Extrait

J'entends des regards que vous croyez muets
de Arnaud Cathrine

Le 21/06/2019 à 15:07

Auteur : Arnaud Cathrine
Editeur : Verticales
Genre :
Date de parution : 07/03/2019
ISBN : 9782072822377
Total pages : 192
Prix : 18 €
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ISBN : 9782072822384

Editeur : Editions Gallimard

Prix grand format : 12,99 €

 

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Résumé du livre
"Je passe mon temps à voler des gens. Dans le métro, dans la rue, au café, sur la plage. Ce peut être une femme, un homme, un adolescent, une enfant, un couple... J'ai toujours un carnet et un stylo sur moi. Je tente de les deviner, aucun ne doit me rester étranger, je veux les garder, je finis par les inventer, ce que je nomme voler." Avec ces soixante-cinq récits brefs, Arnaud Cathrine capte les vies potentielles de celles et ceux qu'il croise, tout en renvoyant aux fantasmes de celui qui les regarde. J'entends des regards que vous croyez muets propose donc un jeu de miroirs entre ces inconnus propices à la fiction et l'autoportrait de l'auteur devenu à son tour un personnage à part entière.

 

Premier chapitre

Peut-être toi.

 

 

Je passe mon temps à voler des gens. Dans le métro, dans la rue, au café, sur la plage : pour une obscure raison (que je traque tantôt avec succès, tantôt vainement), mon regard s’arrime à une femme, un homme, un adolescent, une enfant, un groupe, un couple… J’ai toujours un carnet et un stylo sur moi. Je tente de les deviner, aucun ne doit me rester étranger, je veux les garder, je finis par les inventer, ce que je nomme voler. Faire de ces portraits un livre est une chose assez impudique car je leur prête beaucoup de moi. Mais c’est là un chemin que je cherche à emprunter depuis tant d’années, sur lequel je me risque, lentement mais sûrement. Il est possible que ce livre épuise le plaisir que je trouve à ces larcins. C’en est peut-être même l’objet. Ce pourquoi je l’écris. Ou bien devrai-je, au contraire, y mettre un point final de façon arbitraire, sous peine de ne jamais l’achever.

 

 

Un restaurant bio, non loin des tours de la bibliothèque François-Mitterrand. Tables en bois clair. Tartes, tourtes, salades chics et saines. À ma gauche, un père et son fils. Le premier : la cinquantaine élégante, costume bleu marine bien taillé ; un port et un visage encore juvéniles. L’autre : chevelure broussailleuse, vêtu comme n’importe quel étudiant de vingt ans, sac à dos à ses pieds ; devant lui, une soupe orange qu’il touche à peine (il est entré là pour faire plaisir au père). Il explique en quoi consiste la licence qu’il brigue : « Introduction à l’ethnologie », « Méthodes et enjeux de l’enquête sociologique », je laisse passer les autres intitulés. Et pour faire quoi ? demande le père (sans scepticisme, il se trouve juste que ce n’est pas du tout son domaine). Le fils répond que : plein de choses – démographe, statisticien, chargé de l’analyse de données. Et dans quel genre d’endroit ? Des instituts de sondages, des bureaux d’études… Ils se parlent comme des gens qui ne se voient pas si souvent. Il y a un intérêt affectueux de la part du père mais également un curieux déficit de familiarité. Comme s’il jouait rarement son rôle (forçant le trait à son insu), et comme si le jeune adulte ne connaissait pas beaucoup mieux sa partition. Disons qu’il habite avec sa mère depuis le divorce de ses parents survenu lorsqu’il était très jeune. Peut-être sont-ils restés plusieurs années sans trop se donner de nouvelles. Le père aura laissé femme et enfant, pistant un poste lucratif à l’étranger. Ils se revoient un peu plus depuis son retour en France, ce qui signifie : de façon irrégulière. Et il se passe justement trop de temps entre chaque rendez-vous pour que le père ne perde pas le fil. De sorte qu’il parle à son grand garçon comme un parrain sortirait son filleul qu’il connaît mal au final. Et là, j’ignore par quel hasard (ou intuition), je baisse les yeux et je vois sous la table : leurs chaussures qui se cherchent, se trouvent, les chevilles qui s’enlacent. À regarder leurs visages, je ne remarque rien d’autre que ce que j’ai déjà vu : le plus jeune mange sa soupe sans envie et le plus âgé l’attend. Il n’empêche, il y a ces jambes sinon amoureuses, du moins engagées dans une relation tout autre que celle qui m’apparaissait d’évidence. Bientôt ils se lèvent. L’un enfile sa doudoune, l’autre son pardessus. Ont-ils déjà fait l’amour ou s’apprêtent-ils à le faire maintenant ?

