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Le cul de Judas
de António Lobo Antunes

Le 27/09/2013 à 17:52 - 0 commentaire

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ISBN : 9782864249191

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Résumé du livre
A Lisbonne, une nuit, dans un bar, un homme parle à une femme. Ils boivent et l'homme raconte un cauchemar horrible et destructeur : son séjour comme médecin en Angola, au fond de ce " cul de Judas ", trou pourri, cerné par une guerre sale et oubliée du monde. Un humour terrible sous-tend cet immense monologue qui parle aussi d'un autre front : les relations de cet homme avec les femmes.
Le " cul de Judas ", c'est le bourbier angolais dans lequel s'enferra l'armée coloniale portugaise au début des années 1970. Cette guerre est ici au centre du récit, un torrentiel monologue intérieur du narrateur, ancien médecin aux armées revenu détruit d'Angola, qui raconte son enfer à une inconnue, tout au long d'une nuit de beuverie. Face à la misère des peuples, au désarroi des esprits, à la bêtise de la hiérarchie, à la souffrance des corps, l'officier se réfugie dans l'évocation d'une épouse à la fois chérie et trahie, dont on ne saura rien sinon qu'elle personnifie peut-être Lisbonne. " Ce que je voudrais, ce n'est pas qu'on me lise, mais qu'on vive le livre. Mon but, c'est de faire en sorte que les mots signifient ces émotions. " Le théâtre apparaît comme un catalyseur évident de la beauté et de la densité de la prose de Lobo Antunes, ce à quoi s'est attelé François Duval avec sa Compagnie Fortune Carrée dans cette adaptation.

 

Premier chapitre

A
Ce qui me plaisait le plus au Jardin zoologique c'était la patinoire sous les arbres et le professeur de gymnas­tique noir, très droit, glissant en arrière, sur le ciment, en ellipses lentes sans bouger un seul muscle, entouré de jeunes filles en jupe courte et bottes blanches qui, s'il leur arrivait de parler, posséderaient sûrement des voix aussi enveloppées de gaze que celles qui dans les aéro­ports annoncent le départ des avions : des syllabes de coton qui se dissolvent dans les oreilles à la manière des fins de bonbons dans la coquille de la langue. Je ne sais pas si ce que je vais vous dire vous paraîtra idiot, mais, le dimanche matin, quand nous y allions, avec mon père, les bêtes étaient encore plus bêtes, la solitude de spag­hetti de la girafe ressemblait à celle d'un Gulliver triste et des stalles du cimetière des chiens montaient, de temps en temps, des glapissements affligés de caniche. Cela sentait comme les couloirs du Colisée en plein air remplis de bizarres oiseaux inventés, dans des volières de filet, des autruches identiques à des vieilles filles profes­seurs de gymnastique, des pingouins trébuchant comme des portiers affligés de cors aux pieds, des cacatoès la tête penchée de côté comme des amateurs de tableaux ; dans le bassin des hippopotames gonflaient la lente tranquil­lité des gros, les serpents s'enroulaient en molles spirales d'étron, et les crocodiles s'accommodaient sans peine de leur destin tertiaire de lézards patibulaires. Les platanes, entre les cages, grisonnaient comme nos cheveux, et il me semblait que d'une certaine façon nous vieillirions ensemble : l'employé au râteau qui poussait les feuilles vers un seau avait sans doute le même air que le chirur­gien qui balayerait les pierres de ma vésicule vers un flacon couvert d'une étiquette adhésive ; une méno­pause végétale, dans laquelle les calculs de la prostate et les nœux des troncs d'arbre se rapprocheraient et se confondraient, nous ferait confraterniser dans la même mélancolie sans illusion ; mes molaires tomberaient de la bouche comme des fruits pourris, la peau de notre ventre ferait des plis comme des aspérités d'écorce ; mais il n'était pas impossible qu'un souffle complice fasse trembler les chevelures des branches les plus hautes et qu'une quelconque toux rompe péniblement le brouil­lard de la surdité en mugissements de coquillage qui peu à peu gagneraient la tonalité tranquillisante de la bron­chite conjugale.


Le restaurant du zoo, où l'odeur des bêtes s'insinuait en lambeaux dilués dans le fumet du pot-au-feu, assai­sonnant d'une désagréable suggestion de poils de cochon la saveur des pommes de terre et conférant à la viande le goût pelucheux des moquettes, se trouvait rempli, habituellement, en doses équivalentes, d'excur­sionnistes et de mères impatientes, qui éloignaient avec leur fourchette des ballons à la dérive comme des sourires distraits, traînant derrière eux des bouts de ficelle comme les fiancées volantes de Chagall traînent l'ourlet de leurs robes. Des dames âgées vêtues de bleu, des plateaux de gâteaux sur le ventre, offraient des mille-feuilles plus poussiéreux que leurs joues feuilletées, poursuivies par le dégoût gluant des mouches. Des chiens squelettiques de retable médiéval hésitaient entre le bout de la chaussure des employés et les saucisses qui dépassaient des assiettes vers le plancher à la façon de doigts superflus, huilés et comme luisants de brillantine.
Les bateaux qui pédalaient dans le bassin menaçaient à tout moment d'entrer en voguant par les fenêtres ouvertes, oscillant sur les vagues hostiles des serviettes en papier. Et dehors, indifférent à la musique terne que les haut-parleurs embuaient, aux lamentations esseulées du cheval-bœuf, à la jovialité des tambourins fatigués des excursionnistes et à l'étonnement de mon admiration émue, le professeur noir continuait à glisser immobile sur la patinoire, sous les arbres, avec la majesté merveil­leuse et insolite d'une procession à reculons.

 

 

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