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Le jour d'avant
de Sorj Chalandon

Le 25/10/2018 à 10:21 - 0 commentaire

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Sorj Chalandon

Grasset Et Fasquelle

16/08/2017

9782246813804

14.63 €

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ISBN : 9782246813804

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Résumé du livre
" Venge-nous de la mine, avait écrit mon père. Ses derniers mots. Et je le lui ai promis. A sa mort, mes poings menaçant le ciel. Je n'ai jamais cessé de le lui promettre. J'allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, mort en paysan. Venger ma mère, morte en esseulée. J'allais tous nous venger de la mine. Nous laver des Houillères, des crapules qui n'avaient jamais payé leurs crimes. "Suite au décès de son frère Joseph, mineur, à cause du grisou dans la fosse Saint-Amé à Liévin en décembre 1974, Michel Flavent se promet de le venger un jour et quitte le nord de la France. Quarante ans après, veuf et sans attache, il rentre au pays pour punir le dernier survivant, un vieux contremaître, et enfin tourner la page.Un roman puissant sur les promesses du passé qui nous font vivre. Loup Besmond de Senneville, La Croix.Son livre, c'est la justice qui passe enfin et ces mineurs arrachés à l'oubli. Anne Crignon, L'Obs.Postface inédite.

 

Premier chapitre

À la mémoire des 42 mineurs morts à la fosse

Saint-Amé de Liévin-Lens, le 27 décembre 1974.

 

 

1.


Joseph, mon frère


(Liévin, jeudi 26 décembre 1974)

Joseph, serré tout contre moi. Lui sur le porte-bagages, jambes écartées par les sacoches comme un cow-boy de rodéo. Moi penché sur le guidon, main droite agaçant la poignée d’accélération. Il était bras en l’air. Il chantait fort. Des chansons à lui, sans paroles ni musique, des mots de travers que la bière lui soufflait.

Les hurlements de notre moteur réveillaient la ville endormie.

Mon frère a crié.

— C’est comme ça la vie !

Jamais je n’avais été aussi fier.


*

 

J’avais conduit la mobylette de Jojo une seule fois avant cette nuit-là. En rond dans notre cour de ferme, comme un cheval de manège empêché par sa longe. Il avait acheté cette Motobécane pour remplacer la vieille Renault qu’il n’utilisait plus. Il ne réparait pas sa voiture, il la ranimait. Et la laissait vieillir le long du trottoir.

— On s’en servira le dimanche.

À vingt-sept ans, mon frère avait aussi abandonné son vieux vélo pour le cyclomoteur.

— La Rolls des gens honnêtes, disait-il aussi.

Contre une pièce de monnaie, je frottais les chromes, j’enlevais la boue qui piquetait les fourches, j’essuyais les phares, je graissais le pédalier. J’avais le droit de ranger les outils sous la selle. Tout le monde l’appelait « la Bleue ». Mon frère l’avait baptisée la Gulf, comme la Porsche 917 conduite par Steve McQueen dans Le Mans, un film que Jojo m’avait emmené voir en français au Majestic.

Steve McQueen jouait le pilote automobile Michael Delaney.

— Chez nous, Michael Delaney se dit Michel Delanet, m’avait expliqué mon frère.

J’étais sidéré. Delanet et moi avions le même prénom.

 

Steve McQueen était le héros américain de mon enfance. Je l’avais vu dans Les Sept Mercenaires, La Grande Évasion, Bullitt. J’imitais son sourire dans la glace, sa façon de froncer les sourcils. Au collège, lorsque quelqu’un me provoquait, je fermais les lèvres, comme lui. Je lui empruntais un peu de sa moue. Mon frère jurait que Steve McQueen et moi avions la même ombre sur le visage. Et que mon silence ressemblait au sien.

— C’est fou, il a tes yeux, avait-il encore murmuré.

 

Le Mans était un film étrange. Aucun scénario, une musique énervée. Cela ne ressemblait pas à du cinéma. Sauf le début. Une minute de silence, juste avant la course.

 

La voiture no 20 de Michel Delanet était à l’arrêt. On venait de refermer sa portière. Plus un bruit dans l’habitacle. La foule grondait mais nous n’entendions rien. Le pilote avait recouvert sa bouche et son nez d’une écharpe blanche. Il avait enfilé son casque, bouclé sa ceinture et fermé son regard. Sa main droite était posée sur le volant. Il détendait ses doigts en gestes lents. Son cœur battait. Nous l’entendions. D’abord lointain, comme un tambour de marche. Puis cognant fort, martelant, se rapprochant plus près jusqu’à frapper nos tempes. J’avais serré la main de mon frère dans l’obscurité. Je me souviens. Ces cris du cœur ressemblaient à mes terreurs de nuit.

 

 

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