 

 

Je ne peux jamais être certain qu’elle sera là. C’est toujours à elle que je viens lorsqu’elle est en caisse. Impossible d’anticiper son humeur qu’elle peut avoir très mauvaise. Elle est la seule à afficher un panneau indiquant qu’elle ne prend pas les espèces. Elle enfonce le clou en répétant toutes les cinq minutes aux clients qui font la queue : « Pas d’espèces ! Uniquement chèques et cartes. » Elle est assez grosse, elle se rase le menton (certains jours, elle oublie). Teinture approximative sur une chevelure fine et clairsemée. Elle a renoncé. C’est une chose assez triste : les gens qui abdiquent et vont au plus pratique (les cheveux courts qu’on n’a pas à coiffer), au plus confortable (ce vieux legging qui boudine). Les mauvais jours, elle passe les articles au scanner sans un mot, elle ne prend pas la peine d’annoncer le total et patiente, le regard dans le vide. Elle finit par apercevoir la carte bancaire que vous tendez, elle appuie alors sur le bouton « CB » de son clavier. Elle vous donne le ticket d’un geste las. Et puis, il y a les jours meilleurs : elle est affable, en verve, elle a la plainte avenante. Elle évoque ses ennuis de santé (le dos, les jambes lourdes). Ce qu’elle préfère, c’est commenter votre panier (on range sa pudeur). Ça : elle n’y a pas droit, mauvais pour son cholestérol. Son péché mignon : ceux à la mangue, avec la crème au-dessus, vous voyez ? Il s’agit d’opiner. Elle vous reprend : vous ne devriez pas acheter cette eau-là, trop riche en sel. Quand elle voit passer une boîte de préservatifs, elle ne dit rien. De sa chaussure en daim (à lacets bleus), le jeune homme devant moi tape un coup sec sur la rambarde. Il porte un jean qui descend jusqu’à mi-fesses et laisse apercevoir un caleçon d’enfant mauve avec des ours blancs. Peau assez pâle, taches de rousseur. Je me surprends à faire comme la caissière : je détaille le contenu de ses courses. Ce pourrait être attendrissant : corn flakes, lait, pain de mie, jus d’orange, pâtes et sauce bolognaise, un pack de bières, baguette industrielle. L’étudiant n’a pas quitté son foyer depuis très longtemps, il va au plus élémentaire. Il vit dans un studio : de quoi loger un lit, une table en demi-lune et deux chaises. Ce qu’il aime, c’est recevoir ses potes de fac, mettre la musique à fond et fumer toute la soirée. Il mange quand il y pense. En attendant, il n’a aucune curiosité ni indulgence pour notre caissière qui ne prend pas les espèces. Vient enfin son tour. Il enfourne mécaniquement les produits dans son sac à dos. Le pack de bières, il le prendra à la main. La caissière ne fait aucun commentaire sur ses achats : tout ça ne l’inspire pas du tout. Deux mondes qui ne se rencontreront jamais, sinon furtivement dans ce supermarché. Le garçon paie. Quand elle lui tend son ticket, il le saisit d’une main supérieure et disparaît. Je présente ma carte du magasin. La caissière pourrait me reconnaître depuis le temps. Mais elle lance d’une voix perçante et sans me regarder : « Pas d’espèces ! »

