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Isidore et les autres
de Camille Bordas

Le 29/01/2019 à 10:44 - 0 commentaire

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Editeur :

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Date de parution :

ISBN :

Total pages :

Prix :

Camille Bordas

Inculte

22/08/2018

9791095086826

288

19,90 €

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ISBN : 9791095086826

Editeur : Inculte

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ISBN : 9791095086833

Editeur : Inculte-Dernière Marge

Prix grand format : 14,99 €

 

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Résumé du livre
Difficile à onze ans de trouver sa place dans une famille de surdoués, surtout lorsqu’on se contente d’être « normal ». Entouré de cinq frères et sœurs qui dissertent à table des mérites comparés de Deleuze et d’Aristote, Isidore recherche d’abord l’affection de son meilleur ami, monument de douceur : son canapé.

Dans sa famille, seul Isidore est capable d’exprimer des émotions, de poser les questions que les autres n’osent pas formuler. Et lorsqu’un drame survient, il est le seul capable d’écouter et de réconforter. À moins qu’épris d’ailleurs, il ne réussisse enfin une énième fugue qui lui ouvrirait un monde de liberté et de légèreté.

Dans Isidore et les autres, écrit initialement en anglais par l’auteure, Camille Bordas brosse avec humour le portrait sensible d’un jeune garçon qui s’affranchit de son enfance sous le regard d’adultes encore plus désorientés que lui. Une fresque familiale tendre et émouvante, un portrait d’adolescent plein de finesse, une voix littéraire qui s’affirme plus que jamais.

 

Premier chapitre

Pour Marie Cordoba

 

 

LA TACHE

 


Il y avait une tache d’un marron plus foncé sur notre canapé en velours marron clair. Quand je la balayais de la main, elle s’estompait. Si je plissais les yeux, je pouvais même oublier qu’elle était là, mais il suffisait que je la balaye dans l’autre sens pour la voir réapparaître, encore plus foncée que dans mes souvenirs, comme si je venais de la nourrir.

Chacun avait son explication sur l’origine de la tache. Simone disait que c’était moi qui avais pissé sur le canapé quand j’étais tout petit, après m’être échappé du carcan de serviettes dans lequel notre mère nous enveloppait après le bain. « T’as foncé sur le canapé, tu t’es mis debout là sur l’accoudoir, t’as attrapé ton micro zob et visé pile le milieu du coussin, racontait Simone. Je m’en souviens, et Jérémie et Aurore aussi t’ont vu faire. On a jamais compris ce qui t’avait poussé à faire ça, Dory. T’étais déterminé. »

Mais cette histoire ne me ressemblait pas. D’abord, elle impliquait beaucoup trop de décisions de ma part, qui étaient toutes des infractions aux ordres maternels (courir à poil et pieds nus sur le carrelage glacé du salon, attraper mon pénis en public, pisser sur le canapé). Les mots choisis par Simone ne collaient pas non plus : « foncé », « visé pile », « déterminé ». Son histoire était la moins crédible de toutes. D’ailleurs, ni Aurore ni Jérémie ne la confirmaient.

D’autres versions incriminaient chacun de mes frères et sœurs à tour de rôle : tache de café (Bérénice), de vernis à ongles (Aurore), de foutre (Jérémie), de sauce tomate (Léonard), de peinture (Simone). Toutes ces histoires s’accordaient sur un point : c’est notre mère qui avait aggravé la situation en voulant nettoyer la tache initiale avec le mauvais produit. Mais selon une autre version, il n’y avait jamais eu de tache à nettoyer, en fait : notre mère avait simplement voulu donner un coup de propre au canapé et l’avait marqué à jamais d’un seul et malheureux coup de spray.

La tache du canapé me mettait mal à l’aise. Je me disais que j’étais le seul à remarquer les choses, à me sentir concerné par ce qui m’entourait. « Pourquoi cette tache te dérange tant que ça ? » me demandait ma mère, et moi, ce que je n’arrivais pas à comprendre, c’est pourquoi j’étais le seul que ça dérangeait.

J’aimais ma famille, je crois. Je n’en connaissais pas d’autre, c’est vrai, et du coup, je ne pouvais pas trop comparer, mais il me semblait que c’étaient des gens bien, corrects. Même s’ils étaient souvent perdus dans leurs pensées. Chacun dans sa bulle. Ils ne prêtaient pas vraiment attention aux autres, à personne en dehors de la famille, même pas à moi, parfois.

Toutes les versions s’accordaient sur un autre point : cela faisait au moins neuf ans que la tache était là. Je me disais que c’était quand même long, neuf ans, pour garder un canapé taché. On était pas pauvres.

 

 

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