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La vie effaçant toutes choses
de Fanny Chiarello

Le 07/08/2018 à 06:44 - 0 commentaire

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Fanny Chiarello

Editions De L'Olivier

15/03/2018

9782823612899

17.50 €

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ISBN : 9782823612899

Editeur : Editions De L'Olivier

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ISBN : 9782823612905

Editeur : L'Olivier

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Résumé du livre
Rose est âgée. Son dernier plaisir ? Une visite annuelle à sa soeur, un long trajet qu'elle effectue en voiture. La tragédie surgira d'un carrefour par la faute d'un cycliste imprudent, provoquant l'accident qui lui coûtera la vie.
Janice, une illustratrice dont les projets n'avancent guère, se préoccupe chaque jour de Rita, une SDF qu'elle se met en tête d'aider. Cette décision conduira finalement à l'internement de Rita.
Millie mène une vie bien réglée. Trop, peut-être. Elle décide de consulter la psychiatre de l'hôpital où elle travaille. Et l'on retrouve, dans cet hôpital, Rita et un jeune homme dans le coma suite à l'accident de voiture de Rose.

Rose, Janice, Millie sont trois des femmes que mettent en scène les nouvelles subtiles et implacables de ce recueil : elles sont vulnérables et aspirent à une sorte d'absolu. Mais c'est sans compter avec la facétie de l'auteure qui, à travers un jeu subtil de motifs récurrents, jette le trouble dans leur réalité, et dans leur destin.

 

Premier chapitre

Sometimes I’m glad I built my mansion from crazy little stones

But sometimes I feel so goddamned trapped by everything that I know

Jim White,

A Perfect Day To Chase Tornados

 

« Je veux que vous compreniez exactement à qui vous avez affaire : vous avez affaire à une femme qui depuis quelque temps se sent radicalement étrangère à la plupart des idées qui paraissent intéresser les autres. Vous avez affaire à une femme qui, quelque part en cours de route, a égaré le peu de foi qu’elle avait jamais eu dans le contrat social, dans le principe de progrès, dans le grand dessein de l’aventure humaine. »

Joan Didion, L’Amérique

 

 

TROIS FEMMES

 


* * *

 

 

* * *

 

 

Rose Lammoreaux

 


* * *

 

 

Rose rêve qu’elle aperçoit sa mère dans la rue. Aujourd’hui, elles ont presque le même âge. Sa main se pose sur l’épaule de sa mère, sur le tissu fleuri de la robe. Elle n’a jamais oublié le motif de cette robe. Sa mère se tourne vers elle, la regarde sans émotion et poursuit son chemin. Rose doit trottiner pour rester à son niveau – juste derrière son dos. Elle tâche de la retenir par des suppliques mais sa mère finit par lui dire, « Laisse-moi avancer, je ne suis pas venue pour toi. Je cherche les miens. » Les siens ? se demande Rose, et elle comprend que sa mère parle de ses parents au moment où son réveil sonne.

Mon Dieu, se dit-elle, mais elle ne s’attarde pas sur le cauchemar, elle ne voit pas ce qu’elle pourrait en tirer de bon et, par ailleurs, il est sept heures moins cinq : si elle ne se lève pas immédiatement, la bouilloire n’aura pas fini de siffler quand le premier journal de la matinée commencera, et elle ratera les titres. Rose replie les couvertures, pivote sur son fessier pour s’asseoir au bord du lit et place ses pieds dans les chaussons fourrés, puis elle enfile sa robe de chambre et en noue la ceinture. Elle se tient à la rampe de l’escalier jusqu’à la dernière marche.

Tandis qu’à l’antenne Anne-Catherine Duval énumère les sujets du jour, Rose verse l’eau sur le thé. Les brindilles craquent dans la boule d’inox, moins régulières que l’électricité sur les bobines du grille-pain. Quand la tartine rejaillit à l’air libre, roussie et parfumée, Rose a disposé sur la toile cirée le beurre demi-sel, la confiture, un petit-suisse et le jus d’orange en bouteille. Elle démoule le petit-suisse dans une tasse, le démaillote de son enveloppe en papier, retire la boule à thé du bol, pose la tartine sur une assiette à dessert et s’installe à la table de la cuisine, face à la radio portative. La journaliste continue de présenter les actualités marquantes et Rose peut imaginer qu’elle s’adresse à elle.

Le jus d’orange chasse du verre à moutarde, sur lequel Babar conduit son auto rouge, une subtile odeur de poivre, car depuis cinquante ans verres et poivre gris en poudre se côtoient dans le buffet de Rose, dans le même compartiment, de sorte que le bois est imprégné de l’épice. Ses petits-enfants aimaient les héros de dessins animés ou de bande dessinée qui ornent certains verres, quand c’était de leur âge, tandis que d’autres personnages ne sont absolument pas familiers à Rose. Jamais elle n’a entendu parler de Tortues Ninja, par exemple, sans doute ces verres-là sont-ils trop récents pour avoir jamais intéressé ses petits-enfants, et trop dépassés pour attirer ses arrière-petits-enfants.

 

 

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