Extrait

Dora la dingue
de Lidia Yuknavitch

Le 07/02/2014 à 00:54

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Date de parution :

ISBN :

Total pages :

Prix :

Lidia Yuknavitch

Denoel

littÉrature anglo-saxonne

09/10/2013

9782207114568

288

20 €

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ISBN : 9782207114568

Editeur : Denoel

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Editeur : Editions Denoël

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Résumé du livre
Seattle. Dora, dix-huit ans, souffre de toux persistante, d’évanouissements intempestifs et d’aphonie spontanée au moindre geste d'affection. Gênant, surtout lorsqu’on est secrètement amoureuse de sa meilleure amie et que c’est réciproque. Pour ses parents, qu’elle surnomme M. et Mme Pharmazombie, il n’y a aucun doute, Dora doit aller consulter un psychiatre. On assiste hilare, médusé et fasciné, aux séances rocambolesques entre Dora et Sigmund, le psy, ainsi qu’aux aventures tout aussi insolites de Dora et ses amies, qui tentent de résister à la morosité et au puritanisme ambiant, tout en affirmant leur différence, malgré le qu’en-dira-t-on. Dora la Dingue, c’est l’adolescence comme vous ne l’avez jamais lue. Un concentré de folie, un hymne aux décalés et aux névrosés du monde entier dont Dora, en digne petite sœur spirituelle du Tyler Durden de Fight Club, est l'électrique et inoubliable porte-parole.

 

Premier chapitre

 

 

 

1

 

Mère relave les cuillères. De là où je suis dans la cuisine, je vois le reflet de sa tête psychédélique : gros crâne, commissures des lèvres tombantes, yeux qui mangent le reste du visage. Une femme au visage affaissé. Sans déconner, regardez-la. Elle les décape salement, ces cuillères. Pauvres ustensiles en argent.

Être sa gamine, c’était un peu pareil.

Je vois le moindre détail de cette ville depuis la fenêtre de notre cuisine pourrie. Tout ce gris qui vire au bleu puis au noir. Les rues de Seattle qui courent dans tous les sens. Passants malingres. Trombes d’eau. Je vois le Space Needle. Sans doute le truc le plus con de la Terre. Au cœur de la pluie, la vue depuis l’appartement haut perché fait qu’on se croit dans un rêve. Je pose la main sur la vitre et je regarde la buée entourer mes doigts. J’enlève ma main. Voilà ce que je suis : une trace. Fille transparente. En peignoir éponge rose et dans des sous-vêtements de deux jours. Je veux une cigarette.

 

Mère. Je soupire. Elle frottera les cuillères jusqu’à ce qu’elle soit elle-même propre.

Je me frotte les yeux. J’ai l’impression que mon visage est barbouillé.

Vous voulez que je vous dise ? Dix-sept ans, c’est pas top. On a envie de prendre l’air, on a envie de se débarrasser de soi comme d’une vieille peau morte, on a envie de prendre les choses telles quelles et de tout balancer. On se fait des piercings sur le visage, on se fait tatouer... n’importe quoi pour sentir quelque chose d’autre que la torpeur dedans.

On invente des vêtements que les autres prennent pour des loques. On se défonce. On touche à la sexualité. On s’enfonce dans les oreilles des écouteurs qui crachent une musique si forte qu’elle en est inaudible. C’est la pulsation, la chaleur, l’impact, le martèlement et le cri de corps bientôt adultes. On envoie des textos à s’en fouler les pouces, on tourne des films à l’arrache. On vit par le son et la lumière — par la technologie. Avec, à portée de main, l’arsenal de dope de nos zombies de parents.

Je suis pas une criminelle.

Je suis juste la fille d’une mère. Je suis pas dingue.

Je.

Veux.

Juste.

Respirer.

J’entre dans le salon en marchant. Cette pièce me rappelle toujours Monsieur K. Elle sent même un peu comme lui. La première fois qu’il m’a draguée, Monsieur K. — le copain de mon père —, il avait un couteau à beurre dans la main. Pourquoi un couteau à beurre ? Allez savoir ! Il en avait un, point. Dans le salon, lui et moi. Et la pluie qui murmurait comme les bonnes sœurs contre les murs et les fenêtres. Son couteau à beurre en main, il a traversé le tapis dans ma direction. Il tremblait. Il a posé une main sur ma hanche, puis l’autre près de ma clavicule. J’avais un t-shirt des Pixies orné d’épingles de nourrice à l’encolure. Il s’est penché, m’a suçoté, mordillé le cou et il a gémi. Il sentait l’eau de Cologne Old Spice et les pastilles Altoids.

 

 

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