Extrait

La femme murée
de Fabienne Juhel

Le 23/01/2019 à 09:27 - 0 commentaire

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ISBN :

Total pages :

Prix :

Fabienne Juhel

Rouergue

04/04/2018

9782812616051

192

18.80 €

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ISBN : 9782812616051

Editeur : Rouergue

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ISBN : 9782812616068

Editeur : Éditions du Rouergue

Prix grand format : 13,16 €

 

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Résumé du livre
Elle s’appelait Jeanne Devidal (1908-2008), connue sous le surnom de « La folle de Saint-Lunaire ». En Bretagne, sa maison tarabiscotée, faite de bric et de broc, débordant sur la rue et abritant en son centre un tilleul, fut longtemps objet de scandale, verrue dans le paysage de la côte d’Émeraude. Aujourd’hui démolie, cette forteresse dérangeante aurait pourtant pu faire reconnaître Jeanne Devidal comme un Facteur Cheval au féminin.

Toujours sensible aux figures de femmes en marge, Fabienne Juhel rend hommage à ce personnage aux nombreuses zones d’ombre : employée aux PTT avant-guerre, résistante torturée par la Gestapo, plusieurs fois internée en psychiatrie.

Ce récit est construit à la façon Devidal, depuis les fondations jusqu’au mirador, dans une fantaisie inspirée. Voici donc un tombeau littéraire, pour une femme qui batailla toute sa vie entre folie et art brut.

Fabienne Juhel est l’auteur de huit romans, dont À L’angle du renard (Prix Ouest-France/Étonnants voyageurs), et La Chaise numéro 14. Elle vit près de Saint-Brieuc.

 

Premier chapitre

À la mémoire de Jeanne Devidal (1908-2008)

et de Gabrielle Fleurisson (1933-2015)

à mes trois petits guetteurs d’aube

 

 

Qu’es-tu devenue maintenant

Sous cette pluie de fer

De feu d’acier de sang

Jacques Prévert, Paroles

Murs ! Tenez-vous ! Grandissez

dur bas […] Maison-grotte

l’animal façonne la tanière goulet

Perrine Le Querrec, L’Apparition

 

 

PROLOGUE

 

 

À la fin de l’année 2015, quelques jours avant de fêter mon anniversaire, je fis la rencontre d’une morte.

Comme le poète, je dirai que cette rencontre ne fut pas le fruit d’un hasard mais un rendez-vous. Depuis sa tombe, une morte me fixait un ultime rendez-vous.

À l’instar des personnes passant des petites annonces dans Le Monde pour retrouver l’inconnu entrevu dans la rue ou le métro, c’est par un journal du pays que la défunte entra en communication, ou plutôt en résonance, avec moi.

Un article intitulé « L’incroyable histoire de “la folle de Saint-Lunaire” » retint mon attention.

Si les faits divers peuvent s’avérer une base de données pour amorcer l’écriture d’un texte, tous ne sont pas exploitables. Parfois, passé le titre, ils ne tiennent pas leurs promesses.

Or ici, rien de tel ; il était question de folie – une folie déclinée au féminin –, et d’une petite station balnéaire de la côte nord de la Bretagne : Saint-Lunaire, située en face du cap Fréhel et de Fort la Latte. Des sites familiers fréquentés – fréquentables – une fois délestés de leurs hordes de touristes.

Je commençai par faire l’économie du « Saint », si courant en Bretagne, terre d’abordage des moines évangélisateurs irlandais, tandis que je m’emparai de « Lunaire » pour ses connotations poétiques et, a contrario, païennes, profanes.

Changeantes et déraisonnables.

Déraison serait le maître-mot. Il deviendrait, dans le bâti du texte à venir, le liant, pour filer la métaphore du bâtiment, entre une femme, prétendue folle, sa maison et la ville de son dernier ancrage.

Lunaire, Lune, lunatique, mer, femme et folie : un panel séduisant et d’un genre exclusivement féminin. L’équation du désir.

Mais ce n’était pas tout. L’article était accompagné d’une photo étonnante. Celle d’une maison tarabiscotée débordant sur la voie publique.

Était-ce d’ailleurs une maison ?

Une bâtisse, un château, une forteresse, une concrétion, une tanière, un bunker… Les termes étant légion pour désigner ce qui allait vite devenir une curiosité de la Côte d’Émeraude, voire une étape au programme des tours-opérateurs et, pour certains, un objet de scandale, une verrue dans le paysage.

Comment cette bâtisse, faite de bric et de broc, tenait-elle debout ? Et comment avait-on pu tolérer l’existence, des décennies durant, d’une telle maison tant la construction défiait, outre les lois du bel ouvrage, celles du Code de l’urbanisme et de la propriété ?

J’étais admirative.

En lisant l’article, j’appris que l’occupante de la maison en avait été aussi la bâtisseuse, que la demeure n’existait plus – démolie au début des années quatre-vingt-dix, car fragilisée par une tempête – et que l’habitante était décédée. J’appris également le nom de celle qui avait occupé quarante ans, seule avec quelques chats – les chats sont toujours du voyage quand il est intérieur –, la fabuleuse maison.

 

 

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