Extrait

L'adieu à la femme rouge
de Vénus Khoury-Ghata

Le 20/08/2018 à 11:15 - 0 commentaire

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Vénus Khoury-Ghata

Mercure De France

04/05/2017

9782715245815

180

16.80 €

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ISBN : 9782715245815

Editeur : Mercure De France

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ISBN : 9782715245822

Editeur : Editions du Mercure de France

Prix grand format : 16.80...75105461....

 

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Résumé du livre
Le photographe ne voyait que la mère qui lavait ses cheveux rouges puis les nattait sous l'œil de verre qui suivait ses bras nus levés haut pour fixer la masse de tresses au sommet du crâne. Clic clac malgré les regards désapprobateurs des voisins. Ne voyait qu'elle et ses cheveux mélangés à l'argile rouge. La boîte noire retombée sur la poitrine de l'homme, la mère n'aurait pas dû sourire mais rentrer chez elle, refermer sa porte, dérouler sa natte. Après le passage d'un photographe occidental, la femme aux cheveux rouges disparaît brutalement de la palmeraie où elle vivait, laissant derrière elle ses deux enfants bouleversés. Le mari et les enfants suivront les traces de la mère de ville en ville, et la retrouveront des mois plus tard sur les murs de Séville, devenue top model célèbre grâce au photographe. Ascension rapide suivie d'une chute brutale : l'engouement de l'Occident pour l'étrangère est de courte durée ; les mannequins noirs ne sont plus à la mode, remplacés par les Slaves éthérées... Misère et maladie rattrapent la reine d'hier. Avec son incroyable talent de romancière, Vénus Khoury-Ghata nous entraîne dans les rues et les faubourgs de Séville, et livre un roman tragique et drôle sur l'exil, la famille et la condition des migrants.

 

Premier chapitre

Leur mère ayant suivi l’homme aux cheveux jaunes de l’autre côté du désert, Zina et Zeit se sont installés dans le figuier. Elle sur la plus haute branche, lui sur la plus basse.

Les figues arrachées aux oiseaux, seule nourriture pour ceux qui regardent d’en haut les maisons basses comme des tombes, les visages impassibles comme les nuages qui refusent de pleuvoir ; les tatouages qui enferment la parole derrière les lèvres des femmes.

« Rentrez les jumeaux, crie soir et matin la grand-mère. L’odeur du figuier rend aveugle et tarit le lait dans le sein des mères. Rentrez à la maison. La honte sur nous. Le village vous regarde. »

Ce que la grand-mère appelle maison est un cube de boue séchée percé de trois trous : deux lucarnes et une porte.

Ce qu’elle appelle village n’est que du sable sur du sable. Des murs qui s’effritent au soleil, un ruisseau qui apparaît, disparaît quand bon lui semble et un figuier sur un sol voué au palmier.

Un vrai figuier qui ne doit rien à personne avec des fruits si âpres, même les sauterelles n’en veulent pas.

Village construit sur les épaules d’un village englouti qui remonte au déluge, disent ceux qui n’ont rien à dire et qui profitent du khamsin qui fait migrer le sable pour faire ressortir un toit, un mur, parfois deux, jamais plus de deux.

 

« Pas de mère, pas de père. »

Les enfants leur jettent des cailloux ; Zina et Zeit les bombardent avec les fruits pourris. Les crachats retombent dans les bouches des cracheurs au pied de l’arbre.

« Pas de mère, pas de père », jusqu’à la nuit qui déverse sur la palmeraie son trop-plein de sable et ses chacals osseux.

D’accord pour la mère, mais le père supposé courir derrière la jeep qui a emporté sa femme reste un père.

Il finira par rattraper le tas de ferraille qui sautille, vrombit, crache sa fumée sur la piste caillouteuse, ramener sa femme par les cheveux, la battre comme un tapis. Clouée sur le sol en terre battue de sa masure, le soleil finira par l’oublier.

La mère serait toujours une mère sans l’homme aux cheveux jaunes surgi de la poussière soulevée par sa jeep alors que personne ne l’attendait, ni ne connaissait son nom.

Jamais vu des cheveux de cette couleur dans le ksar, ni d’appareil photo aussi gros avec un œil de verre qui se dilate, se rétracte. Noir comme l’œil du diable.

Clic clac, clic clac.

L’homme craché par le désert ne voyait que la mère qui lavait ses cheveux rouges puis les nattait sous l’œil de verre qui suivait ses bras nus levés haut pour fixer la masse de tresses au sommet du crâne.

Clic clac malgré les regards désapprobateurs des voisins.

Ne voyait qu’elle et ses cheveux mélangés à l’argile rouge.

Oubliés, ses enfants, oubliée la grand-mère qui faisait des moulinets avec son balai à l’adresse des curieux.

La boîte noire retombée sur la poitrine de l’homme, la mère n’aurait pas dû sourire mais rentrer chez elle, refermer sa porte, dérouler sa natte. Dormir.

 

 

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