Extrait

L'invention des corps
de Ducrozet, Pierre

Le 15/08/2018 à 08:29

Auteur : Ducrozet, Pierre
Editeur : Actes Sud
Genre :
Date de parution : 16/08/2017
ISBN : 9782330081751
Total pages : 304
Prix : 20 €
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ISBN : 9782330086329

Editeur : Éditions Actes Sud

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Résumé du livre
Dès les premières pages, L’invention des corps s’élance dans le sillage d’Álvaro, jeune prof mexicain, surdoué de l’in­for­­matique, en cavale après les tragiques événements d’Iguala, la nuit du 26 septembre 2014 où quarante-trois étudiants disparurent, enlevés et assas­sinés par la police. Rescapé du massacre, Álvaro file vers la frontière américaine, il n’est plus qu’élan, instinct de survie. Aussi indomptable que blessé, il se jette entre les griffes d’un magnat du Net, apprenti sorcier de la Silicon Valley, mécène et apôtre du transhumanisme, qui vient de recruter une brillante biologiste française. En mettant sa vie en jeu, Álvaro s’appro­che vertigineusement de l’amour, tout près de trouver la force et le désir d’être lui-même.



Exploration tentaculaire des réseaux qui irriguent et reformulent le contemporain – du corps humain au World Wide Web –, L’invention des corps cristallise les enjeux de la modernité avec un sens crucial du suspense, de la vitesse et de la mise en espace.



Il y a une proportion élevée de réalité dans cette histoire étourdissante, sans doute sa part la plus fantastique, la plus effrayante. Mais c’est dans sa foi butée, parfois espiègle, en l’être humain que ce roman d’alerte déguisé en page-turner puise son irrésistible force motrice.

 

Premier chapitre

À Julieta,

qui me donne les clefs, et le reste,

à mes parents,

à mon frère.

 

 

Ier MOUVEMENT

 

 

Il n’y a rien ici ou presque mais il faut pourtant en dire quelque chose. Des baraques seules sous un ciel bas, des chemins qui serpentent vers des amas de pierres. La terre a été pelée par des siècles de soleil. Les gestes ont un temps de retard sur les choses. Les fils électriques s’entortillent autour d’une taquería aux relents de porc grillé. Au loin, sur les collines, des plantations de pavot et de marijuana, un village qui porte un nom. Les mots qui pouvaient reformuler le réel se sont englués le long des parois en chaux.

L’un des chemins monte vers l’école normale Isidro Burgos, seule possibilité pour les gosses des montagnes alentour de sortir leurs mains de la terre.

Ayotzinapa, État du Guerrero, à six heures au sud de Mexico DF.

Álvaro est arrivé il y a un mois. Il a pris le bus de la gare routière de Mexico jusqu’à Chilpancingo, puis un mini-camion collectif l’a amené jusqu’ici, le long de ces lacets qu’on ne peut pas emprunter la nuit. Il a marché à pas lents jusqu’à l’école aux murs peints en rouge et noir, il a dépassé les portraits de Zapata et du Che, l’étrange sculpture au centre du patio, est entré dans le hall. Il a parlé un moment avec le directeur et le personnel de l’école, puis il est redescendu au village chercher une chambre au mois. Un couple d’artisans lui a proposé, pour 1 400 pesos, une piaule au fond de la cour avec eau chaude et wifi, il a dit oui. Quatre jours plus tard, le 30 août, il a commencé à donner des cours d’informatique aux premiers arrivés des villages avoisinants. Álvaro a vu entrer dans la salle au fond de la cour la silhouette trapue d’Aldo Gutiérrez, celles plus fluettes de Jorge Aníbal Mendoza et du Chilango, des gars de dix-huit, dix-neuf ans, aux mains rêches, au regard lointain, des taiseux qui aiment la tequila, le foot et danser la cumbia avec les filles. Ils en ont laissé une quelque part d’ailleurs, avec un enfant pour certains. Álvaro leur apprend à se servir des cinq ordinateurs qu’il a réussi à obtenir, il leur donne des notions de mise en page, leur explique l’architecture d’une machine, un peu de code basique et de navigation sur le web, mais ça ils savent déjà à peu près. Le soir, avant de rentrer, il boit parfois une bière avec ceux qui traînent là. El Cochiloco, notamment, dont la main droite s’élève en silence. Il a un visage rond et un cou puissant de cheval. Álvaro l’aime bien. Il est doué. Il partage avec lui une rage froide et sans nom. Ils échangent quelques mots, écoutent le souffle de leurs cigarettes relâché dans le noir encore chaud, puis Álvaro repart vers le centre d’Ayotzinapa.

El Cochiloco est l’un des cent quarante élèves de deuxième année. Il est né là-haut dans l’État du Guerrero, avec comme seule perspective le sol sec et les pierres. Il a réussi le concours d’entrée, après tout prof c’était mieux que de se cramer les mains ou de s’user la vie sur les chantiers à la ville. Il est devenu l’un des leaders de l’école, on le suit à l’instinct. Les cours viennent de commencer, les élèves ont passé trois semaines à trimer, bizutage de début d’année, voir qui tient et qui tient pas. L’école normale est un privilège, il faut se montrer à la hauteur. Après, on commence à leur enseigner la critique du pouvoir politique et l’histoire des guérillas. C’est une terre de révolte, par ailleurs rongée par le narcotrafic et par la corruption, comme le pays tout entier. Chaque élève lit les œuvres de Marx, de Kropotkine, les écrits du Che et refait le parcours de Simón Bolívar. El Cochiloco, lui, préfère Augusto Sandino, le révolutionnaire qui libéra le Nicaragua avant d’être assassiné par le dictateur Somoza, dit el Vampiro.

 

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