Extrait

L'écrivain public
de Dan Fesperman

Le 17/04/2018 à 07:03 - 0 commentaire

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Dan Fesperman

Cherche Midi

12/04/2018

9782749156934

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Résumé du livre
9 février 1942. Dès son arrivée à New York, Woodrow Cain, un jeune flic du sud des États-Unis, est accueilli par les flammes qui s'échappent du paquebot Normandie, en train de sombrer dans l'Hudson. C'est au bord de ce même fleuve que va le mener sa première enquête, après la découverte d'un cadavre sur les docks, tenus par la mafia. Là, il fait la connaissance d'un écrivain public, Danziger, obsédé par les migrants qui arrivent d'une Europe à feu et à sang, ces fantômes au passé déchiré et à l'avenir incertain. Celui-ci va orienter Cain vers Germantown, le quartier allemand, où, dans l'ombre, sévissent les sympathisants nazis. Alors que le pays marche vers la guerre, la ville est en proie à une paranoïa croissante. Et les meurtres continuent...

Au fil d'une intrigue passionnante, Dan Fesperman évoque avec un réalisme rare quelques pages aussi méconnues que fascinantes de l'histoire de New York : l'influence nazie, le sort des immigrés juifs et l'implication de la mafia dans le conflit mondial.
traduction Jean-Luc Piningre

 

Premier chapitre

PROLOGUE


De mauvais présages l’accueillaient. Une fumée noire s’élevait au-dessus des immeubles de Manhattan. Les foules silencieuses avaient les yeux rivés sur quelque invisible calamité, à l’autre bout de la ville. On parlait à voix basse d’un ennemi déterminé et impitoyable.

À l’évidence, un terrible événement venait de se produire. Mais quoi ? Encore groggy après son long périple depuis le sud du pays, Woodrow Cain observait les visages inquiets à l’extérieur de Penn Station et tentait de trouver une réponse.

Il était maintenant seul. Sa femme partie, sa fille abandonnée. Il avait renoncé à tout pour un nouveau départ, et voilà que New York le recevait dans une sorte d’hystérie collective. Sa valise en main, il s’adressa au type coiffé d’un chapeau mou.

— Que se passe-t-il ?

— Il se passe que le Normandie est en train de flamber, répondit l’homme. Au quai 88.

— Le Normandie ?

— Le grand paquebot qu’ils veulent utiliser pour le transport des troupes. Y en a qui disent que c’est un coup des Allemands. Il a chaviré, va couler d’un instant à l’autre. Il y a des milliers de personnes sur place, même le maire est là-bas.

— Fiorello LaGuardia ?

Cain s’était renseigné sur les célébrités locales.

— Complètement trempé sous les lances à incendie, avec son imper noir. Je l’ai entendu à la radio. Il se prend pour la tête de proue sur les bateaux-pompes.

— Il ferait mieux de se préparer à de nouvelles catastrophes, commenta un deuxième homme. Qu’est-ce qui les empêche de nous envoyer leurs bombardiers, après ça ? Ils vont nous réduire en miettes, comme les Japs à Pearl Harbor.

D’autres hochèrent la tête. Le premier type n’était pas d’accord.

— Non, la mer. C’est par là qu’ils attaqueront, exactement comme aujourd’hui. Les dockers, les constructeurs navals, même ces putains de pêcheurs – y en a déjà la moitié qui sont fritz ou ritals, et qui c’est, leurs héros, à votre avis ? Ça n’est que le début, vous verrez.

Cain regarda le ciel. La fumée se propageait, une purée de pois noire qui virait à l’est par-dessus le Hudson. Incrédule et mécontent, il fit la grimace. À peine dix minutes qu’il était dans cette fichue ville et sa nouvelle vie semblait, comme la précédente, hantée par la mort et les trahisons.

 

*

 

Instructif, comme témoignage, n’est-ce pas ? Je le tiens de quelqu’un d’autre, une personne digne de confiance, et je peux vous assurer qu’il est tout à fait exact. C’est comme si j’avais été là.

Deux mois ont passé depuis cette journée, le 9 février de cette tumultueuse année 1942. J’aimerais pouvoir affirmer que les choses se sont entre-temps améliorées mais, au contraire, cette ville est le théâtre d’événements perturbants. Les sous-marins qui rôdent à l’entrée du port coulent des navires quand ça leur chante. En haut des immeubles, les occupants des beaux appartements – oui, j’en connais encore quelques-uns, dans ma situation actuelle, qui ne s’est pas améliorée non plus – prétendent qu’on voit au loin des flammes briller, la nuit, à distance des côtes. Les relations, plus nombreuses, que j’entretiens dans les petits hôtels et les meublés me jurent que des chalutiers enregistrés au port ravitaillent secrètement ces tueurs de l’ombre. Si cela vous paraît douteux, alors que penser des trente-trois espions allemands qui viennent d’être condamnés à la prison par le tribunal fédéral de Brooklyn ? S’il était aussi facile d’en boucler autant, combien d’autres alors se cachent-ils parmi nous et relaient des informations cruciales, au moyen d’émetteurs à ondes courtes ou de messages à l’encre invisible ?

 

 

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