 

 

FAMILLE SYRIENNE annonce le carton, un gobelet en plastique invite les passants à laisser quelques pièces : c’est toujours le même couple qui s’installe à la sortie du supermarché à partir du mois de mai. Ils ont un matelas, quelques couvertures. La femme berce le bébé d’un mouvement régulier en le calant entre ses deux chevilles. Le père rapporte des kebabs. On les voit discuter, tous deux allongés, comme s’ils étaient dans l’intimité d’une chambre. Parfois, la nuit, je les devine chuchotant, blottis l’un contre l’autre. Ils ne s’adressent jamais aux passants, ils ne demandent rien, il y a le gobelet. Ils sont pieds nus, noirs. Une ou deux fois, je les ai vus rire et ce rire rendait les choses encore moins supportables (et, pourtant, nous supportons, n’est-ce pas ?). Ce matin, des ouvriers sont venus installer un échafaudage. Ils ont commencé à parlementer avec les Syriens. J’étais en retard mais je suis resté à les regarder. L’homme a avisé la rue, repéré un bout de mur entre une devanture et un porche sur le trottoir d’en face. La femme a pris l’enfant et les couvertures. L’homme s’est occupé du matelas crasseux. Ils ont traversé. Les ouvriers ont déchargé et entassé les tubes de métal à l’endroit laissé vacant. Le couple a reconstitué son radeau en face. Le commerçant est sorti sur le trottoir, prenant acte de ce nouveau voisinage. Et, pendant ce temps-là, les Parisiens klaxonnaient : entre le camion venu livrer l’échafaudage et les passants qui mordaient sur la rue pour cause de trottoir transformé en lit de fortune, ça n’avançait plus.

 

 

