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Est-ce ainsi que les hommes jugent ?
de Menegaux, Mathieu

Le 08/05/2018 à 08:08 - 0 commentaire

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Menegaux, Mathieu

Grasset Et Fasquelle

02/05/2018

9782246817437

234

18 €

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ISBN : 9782246817437

Editeur : Grasset Et Fasquelle

Prix grand format : 18 €

 

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Résumé du livre
Une journée particulière. Gustavo, père de famille, directeur financier, doit effectuer une présentation importante devant l'état-major de sa multinationale. Des mois de préparation, un tournant pour sa carrière. Au lieu de l'heure de gloire espérée, la police faire irruption à son domicile, à l'aube. Perquisition, accusation d'homicide volontaire, indices concordants, Gustavo va être placé en garde à vue et traité sans ménagement.

Heures sombres, qui vont déstabiliser un cadre supérieur sans histoires et le conduire à redouter le pire pour son avenir. Son épouse Sophie va mobiliser son réseau et son énergie pour démontrer l'innocence de son mari et préserver leurs deux garçons des conséquences dévastatrices de cette mise en cause. Mais comment rétablir la balance de la justice dans un univers gouverné par l'émotion et la recherche immédiate d'un coupable ? Avec un style direct et tendu, Mathieu Menegaux nous livre un roman haletant, une plongée en apnée dans le monde de l'injustice.

 

Premier chapitre

« Dites, inspecteur, qu’est-ce que vous vouliez que j’entende, près de ce putain de phare ?

— La corne de brume, Monsieur Martinaud, la corne de brume. »

 

Maître Martinaud, notaire, à Antoine Gallien, inspecteur de Police.

Dialogue de Michel Audiard pour le film de Claude Miller, Garde à vue (1981).

 

 

À ma mère, qui m’a donné l’amour des livres

 

 

Samedi 19 janvier 2013, 9 heures

 

Bertrand et Claire arpentent les allées désertes de l’hypermarché Auchan du centre commercial de Plaisir. C’est une matinée glaciale. Les chutes de neige de la veille ont laissé une pellicule sur les voitures en stationnement et sur les branches des arbres, c’est Noël après l’heure. Les routes sont praticables, l’épisode ayant été largement anticipé par les équipes de la voirie. Le père et sa fille sont demeurés emmitouflés, doudoune, bonnet, écharpe, mais ils ont remisé les gants pour se servir dans les rayons. Le froid transperce les parois de tôle. Tout est hors d’âge dans ce temple de la consommation. Le caddie que pousse Claire aujourd’hui semble aussi vieux que le magasin lui-même, qui n’a pas dû être rénové depuis son ouverture, en grandes pompes, en 1975. Les néons y crépitent, le sol carrelé est grisâtre malgré les tonnes de nettoyant industriel déversées chaque matin, les clients y ont chaud l’été et froid l’hiver, mais pour rien au monde Bertrand et Claire n’iraient effectuer leur ravitaillement ailleurs. Comme chaque samedi, ils sont parmi les premiers clients, présents dès l’ouverture des portes, à 8 h 30. Le centre commercial est à dix minutes du cimetière, et ils s’attachent à se débarrasser au plus vite de cette fastidieuse corvée des courses, éviter l’affluence et ainsi réserver le plus de temps possible pour la floraison de la tombe de Nathalie.

La routine est bien en place, mais Bertrand est stressé ce matin. Il ne prend jamais d’astreinte le samedi, pourtant il a reçu une série de textos et d’appels sur le trajet entre chez lui et le centre commercial. Le vent de la nuit a provoqué des dégâts, et plusieurs arbres sont tombés, dont l’un qui bloque l’accès à la chaudière de l’école municipale de la Queue-lez-Yvelines. Max, l’arboriste-grimpeur de permanence, est requis par une intervention délicate à l’autre bout du département. Les températures sont inférieures à zéro degré, il y a un spectacle de danse dans l’après-midi, la directrice de l’école est catastrophée et le renouvellement du contrat est pour bientôt. Bref, la direction a été claire : elle a absolument besoin que Bertrand se rende sur place, avant midi pour libérer l’accès à la chaufferie et permettre à une cinquantaine de parents de voir leur progéniture se dandiner et chanter « Boucle d’or, boucle d’or, petite fille aux cheveux d’or », les yeux émerveillés, sans cache-col ni bonnet, et sans claquer des dents. Il sait qu’il va devoir y aller, et pour y être avant midi, il faudrait vraiment accélérer le rythme. Bertrand n’aime rien moins qu’être dérangé un de ces samedis matin où Claire et lui rendent hommage à Nathalie. Il a été très explicite sur le sujet avec sa hiérarchie – rien le samedi matin – ou bien ils iront trouver un autre élagueur, qui accepte de grimper sans exiger la présence du camion-nacelle, à l’ancienne, même dans des situations à la limite de l’équilibrisme. Et voilà qu’on le dérange un samedi de repos, merde ! Son téléphone sonne encore du fond de sa poche. Il répond et argumente. C’est inadmissible. C’est remettre en cause l’ordre du monde. Mais il est déjà moins agressif. Le sens du service, malgré tout et puis, d’accord, finalement : ce n’est que pour cette fois, et on lui promet une prime exceptionnelle. Tu parles… Les promesses, il connaît, mais il a dit oui pour les mômes, ils ne vont pas danser en doudoune, quand même. Il respire à fond. Cela ne sert à rien d’enrager : ils ont le temps de passer au cimetière pour peu qu’ils fassent un tout petit peu plus vite que d’habitude. Qui sait ? Avec de la chance, le tronçonnage de ce fichu bouleau sera simple et il ne devra pas laisser Claire seule à la maison trop longtemps.

 

 

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