Extrait

Hotel df
de Fadanelli Guillermo

Le 07/03/2013 à 19:25

Auteur : Fadanelli Guillermo
Editeur : Christian Bourgois
Genre : litterature hispano-portugaise
Date de parution : 09/02/2012
ISBN : 9782267022872
Total pages : 365
Prix : 23 €
chaPitre.com title=
  • Zoom moins
  • Zoom plus
  • Signaler erreur
  • Envoyer à un(e) ami(e)

Version grand format

 

illustration

ISBN : 9782267022872

Editeur : Christian Bourgois

Prix grand format : 23 €

 

Acheter le livre
avec chaPitre.com

Version numérique

 

illustration

ISBN : 9782267023077

Editeur : Christian Bourgois

Prix grand format : 18.99 €

 

Acheter le livre
avec chaPitre.com

Résumé du livre
Frank Henestrosa est journaliste intermittent et poète à ses heures. Surnommé l'Artiste, il se définit lui-même comme « un médiocre et un lâche ». La rédaction d'articles sans intérêt lui ayant néanmoins rapporté la somme de 5000 pesos, il décide de s'offrir quelques jours de vacances à l'hôtel Isabel – un hôtel calme et abordable du centre de Mexico, essentiellement fréquenté par des touristes. rnAu fil des pages, Henestrosa brosse le portrait mordant des personnages qui peuplent cet hôtel, retraçant leurs rencontres, leurs errances. À ses côtés, nous croisons Stefan Wimer, touriste allemand amateur d'alcool, de cocaïne et de filles brunes ; Laura Gibellini, belle Andalouse (avec qui Frank aura une brève aventure) ; le peintre d'avant-garde Gabriel Sandler et sa jeune cousine Sofía amoureuse de lui (elle sera tuée par des dealers) ; Roberto Davison, acteur sur le déclin, et sa femme, l'ancienne mannequin Gloria Manson ; Miguel Llorente, patron d'une confiserie, et bien d'autres encore qui croisent leurs chemins. Sans oublier les réceptionnistes, les femmes de chambre et quelques malfrats qui se sont glissés parmi eux et ont fait de cet hôtel tranquille leur quartier général.rn« Les visiteurs étrangers ne perçoivent pas ce qui se passe dans cet endroit. Eux aussi ont été absorbés par le mouvement d'une ville qui dépasse leur imagination. Les délinquants se promènent à leur aise et personne ne peut arrêter leur sourire. Et pourtant on ne cesse d'y survivre. Les pensionnaires de cet hôtel semblent unis par un même malheur. Le DF [District Fédéral, appellation officielle de Mexico] s'est concentré dans un édifice en pierre et de nombreuses vies sont en danger. Le drame croît de façon silencieuse et continue sous le regard de Frank Henestrosa, un homme sans ambition, dépourvu d'opinions et de sujets importants. C'est à lui que revient de raconter l'histoire. De multiples voix se fraient un chemin dans le roman, et si nous prêtons un peu d'attention à ce qui s'y passe, nous nous apercevrons que dans cet hôtel existe aussi une chambre pour chacun de nous. Étrangers, artistes, sicaires, acteurs, hommes sans destin romanesque, tous se sont rassemblés dans l'ombre et la lumière d'une ville que personne ne pourra raconter : le District Fédéral. »rnComme le décrit Guillermo Fadanelli, cet hôtel est en quelque sorte un microcosme de la capitale folle et menaçante qu'est Mexico, une ville où le danger rôde à chaque coin de rue, où l'on ne peut jamais être sûr d'avoir la vie sauve. Comme dans ses précédents ouvrages, l'auteur porte un regard désabusé, souvent plein de dérision, sur ses semblables, dressant un constat lucide, cependant dénué de tout jugement moral. rnSur Boue :rn« Un roman qui affiche le titre Boue peut-il prétendre incarner le meilleur de la fiction de son pays? Sans aucun doute, oui. [...] Le plus étonnant avec ce livre désespéré et désespérant sur la condition humaine comme sur la société mexicaine, c'est qu'il finit par être un magnifique hommage à l'art du roman, à son infinie supériorité sur les essais en général et la philosophie en particulier. Le roman, à commencer par celui de Fadanelli, prend les hommes tels qu'ils sont, pas tels qu'ils devraient être. C'est pour cela qu'il les aide à vivre. Qu'il peut transformer la boue en or. » (Raphaëlle Leyris, Les Inrockuptibles)rn« Tout l'art de Fadanelli, qui n'est pas mince, aura consisté à nous masquer la chose au début du récit - qui se trouve être à la fin de la fiction - à travers les monologues de son héros, dont nous ne percevons que très tard qu'il est en cellule. C'est en détention qu'il revient sur sa vie et ses mésaventures et qu'il expose ses idées sur l'inanité de la philosophie […]. Reconnaissons-le, ce monologue furieux d'un intellectuel atypique est extrêmement savoureux et roboratif. » (Jacques Fressard, La Quinzaine littéraire)rn« Le tandem du prof de philosophie en décrochage sexuel et de la vendeuse se supermarché en cavale avec la caisse s'inscrit dans le sillage de Philip Roth. Mais cette course à l'abîme a un tel accent de vérité qu'on est captivé de bout en bout. […] Fadanelli cultive un cynisme désenchanté et tonique. » (Jacques Lindecker, Le Soir)