Je le croise presque tous les jours depuis dix ans. Il vit de l’autre côté de la cour, son appartement est au deuxième étage. De la fenêtre de ma chambre, je distingue sa silhouette qui va et vient derrière les rideaux rouges. La cinquantaine ? Petit et râblé, mon voisin parle tout seul la nuit. Il s’invective, se reproche mille et une choses au gré d’onomatopées et de cris. Il se lamente à plein volume tandis que son ombre arpente anxieusement l’appartement. Tout l’insatisfait. Parfois, quand même, il s’encourage, mais il déplore une énième et obscure défaite quelques secondes plus tard. Nous nous rencontrons souvent dans la cour : sempiternel sac en toile, blouson gris, toujours le même, pantalon marron (en velours côtelé, hiver comme été). Quand il perçoit ma présence (ou celle d’un boucher qui revient de la chambre froide et rejoint la boutique du rez-de-chaussée), il se fige et fait mine de chercher quelque chose dans son sac. Je jette un coup d’œil à son crâne dégarni et luisant. Je m’éloigne d’un pas rapide. Plus problématique : quand nous devons nous croiser dans le couloir ; il panique et cherche à fuir comme un chat affolé. Dans le cas où il n’est pas encore engagé dans ce tunnel qui l’angoisse, il fait machine arrière et se terre au fond de la cour ; sinon il reste statufié et retient son souffle jusqu’à ce que je disparaisse. Aujourd’hui, je décide de le suivre. À peine a-t-il traversé la rue Saint-Maur qu’il s’arrête devant Gold Lady, une boutique de bijoux. Il jette des regards furtifs de gauche et de droite. Je continue mon chemin, me demandant où je vais bien pouvoir l’attendre (et en adoptant quelle posture ?). Je m’immobilise et fais semblant d’écrire un texto. Il me dépasse de sa démarche boitillante et prend la direction de la bouche de métro. Il a peur de descendre l’escalier et s’y reprend à trois fois. Il trouve finalement le courage en agrippant la rampe. Ses vieilles chaussures tâtent prudemment chaque marche avant de prendre appui. Je le suis dans le couloir et découvre la perspective certainement effrayante pour lui du second escalier qui comporte trois fois plus de marches que celui qu’il vient d’affronter. J’attends, l’œil prétendument rivé sur l’écran de mon portable. Son buste et sa tête disparaissent lentement : il est lancé. Une minute plus tard, je le retrouve figé devant les tourniquets : il fouille rageusement son sac, ses poches (j’en profite pour m’acheter un carnet de tickets à la borne automatique). Il est de plus en plus nerveux, pousse des soupirs qui ressemblent à de petits cris de détresse. Ce qu’il craignait arrive : tout le monde le regarde. Le temps de composer le code de ma carte bleue, il a passé le tourniquet : direction Châtelet. Rame bondée. J’évite soigneusement de m’engouffrer à sa suite pour ne pas risquer d’être repéré et monte dans le wagon d’à côté. Il descend à République et je manque de le perdre dans la foule qui se déverse sur le quai et dans les couloirs. Ligne 3, direction Gallieni : quai plus clairsemé. Je m’installe dans le même wagon que lui mais à l’exact opposé. Il colle son visage à la vitre teintée donnant sur la cabine du conducteur. Six stations plus tard, terminus : nous voilà devant la galerie marchande de Bagnolet, coincée sous les échangeurs du périphérique. On vend des marrons grillés. Une affiche suggère : « Sortez, c’est l’été. » Le centre commercial s’appelle « Bel Est » (soixante enseignes, ouvert le dimanche). Je ne peux pas croire que mon voisin vient faire ses courses ici. En revanche, je ne serais pas étonné qu’il ait un emploi de travailleur handicapé sur la commune. Sauf qu’il a l’air totalement égaré. Bon, ni plus ni moins que dans son propre quartier. Il passe les portes de la galerie. Bred, Micromania, Optique Krys, Promod, Celio, c’est le McDonald’s qu’il choisit. Je reste embusqué à l’entrée. Il y a longtemps que je n’avais pas respiré ces effluves dégueulasses. Il achète un café. Il s’assied, verse trois tonnes de sucre et se brûle les doigts. Il lâche le gobelet en râlant et éclabousse la table. Jetant des regards désespérés autour de lui, il finit par repérer le distributeur de serviettes en papier aux caisses. Il se lève, mais revient sur ses pas : il ne peut pas laisser son sac, il tergiverse, faut-il également prendre le café (ce qui équivaut à libérer son bout de table, qu’il se fera nécessairement piquer) ? Il choisit de laisser le café, prend le sac et – arrivé à la conclusion qu’il faut agir – il fonce vers les serviettes, bousculant quelques personnes dans la file d’attente. Il en attrape une (pas deux) et repart comme un voleur. Personne n’a pris sa place. Il se laisse tomber sur le siège avec soulagement et éponge les éclaboussures (deux serviettes n’auraient pas été de trop). Il approche sa main du gobelet, tâte vite fait le carton comme s’il craignait de s’électrocuter. Il boit d’une traite tout en guettant alentour (ses yeux sont aussi vifs que ceux d’un animal aux aguets). Puis il se lève avec précipitation (mon voisin balance entre deux attitudes : tristement perdu ou semblant courir un grand danger) et fuit le fast-food, sans jeter son gobelet et traînant toujours son sac de sport dont je ne saurai jamais ce qu’il recèle. Celio, Promod, Optique Krys, Micromania, tout en sens inverse. Il jette un bref coup d’œil vers l’Escalator qui conduit au niveau supérieur, mais la machinerie l’effraie. Il fait plusieurs fois le tour de l’étage et moi, je finis par m’asseoir sur un banc entre deux arbustes en pot, vaguement lassé. Il s’essouffle, décroche au moment où je ne m’y attendais plus et quitte la galerie marchande. Je presse le pas et j’ai tout juste le temps de le voir descendre avec appréhension les marches de la bouche de métro. Mon voisin ne travaille pas du tout à Bagnolet, je pense qu’il ne travaille pas tout court. Je monte dans la rame (ligne 3) et je sais très bien où il me ramène : chez nous.

