Extrait

De Brazzaville à Singapour ; les tribulations d'un boulanger voyageur
de Juignet, Alain

Le 26/12/2019 à 08:36

Auteur : Juignet, Alain
Editeur : Len Editions
Genre : Biographies et autobiographies contemporaines
Date de parution : 15/11/2018
ISBN : 9782411000596
Total pages : 152
Prix : 15.00 €
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Résumé du livre
Pour écrire un livre sur ses mémoires il faut savoir rêver, mais parfois aussi se faire un peu violence pour réussir à tout se remémorer, à remettre dans l'ordre les anecdotes, les moments heureux ou plus difficiles qui constituent une vie entière. On peut alors partager son vécu, et se dire " heureux qui comme Ulysse a fait un long voyage ".

Mon livre est un véritable voyage qui ouvre sur le monde. Il fait partie de mon histoire et de mon identité. Comme mon métier m'a permis de véhiculer l'image de la France sur toute la planète, j'aimerais qu'il rayonne auprès de mes lecteurs.

 

Premier chapitre
Il faut commencer par du rêve. Et les choses deviennent réelles à un moment ou à un autre.
 

Le rêve d’une vie par les voyages, et la connaissance du monde et de sa culture. Je ne puis que dire cela car, voyez-vous, enfant, ma santé était déficiente. Je n’allais pas me permettre de faire de grandes études. Je ne commençai mes premières années sur les bancs de l’école qu’à l’âge de huit ans. Je n’en fais pas de mystère, mon passage à l’école n’aura été que fugace. Six années sur les bancs de l’école primaire à essayer d’apprendre et de comprendre. Nous étions en 1966 et, pour moi, l’école se termina sans certificat d’études. J’en étais très loin. La maîtresse d’école – comme on les nommait autrefois – me dit : « Mon pauvre Alain, avec ton petit cerveau en plastique, tu ne feras rien dans la vie ! » Effectivement, avec ces paroles, qu’est-ce que la vie professionnelle allait me réserver ? En écoutant ces mots-là, je me disais que jusqu’à l’âge de quatorze ans, je mangeais mon pain blanc, et que le reste de ma vie, j’allais manger du pain noir. Eh bien, aujourd’hui, j’ai soixante-cinq ans, et je pourrais lui démontrer que ma petite cervelle en plastique s’est transformée en un cerveau de fer forgé, mais cette maîtresse-là n’est plus de ce monde – paix à son âme. Le jour où elle m’adressa ces quelques mots, dans ma petite cervelle, cela me fit un électrochoc. Je me dis que, dans la vie, pour m’élever au niveau de la société, il fallait oser, parfois composer, mais jamais renoncer. Eh oui ! cela peut arriver, au grand désespoir de mes chers parents. Tout de même, certaines notions élémentaires m’avaient été données par-ci par-là, de stage en maison de santé. Ce fut donc avec un handicap certain que je débutai ma vie d’adulte, qui aurait pu se dérouler dans ma Sarthe profonde, connue à l’époque pour être moyennement évoluée. Mais il faut ajouter également que, étant le douzième enfant de la fratrie – où chacun normalement doit être solidaire – par manque d’autorité de nos parents, chacun ne pensait qu’à se débrouiller au mieux afin de jouir le plus possible des biens en travaillant le plus possible. Une autorité avec la responsabilité à tous les échelons ; le moins de luxe et de jouissance possibles ; l’esprit de jouissance par l’esprit du devoir ; le respect de l’autorité ; tout en essayant de garder un peu de sa personnalité – un combat permanent, semblait-il. Mon père était le cantonnier du village de Saint-Pierre-du-Lorouër. Il aimait la discipline, mais était toutefois conciliant par sa droiture. Croyant mais peu pratiquant. Ma mère, une femme d’une grande force de caractère, était très persuasive, se prêtait difficilement à la discussion. Elle arborait les stigmates de sa jeunesse, une enfant abandonnée, placée par l’assistance publique dans une famille d’accueil à la mentalité ancestrale. Ma mère aussi