Extrait

Entre de bonnes mains
de Abbie Taylor

Le 06/10/2013 à 14:09 - 0 commentaire

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Editeur :

Genre :

Date de parution :

ISBN :

Total pages :

Prix :

Abbie Taylor

Belfond

littÉrature anglo-saxonne

07/06/2012

9782714445162

17.50 €

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ISBN : 9782714445162

Editeur : Belfond

Prix grand format : 17.50 €

 

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Résumé du livre
Dawn, infirmière en chef d’à peine trente ans, se dévoue corps et âme à ses malades. Un jour où une patiente la supplie d’abréger ses souffrances, sa compassion la conduit à un acte irréversible. Or quelqu’un sait... et cherche maintenant à la faire chanter. Rongée par la culpabilité et l’angoisse, Dawn doit trouver l’identité de son maître-chanteur avant que la situation ne prenne un tour plus funeste encore.
Une intrigue contemporaine aux ressorts psychologiques intenses !

 

Premier chapitre

1


— Infirmière !
Le cri provenait du dortoir.
Dans la chambre individuelle, Dawn Torridge, l'infirmière en chef, s'interrompit. Un malade réclamait un verre d'eau ou de l'aide pour aller aux toilettes, sans doute. Clive ou Elspeth s'en chargerait. Dawn retourna à ses occupations.
— Alors, madame Walker, demanda-t-elle, affable, à la vieille dame dont elle soutenait la tête. Il est bon, ce thé ?
Calée contre une pile d'oreillers, la patiente ne pouvait pas lui répondre mais buvait avec avidité : bien que tiède et peu ragoûtant, le liquide noirâtre semblait la soulager.
Dehors, six étages plus bas, un train franchissait le pont ferroviaire mais, dans la chambre, seuls la respiration de Mme Walker entre deux gorgées et le bip régulier de sa perfusion d'antibiotiques troublaient le silence. La vieille dame avait la bouche sèche, les lèvres gercées – elle faisait peine à voir. Dawn fronça les sourcils : la patiente devait être assoiffée. Depuis quand était-elle là, la tasse posée hors de sa portée sur la table de chevet ? Dawn allait devoir remonter les bretelles à ses infirmiers. Il ne servait à rien de distribuer gobelets et plateaux-repas si les patients n'étaient pas en mesure de s'alimenter seuls.
— Infirmière !
La même voix – avec une note d'urgence, cette fois. Dawn se redressa, alarmée.
— Infirmière ! Au secours ! Vite !
Pas de doute, c'était bien un cri de panique. Dawn reposa aussitôt la tasse et la soucoupe.
— Je reviens, dit-elle à Mme Walker avant de sortir en courant.
Dans le grand dortoir haut de plafond étaient alignés des lits séparés par des rideaux bleus. Pas trace de Clive ni d'Elspeth. Au milieu de la salle, un patient en pyjama marron, agenouillé sur son lit, guettait avec anxiété l'arrivée des infirmiers. Quand il aperçut Dawn, il se mit à gesticuler.
— Infirmière !
Il montra du doigt une alcôve aux rideaux tirés – le lit numéro onze.
— Par ici. Vite !
Tout en remontant en hâte l'allée centrale, Dawn se remémora ce qu'elle savait du patient : Jack Benson, soixante-douze ans, opéré de la thyroïde le matin même. La dernière fois qu'elle l'avait vu, moins de deux heures plus tôt, il se portait comme un charme. « Surveillez-le de près, avait-elle tout de même dit à Clive. La thyroïde, c'est délicat. On m'attend en réunion budgétaire, mais n'hésitez pas à me biper en cas d'urgence. »
Comme toujours, la réunion s'était éternisée, mais, sans nouvelles de Clive, Dawn avait conclu à une absence de complications. Pourtant, alors qu'elle arrivait près du lit numéro onze, elle perçut dans l'alcôve un râle sourd. Son sang se glaça. Oh non, pas ça ! Elle n'avait pas entendu ce son depuis des années, mais il restait gravé dans son esprit, identifiable entre tous. Elle ouvrit le rideau d'un coup sec.
