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Cyborg philosophie ; penser contre les dualismes
de Thierry Hoquet

Le 22/05/2013 à 19:23 - 0 commentaire

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Résumé du livre
Cyborg hante la culture contemporaine, au cinéma ( Robocop, Terminator ) ou dans les mangas. Il s’incarne dans les sportifs dopés, dans les prothèses médicales et dans les fantasmes d’« humanité augmentée », voire immortelle. Mais Cyborg est aussi – et surtout – une figure philosophique. Cet hybride d’organisme et de machine bouleverse en effet les dichotomies fondamentales de notre pensée : nature/artifice, humain/non-humain nature/culture, masculin/féminin, normal/pathologique, etc. À partir d’une lecture personnelle des travaux de Georges Canguilhem et de Donna Haraway, Thierry Hoquet explore l’énigme de cette figure : Cyborg est-il un instrument susceptible de nous conduire vers une humanité libérée des dualismes, colombe platonicienne rêvant d’un ciel sans air où elle pourrait voler plus librement ? Ou marque-t-il au contraire notre asservissement à un système technique de contrôle et d’oppression, incarnation d’une humanité perdue dans le cliquetis mécanique de l’acier ? Penser philosophiquement Cyborg, c’est réfléchir sur les rapports entre la machine et l’organisme et sur la possibilité de les composer. C’est aussi penser la différence des sexes en lien avec la nature et la technique et, peut-être, ouvrir la voie à une autre manière d’articuler le masculin et le féminin. On l’a compris : Cyborg vient troubler la philosophie – il décrit notre condition et ses insolubles contradictions.

 

Premier chapitre

Présentation de Cyborg

 

 

 

 

En 1987, Paul Verhoeven mettait en scène RoboCop, l’une des figures les plus fortes de Cyborg. Alors que le crime et la corruption règnent sur Detroit, l’agent Murphy (Peter Weller) est atrocement mutilé par un gang mafieux, puis laissé pour mort, simple lambeau de chair ensanglanté. Mais les institutions s’emparent de ses restes et créent RoboCop, le policier de l’avenir. Cyborg, RoboCop l’est comme mixte de robotique et d’organisme : la machine et la chair fonctionnent de concert et lui permettent d’exécuter différentes opérations ou fonctions. Cyborg, RoboCop l’est aussi par ses ambiguïtés. D’un point de vue médical, RoboCop est le produit d’une expérimentation techno-scientifique : de prime abord, la robotique fonctionne comme une prothèse qui sauve la vie de l’agent Murphy dont il ne reste pas grand-chose ; mais la robotique est aussi le procédé par lequel les pouvoirs s’emparent d’un organisme et le détournent à leur profit. Le chirurgien en charge de la « réparation » décide par exemple d’amputer le bras qui reste à Murphy pour le remplacer par un bras robotique, jugé plus efficace. RoboCop n’est donc pas une simple prothèse : il est le point où l’acier se propose de se substituer à l’organique, où l’activité humaine prend possession des chairs vierges. RoboCop est-il encore humain ? Son identité est-elle toujours celle de Murphy ?

On en doute : non seulement l’organisme de Murphy a été réduit au minimum, mais sa mémoire même a été autant que possible lessivée. Il ne lui reste guère de souvenirs de sa vie et de ses amours d’avant : le policier de l’avenir ne doit pas s’encombrer de ces choses pesantes et perturbantes que sont les pensées et les émotions. La mélancolie n’est pas du monde de Cyborg. RoboCop a donc été rendu public : on s’est employé à supprimer tout ce qu’il pouvait y avoir de personnel en lui. Est-il complètement public pour autant ? En réalité, RoboCop est la propriété et le produit pilote d’une entreprise capitaliste : c’est un produit d’appel, conçu pour faire des affaires – privées. De plus, la politique qu’il sert est ambiguë. Idéalement, elle se résume au grand mot de « Justice » et au respect de la Loi. Mais s’il est l’inflexible serviteur de l’ordre, RoboCop  est avant tout le garant de l’ordre établi. Or, rien n’indique, loin de là, que cet ordre est juste. Les politiciens véreux qui gouvernent la ville ont d’ailleurs assorti leur policier modèle d’une directive qui l’empêche de se retourner contre eux et d’enquêter sur leurs propres crimes. En combattant les mafias rivales, RoboCop combat donc avant tout les factions adverses et les compétiteurs indélicats de ses propriétaires.

RoboCop est donc une identité sous copyright : c’est une marque qui rapporte ; une entreprise privatisée dont la prospérité sert les intérêts d’une caste, celle des dirigeants. Il est l’humain dépossédé de lui-même et transformé en marchandise à la mode : condamné à être remplacé sous peu par un produit de seconde génération, plus performant ou au design plus séduisant. C’est également l’individu dépouillé de sa personne et de sa liberté, assigné à devenir le valet du capitalisme et de la bourgeoisie. Le film se termine sur ce point sur une note optimiste : Murphy, dont les pensées affleuraient par bribes de l’automatisme des actions robotiques, finit par reprendre possession de sa personne et par recouvrer une certaine liberté, une certaine pensée ou une certaine humanité au sein du dispositif machinique. Par cette victoire contre l’aliénation ou la dépossession de soi, Cyborg peut donc, in extremis, garder quelque chose d’humain : des souvenirs, c’est-à-dire un avenir.

 

 

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