 

Premier chapitre

Frank Henestrosa

La vie ne m’a pas fait de cadeau, mais cette fois je ne me plaindrai pas. Une bonne partie de ma vie j’ai voyagé dans un train sans fenêtres qui avançait lentement. Voilà ce que je ressens, pas autre chose. Le jour de mes vingt ans, l’avenir m’a asséné une bonne tape sur la nuque et m’a dit : « Ne souris pas, le pire t’attend. » À présent, après avoir échoué dans des projets où toute personne normale est en droit d’échouer, je me pose cette question : comment se fait-il que le temps se soit consumé du jour au lendemain sans m’offrir seulement un prologue à peu près digne ? Je n’ai aucun doute sur le fait que je suis instable et invisible aux yeux de ceux qui recherchent des vies intéressantes afin, lorsqu’ils se comparent à elles, d’avoir l’impression d’être des ratés, mais savoir que les gens stables sont des assassins en puissance me réconforte. Si on m’en donne l’occasion, je suis capable d’écrire de bons articles, à l’instant m’en vient un à l’esprit sur les dames qui font de l’exercice dans un jardin public en poussant des enfants dans des landaus ; voilà un sujet bien plus intéressant que celui rebattu et cruel de la corruption, de la misère et du plaisir des idiots. Voyons, je pose la question : que ressent le pauvre enfant qui se trouve dans le landau tandis que sa mère trotte pour retrouver son corps déformé par la naissance du bébé ? Le vrai vertige de la vie. Je fais une pause : si je réfléchis bien, le sujet est assez paisible, car on ne voit pas de telles scènes dans le District fédéral, peut-être celle d’un voleur qui enlève un landau avec tout ce qu’il contient, y compris le bébé, pour les vendre ensuite au marché noir.

Je peux affirmer que je suis absolument maître de mon temps, moi Frank Henestrosa, journaliste à mes heures, poète comme tout un chacun, sans aspirations. Aujourd’hui je me demande : où est le prologue de la maturité ? Devant la vitrine d’une confiserie traditionnelle de la très passante rue Cinco de Mayo, j’observe mon visage : les pommettes ne grossissent pas, peut-être sont-elles un peu gonflées à cause de l’alcool. Quel alcool ? Car je ne suis même pas un ivrogne de roman. Que ne donnerais-je pour retourner dans le ventre de ma mère ! Je ne veux pas me plaindre, mais les biologistes pourraient avancer dans leurs recherches afin de nous ramener à l’état de gamètes au lieu de cloner. En effet, écrire un article sur des dames qui poussent des landaus est une idée idiote, car ce thème n’a aucun intérêt, même pour moi. Le journalisme ne m’autorisera pas les extravagances qui sont tolérées en littérature. Je me vois ainsi : comme un homme qui n’a aucun thème à développer et qui désire retourner dans le ventre de sa mère ; quelle définition juste mais, en même temps, que de lâcheté dans un seul être ! Si je devais me définir, je n’aurais pas besoin de tourner et retourner davantage le sujet : je suis un homme dépourvu de thèmes importants, un être humain qui n’a pas de thème.

 

Suivez-nous

 

Désinscription

16

1

hotel-df-fadanelli-guillermo

777