Assis sur son lit, son pyjama à motif cachemire ouvert sur sa poitrine, Jack Benson portait au cou un monstrueux collier : des agrafes métalliques dignes de Frankenstein, posées lors de son opération. Mais Dawn en avait vu d'autres. Non, ce qui la figea d'horreur, ce fut son cou : il avait doublé de volume. Coincé sous son menton comme un pneu trop gonflé, zébré de veines rouges, il lui comprimait la gorge et les poumons. Les yeux du malheureux semblaient sur le point de jaillir de leurs orbites. Il suffoquait, s'agrippant à son goitre.
Sans hésiter, Dawn appuya sur la sonnette d'alarme au-dessus du lit. Une sonnerie stridente retentit. Puis l'infirmière décrocha le masque à oxygène fixé au mur et en passa l'élastique autour de la tête du patient.
— Voilà, monsieur Benson. Vous pouvez respirer normalement.
Sa voix posée, rassurante, masquait son effroi, mais son cœur battait la chamade.
M. Benson plaqua le masque sur son visage, aspirant comme un forcené. Rhââ, rhââ. Des cercles de buée apparaissaient et disparaissaient à l'intérieur du plastique. Il lança à Dawn un regard terrifié. Ça ne marche pas. Faites quelque chose !
Un bruit de pas derrière le rideau. Clive et Elspeth accouraient.
— Oh, mon Dieu ! s'écria celle-ci, la main sur la bouche.
— Il fait une hémorragie interne, dit Dawn. La pression bloque ses voies respiratoires. Clive, allez chercher le chariot d'urgence. Elspeth, restez avec le patient pendant que je bipe le chirurgien.
Elle courut jusqu'au poste des infirmiers et composa le numéro. Debout près du lit, Elspeth se tordait les mains, impuissante. Prends-lui la tension, lui indiqua Dawn par gestes. Le téléphone sonna. Elle bondit sur le combiné.
— Coulton, j'écoute, dit une voix traînante et lasse.
Un nouveau chef de clinique, probablement. Dawn ne le reconnaissait pas.
— Ici, l'infirmière en chef Torridge, en salle Forêt. L'opéré de la thyroïde fait une hémorragie, lit numéro onze.
Au bout du fil, le médecin soupira :
— Vous voulez dire qu'il y a un léger saignement au niveau de sa cicatrice ?
— Non, il s'agit d'une vraie…
— Quelle est sa tension ? l'interrompit-il.
— Je ne sais pas encore, mais…
— Eh bien, qu'attendez-vous ? Je suis submergé, aux urgences. La prochaine fois, faites les examens préliminaires avant de me déranger.
Dawn marqua un temps d'arrêt. Ce jeune coq la croyait donc incapable de reconnaître un cas d'urgence, elle, une infirmière en chef ?
Elle répondit pourtant d'un ton neutre :
— Docteur, vous l'ignorez peut-être, mais M. Benson a été opéré de la thyroïde ce matin même. L'hémorragie comprime sa trachée. Si l'on n'intervient pas dans les dix minutes, il va mourir.
Sans attendre, elle raccrocha et se dirigea vers le lit onze. Elle ne s'était pas absentée longtemps, mais le cou du patient avait encore enflé. Le pauvre homme avait désormais le visage cramoisi, gorgé de sang. La pression l'étranglait et lui coupait la circulation. Il tentait d'agripper la peau de son cou comme pour l'arracher et dégager sa trachée. Rhââ, rhââ. Ses épaules se contractaient sous l'effort ; il devait avoir l'impression de respirer à travers une paille. Dawn jeta un coup d'œil au plateau posé sur sa table de chevet. Une bouteille de jus de raisin. Un livre, une paire de lunettes. Une feuille de papier pliée en deux, couverte d'une écriture maladroite à l'encre verte : « Guéris vite, papi. » Puis elle vit la pince Michel dans son emballage stérile. La règle était stricte : après toute intervention sur la thyroïde, Dawn exigeait qu'on en place une près du patient. Pour gagner du temps, au cas où. Afin de relâcher la pression, il fallait permettre à l'hémorragie de s'écouler en coupant les agrafes qui refermaient la plaie. Dawn déchira l'emballage et brandit la pince, prête à la tendre au docteur Coulton dès son arrivée.