 

 

Tout me pousse au vol. À mesure que mes semblables s’exposent sur les réseaux (je n’y échappe pas), les mêmes se recroquevillent de visu, se refusant littéralement : dans le métro, tous rivés sur leur écran. Peut-être envoient-ils un signal, mais pas à vous ; peut-être en reçoivent-ils un, mais pas le vôtre. De sorte que les fictions possibles se raréfient : il faut aller les dérober. Je sais gré à ma voisine de banquette de lire Le mythe de la virilité (que j’ai mis de côté chez moi pour le lire bientôt). Oui, je la remercie silencieusement de m’offrir un indice, une précieuse amorce plutôt qu’un regard braqué sur un engin indéchiffrable. Elle commence tout juste sa lecture (j’attrape page 13 : « La femme n’existe pas ») et moi, j’interromps la mienne pour prendre ces notes. Comme elle se tient à quelques centimètres de moi seulement, il m’est difficile de l’observer. Mon regard plonge sur ses Dr. Martens, mais impossible de détailler son visage. Je ne distingue qu’une silhouette au bord de mon angle mort : brune, bouclée, pardessus gris. À un moment, elle tourne la tête dans ma direction. Mes doigts se figent en pleine phrase, je referme mon carnet précipitamment. Elle aurait tôt fait de deviner que je la vole si ses yeux croisaient l’un de ces mots que j’ai soulignés : « mythe », « virilité » (le voleur et le risque délicieux d’être confondu). Mais déjà le métro arrive Quai de la Rapée et c’est là qu’elle descend. Elle se lève. Brune, bouclée, pardessus gris : je n’en saurai pas davantage car la lumière du jour m’interdit d’apercevoir ses traits dans le reflet de la vitre. Qui est cette fille qui se demande si la virilité est un mythe ? Elle sort et s’éloigne. Je me sens contrarié comme un enfant qu’on aurait laissé en plan au milieu d’une partie de Cluedo.

 

 

« Stan, tu m’aides ou quoi ? » La mère durcit le ton : le train est bondé, ils gênent. Le fils hisse les deux valises tandis que la mère se glisse près de la fenêtre. Stanislas prend place en face de moi. Il doit avoir quinze ou seize ans. T-shirt informe, bermuda kaki, chaussettes blanches et baskets légères. Les traits fins, cheveux châtains et lisses, la raie au milieu du crâne. Il me rappelle l’un des héros d’Au revoir les enfants – le blond – que j’ai vu une bonne quinzaine de fois. Est-ce pour cette raison qu’il m’inspire une sympathie immédiate ? Ou parce que sa mère me déplaît ? Une bourgeoise qui aurait préféré voyager en première classe mais qui ne met pas d’argent là-dedans. Plutôt dans ses chemisiers (une belle couleur sable) ou dans son parfum capiteux. Elle doit avoir mon âge mais en paraît dix de plus, comme toujours lorsqu’on épouse un personnage social. Nous sommes en mai et son décolleté arbore déjà un léger hâle (sinon elle ne porterait pas un haut couleur sable). La mise en plis est étudiée quand bien même le départ pour Saint-Lazare ce matin fut précipité – la faute au fils qui tardait à émerger. Cette femme a de l’allure, mais une expression si sévère, lèvres pincées, l’air las. Elle a ses raisons, comme tout le monde : l’absence de son mari, en l’occurrence ; elle va devoir affronter seule ce week-end prolongé, se retrouvant à cette place dont elle ne veut plus, celle de la fille chez papa-maman, mais à laquelle ses parents tiennent farouchement, façon de nier le vieillissement le temps d’un 1er mai. C’est un peu décevant Deauville sans Trintignant (elle pense à cette chanson de Vincent Delerm qui lui inspire un pincement au cœur chaque fois qu’elle l’entend). Stan a mis ses écouteurs, énième échappée. Il a une tache de dépigmentation sous le menton. Sa mère dit toujours : « Stan, très bien. Au lycée, en sport, très bien. » Mais son menton dit : non. C’est une famille de l’avenue des Ternes « sans histoire ».

 

 

 

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