Extrait

Journée exceptionnelle du déclin de Samuel Cramer
de Agnès Michaux

Le 24/09/2016 à 11:38 - 0 commentaire

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Résumé du livre
Lui, c'est Samuel Cramer, l'Amiral, l'homme des grands voyages horizontaux et verticaux, l'écrivain qui aime quand " ç'a de la gueule ", l'observateur de son époque, de sa ville et de ses contemporains. Un homme difficile et attachant.
Elles, ce sont ses femmes, celles qu'il aime ou qu'il déteste, celles dont il rêve et qui n'existent pas.
Eux, ce sont ses amis, ses poisons, Michel Houellebecq, Sibelius, Rimbaud, Duras, Melville, Gary Cooper, Hölderlin, l'alcool, l'ennui, l'espoir, le désespoir, la provocation, la honte, l'ironie, et tout ce qu'il ne saura jamais dire.
Ce matin-là, Samuel Cramer entame une journée qu'il espère exceptionnelle. Mais il semblerait que le destin en ait décidé autrement.
Commence alors une drôle d'errance baudelairienne.

 

Premier chapitre

À l’âme délicate de l’enfant.
Au poète.
À l’amour fou.

 

 

La mer fut très belle vers les Caraïbes.

Mais je ne peux pas encore en parler.

Marguerite DURAS,
Le Marin de Gibraltar

 

 

 

Là-bas, de l’autre côté du port.

C’est là qu’elle est assise, la jeune fille.

Celle en robe rouge.

Rouge, c’est ce qu’on dit.

Les gens disent toujours rouge.

Rouge, ça met du particulier dans la mémoire.

Une fille en rouge, autant dire pas n’importe quelle fille. La fille en rouge, celle-là, pas une autre.

Parce qu’il n’y en a qu’une.

Là-bas, de l’autre côté du port.

Une fille assise, toujours la même. La mienne est en bottes rouges. Les bottes, c’est mieux que la robe. C’est pire. Ça donne dans le sens interdit. Ça anticipe le spasme, ça dessine le mouvement, ça trace le déplacement.

Mais la fille, elle ne bouge pas. On ne la voit jamais arriver ou partir. Assise, c’est tout ce qu’elle est. Vu d’ici. Mais c’est d’ici qu’on la voit. C’est d’ici qu’on en parle.

Là-bas, personne n’y est jamais allé. C’est loin. C’est en face. En face, c’est toujours loin. La faute à la mer.

Assise au bord du lit, le cul à l’air et les seins nus sous un tee-shirt, elle sourit. Elle a peu dormi. Moi, j’ai mon mauvais air.

« Tu payes pas d’mine, greluche. »

Je grogne, mais je vois bien qu’elle s’en fout.

Je lui ai déjà connu cet état. « La vie scintille comme une guirlande de Noël », c’est ce qu’elle avait dit ce jour-là. Ce jour où la réalité avait changé de parfum. « Ça sent vachement bon », c’est ce qu’elle avait dit aussi. J’avais souri et serré mes bras autour de sa taille. Mais, aujourd’hui, j’ai mon mauvais air. Ça ne lui fait pas peur. Elle compte sans doute sur ma capacité à avoir le dos large. « Le dos large », une expression à elle. Je n’ai jamais eu le dos large. Plutôt une façon d’anticiper l’irrémédiable, de m’y rendre avec un goût pervers pour la défaite et ses voiles noirs. Pour ces après où la souffrance aiguise les contours de soi.

Je répète :

« Tu payes pas d’mine, greluche. T’as l’air d’une enfant malade. »

Elle ne bouge pas de son sourire atroce.

J’ajoute :

« Bouge ton cul, c’est l’heure du café. »

Le café du matin, elle et moi, on l’a toujours pris ensemble. Et même ce matin, ce matin de réalité nauséabonde, la vieille habitude n’est pas négociable.

Elle se lève. Je vois rosir ses joues et je maudis les pensées qui la traversent et que je ne peux pas connaître.

Elle me dépasse en me jetant un regard en coin. « Culotte ! », dis-je en lui giflant les fesses. Elle pointe le majeur, attrape son jean qui traîne, comme toujours, sur la moquette et continue vers la cuisine en balançant des hanches. Jusqu’à sa disparition, je garde les yeux accrochés aux deux fossettes qui ensorcellent le bas de son dos.

« Putain, tu fais chier, Dawn. »

C’est tout ce que je trouve à dire. Les deux pieds dans l’irrémédiable, déjà.

 

 

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