Clive apporta le chariot d'urgence, et tous trois attendirent en demi-cercle autour du lit. Le malaise était palpable. Elspeth se tenait la tête à deux mains, et Dawn, sans lâcher la pince, scrutait les portes de la salle, certaine que le docteur Coulton allait les franchir d'une seconde à l'autre. Après leur conversation, il avait dû lâcher ce qu'il avait en cours pour foncer au chevet de M. Benson. Lequel continuait de se débattre. Rhââ, rhââ. La sueur coulait sur son front, et des veines bleues, grosses comme des vers, palpitaient sur ses tempes. Il se penchait, appuyé sur ses cuisses pour mieux se concentrer sur sa respiration. L'élastique de son masque à oxygène, mal ajusté, lui hérissait le crâne de touffes grises. Il dévisagea les infirmiers, affolé. Aidez-moi ! Ne restez pas plantés là, faites quelque chose ! Un spectacle éprouvant. Dawn lui tapota l'épaule.
— Le médecin est en route. Il ne va pas tarder.
Du moins l'espérait-elle. Quelque chose lui heurta le tibia : le coin du chariot, dans lequel Clive venait de cogner par mégarde.
— C'est pas son jour, hein ? commenta-t-il en croisant le regard de sa supérieure.
Elle ne put s'empêcher de rétorquer :
— Je vous avais pourtant dit de le surveiller !
Clive croisa les bras, le menton en avant.
— Je n'ai pas eu le temps, c'était le souk.
Dawn n'avait remarqué aucune agitation particulière et elle aurait juré avoir vu Clive et Elspeth sortir de la cuisine, quelques instants plus tôt. Mais ce n'était pas le moment. Les portes restaient closes. Que fabriquait donc le médecin ? L'état de Benson empirait à vue d'œil. Si l'on ne faisait rien, la pression du sang sur sa trachée serait si forte qu'elle lui obstruerait les voies respiratoires. Alors il serait trop tard : rien ne pourrait plus le sauver. Sa peau se boursouflait autour des agrafes. Dawn sentait sur sa paume le ressort de la pince. Ces agrafes, elle pouvait les ôter elle-même. Rien de plus simple. En tant qu'infirmière, elle retirait des points de suture tous les jours. Sauf que, cette fois, il ne s'agissait pas d'une blessure ordinaire. En la rouvrant, elle libérerait la trachée mais aussi l'hémorragie. Sans les bons instruments, sans l'aide d'un chirurgien, M. Benson risquait d'y passer. De toute façon la règle, édictée par le professeur Kneebone lui-même, était que seul un médecin était habilité à prendre cette décision.
M. Benson se laissa à cet instant retomber mollement sur ses oreillers. Sa respiration s'apaisait ; le râle diminuait. Allongé, les yeux vides, il paraissait moins terrifié. Sa cornée se voilait.
— Ouf ! Il va mieux, soupira Elspeth, la main sur le cœur.
Dawn se garda de répondre. Il n'allait pas mieux. Si son râle diminuait, c'était faute d'oxygène. M. Benson n'en pouvait plus. Encore quelques minutes, et il perdrait connaissance. Ce serait alors la fin. Dawn se rappela avec déplaisir la conversation qu'elle avait eue avec Mme Benson et sa fille, le matin même.
« Rentrez chez vous, avait-elle dit. Essayez de vous reposer. De toute façon, votre mari va passer la journée à dormir.
— Vous êtes sûre ? »
La femme de M. Benson, une sympathique sexagénaire, se rongeait les sangs, mais elle aussi avait besoin de récupérer.
« C'était une grosse opération. Je n'ose pas le laisser… »
Dawn l'avait regardée droit dans les yeux. « Ne vous inquiétez pas. Votre mari est en bonnes mains. Je vous le promets. »
Les deux femmes étaient donc rentrées chez elles, confiantes.

 

 

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