croyait peu en Dieu, comme bon nombre de gens du sud de la Sarthe. Je suis né en 1952. Selon ma mère, j’étais un « bébé facile et gentil ». Un de plus. Mon père, lui, me considérait comme un « joli coco ». Mes parents avaient reçu en 1947 la médaille de la famille nombreuse : sept enfants. En cette période, les femmes, très facilement fécondes, n’avaient pas les moyens de contraception que l’on connaît de nos jours, puisqu’il fallut la loi Simone Veil, une personne remarquable, pour autoriser la contraception et l’interruption de grossesse. En 1975, sous la présidence deValéry Giscard d’Estaing, le préservatif existait, mais il n’était pas en vente libre.
Par la suite, mes parents reçurent une nouvelle médaille en 1963, reconnaissance de l’État de la difficulté à élever dans la citoyenneté et l’honnêteté de nombreux enfants, sous la présidence du général De Gaulle et du gouvernement Pompidou. Cette vie de groupe nous obligea rapidement à nous « débrouiller », comme on disait. Et si tous ces liens affectifs nous maintenaient souvent complices dans les périodes difficiles, l’autorité comme le devoir restaient de rigueur.
En cette période d’après-guerre, la tentation était faible. Tout le monde se contentait de ce qu’il avait, les pauvres étaient vraiment pauvres. Habitant un logement étriqué et souvent insalubre, sans chauffage et parfois sans eau potable. Dans l’ensemble, une grande majorité de la population vivait grâce au jardin – bien évidemment, si les familles en possédaient un. Les journées de travail étaient longues, pénibles, et les salaires très bas. Dans nos campagnes, on ne se plaignait pas ! On mangeait à notre faim. Par contre, comme bien des enfants de l’époque dans de nombreuses maisons, nous quittions l’école à quatorze ans. Un métier était indispensable et, bien entendu, je fis partie de ces enfants-là, faute de moyens.
Ainsi, je quittai l’école et me retrouvai en formation d’apprenti boulanger. J’avais quatorze ans et, en 1966, j’étais un grand maigrichon. Par chance, j’étais proche de ma fratrie, dans ce petit village. Me voici « mitron », un de ces beaux métiers où l’on apprenait à façonner avec dextérité ce qui serait toujours une fête sur une grande table. La miche de pain couleur ambrée, lorsque vous la sortez du four, vous enveloppe de son parfum, envoûte vos oreilles de son chant qui résonne comme une plainte. La mélodie du moulin à farine me semble si proche qu’en regardant les sacs qui retiennent celle-ci en train de se remplir à la goulotte, même le bruissement des tamis me semble encore présent. Le pain, personne ne peut s’en passer. Et petites et grandes tables ne peuvent que lui faire honneur, avec toutes les sortes qui existent. Savoir faire le pain est une chose, mais savoir fabriquer une merveilleuse brioche mousseline en est une autre ! Ce gros chapeau melon avec sa boule ronde dessus ; ou l’autre ronde, moins haute, ou bien l’ovale et combien d’autres formes ! Quelle beauté, à peine sortie du four, embaume l’atmosphère du fournil et du magasin ! Lorsque vous ouvrez cette brioche encore tiède, avec sa texture légère et aérée, son parfum enchanteur, sa couleur de blé d’or, vous ne pouvez résister à la gourmandise. Et si l’on ajoute la délicieuse crème anglaise faite maison avec de bons œufs et lait de ferme, alors là, Rabelais revient parmi nous en se désaltérant d’un excellent vin de Jasnières vinifié dans le sud de la Sarthe. Quant au pain, c’est un véritable trésor partagé dans le monde par des milliards de personnes quelle que soit leur religion. 
