, muni du livre magique dont il s’était procuré une édition papier, et l’avait interprété à l’aune de sa médiocrité et de son inculture. Lorsqu’il ressortit de son ermitage, protégeant ses yeux d’une paire de solaires géantes, il avait compris quel était son destin et décida que sa grandeur naîtrait de la servitude de ses semblables. Cinq ans plus tard, il devenait le leader du parti Fuliganais, baptisé ainsi en son honneur.

Craignant que ma non-participation à cette intronisation ne me joue des tours, j’avais réussi au petit matin, alors que le sol était jonché des corps épuisés d’un peuple naïf, à me procurer un bandeau et une outre à moitié vide. Bien m’en avait pris, car les colosses commençaient à arpenter les rues de la ville et reniflaient l’haleine des passants dont le visage trop frais semblait témoigner d’une nuit passée loin des festivités. Les contrevenants à l’obligation de joie collective étaient punis d’une gifle retentissante. 

 

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