L’apprentissage pour un adolescent : les longues journées de travail commencent au petit matin, où il fait encore nuit et que tout le monde dort jusqu’à parfois 11 heures. Pétrir, laisser pousser et diviser, façonner et laisser pousser, et enfin, mettre à cuire. Les cours, une matinée par semaine à Aubigné-Racan, avec un peu de maths, de français et de technologie ; bien sûr, une journée de repos dans la semaine en plus du dimanche. Le travail se terminait souvent après le déjeuner, suivi d’une sieste prolongée indispensable pour récupérer. Pas de quoi tellement traîner ! Pourtant, dans le village, il y avait bien des garçons et des filles de mon âge, et puis le curé avec ses activités, comme le foot, etc. Mais pas de quoi pavoiser ! Souvent, en plus, il fallait ravitailler les activités de brioches distribuées aux ouailles. J’avais bien quelques copines, mais elles étaient un peu sauvages donc il était difficile de les approcher. Mon maître d’apprentissage étant un calotin, on connaissait mieux les interdits que les bons moments. J’eus pourtant un bon copain de mon âge. Il était apprenti charcutier. Il n’eut pas de chance : un jour, il fut retrouvé asphyxié par un poêle à charbon. Tout le village en fut profondément attristé.
Je sortais parfois en solitaire parcourir à vélo la région. Son développement – il faut bien le dire – était très ralenti à cette époque. On parlait vaguement d’agrandir la salle des fêtes, avec des activités diverses, mais il manquait de moyens. Le temps passait. Mon apprentissage, qui dura trois ans, allait bientôt se terminer. Nous étions en 1969, je venais d’obtenir mon CAP de boulanger, il me fallait penser à quitter mon patron. Car rares étaient les patrons formant des apprentis qui restaient comme compagnons. Les entreprises étaient petites, surtout en campagne où, en plus du magasin, il fallait faire des tournées pour vivre et augmenter le chiffre d’affaires. Il en est de même de nos jours. Même si l’on était content que cela finisse, c’était le cœur serré, comme tout apprenti, qu’il fallait passer à autre chose : choisir la continuité, rester proche des siens, ou aller voir ailleurs. Pour moi, l’idée me trottait un peu dans la tête d’aller vers la capitale, Paris. Ce devait être fabuleux de découvrir cette ville, surtout que j’avais déjà deux frères en Île-de-France. Je pensais à ces proches qui faisaient état de toutes les choses à voir dans la capitale. Peut-être est-ce ainsi qu’a germé cette envie, d’ailleurs… Je devins compagnon boulanger sur Paris, mais avec une envie de faire autre chose. Loin de moi l’idée d’être à mon compte : ce n’était pas à l’ordre du jour, et en plus, avec quels moyens ? Et puis, j’étais beaucoup trop jeune. Je restai plusieurs années à Conflans-Sainte-Honorine, charmante localité, capitale de la batellerie, reproduisant avec une équipe toutes les formes de pains. Mon travail était plutôt monotone.
Puis, j’appris que le secteur de l’hôtellerie manquait de main-d’œuvre. Cette activité se développait très rapidement, correspondant à la demande de nouveautés. On entendait parler d’auberges de jeunesse, de bourses de voyage, de clubs Méditerranée. Ce secteur offrait de nombreux postes formateurs et assurait un avenir à beaucoup d’artistes reconnus. Pour cela, il me fallait démarrer en passant par une formation complémentaire. Le niveau scolaire dont je disposais n’était autre que mon CAP de boulanger. Je rencontrai une dame qui m’aida dans mes recherches et découvris une possibilité dans le département de l’Allier, plus exactement à Vichy, où le centre d’études de promotion du tourisme offrait des stages complets en cuisine, service en salle et autres « matières » concernant l’hôtellerie. Je passai un concours en 1972, et l’école hôtelière valida mon entrée pour une formation en 1973. À condition de réussir mon examen en fin de formation complète à l’école hôtelière, le responsable de la formation me dit que j’avais l’opportunité d’acquérir une solide expérience professionnelle à l’internationale et de développer ainsi toutes mes compétences.

 

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