Extrait

Cosmicomics ; récits anciens et nouveaux
de Italo Calvino

Le 06/02/2014 à 22:27

Auteur : Italo Calvino
Editeur : Gallimard
Genre : litterature romans poche
Date de parution : 25/11/2013
ISBN : 9782070451098
Total pages : 544
Prix : 8.90 €
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Résumé du livre
'Chaque récit "cosmicomique" s'ouvre sur un passage tiré d'un ouvrage scientifique, comme s'il était présenté par la voix off d'un savant conférencier. Mais, très vite, la conférence scientifique est interrompue par quelqu'un dans le public qui lance une exclamation comme: "C'est vrai! ", "J'y étais! ", "Je vous assure que ça s'est passé comme ça! ", et commence à raconter. Cette voix appartient à un personnage qui répond au nom imprononçable de Qfwfq. ' Ce volume comprend Cosmicomics, Temps zéro, Autres histoires cosmicomiques et Nouvelles histoires cosmicomiques. Italo Calvino y narre le big bang (quand tous étaient serrés comme des sardines), l'apparition du Système solaire, celle des espèces animales... Autant d'épisodes d'une cosmogonie drolatique, qui réconcilie littérature, science et mythes.

 

Premier chapitre

 

 

 

La distance de la Lune

 

Autrefois, selon sir George H. Darwin, la Lune était très proche de la Terre. Ce sont les marées qui, peu à peu, l’en éloignèrent : les marées que la Lune précisément détermine dans les eaux terrestres, et par lesquelles la Terre perd lentement son énergie.

 

Je le sais bien ! — s’exclama le vieux Qfwfq —, vous ne pouvez pas vous le rappeler, vous autres, tandis que moi je peux. Nous l’avions toujours sur le dos, la Lune, elle était énorme quand c’était la pleine Lune — des nuits claires comme le jour, mais avec une lumière de la couleur du beurre —, on aurait dit qu’elle allait s’écraser ; et quand c’était la nouvelle Lune elle roulait à travers le ciel à la façon d’un parapluie noir emporté par le vent ; et durant sa croissance, elle avançait avec la corne tellement basse que pour un peu elle avait l’air d’être sur le point d’embrocher la crête d’un promontoire, et d’y demeurer ancrée. Mais pendant tout cela, le cycle de ses métamorphoses ne se faisait pas comme au jour d’aujourd’hui : parce que les distances du Soleil étaient bien différentes, et les orbites, de même que l’inclinaison de je ne sais plus quoi ; et donc des éclipses, avec la Terre et la Lune ainsi collées l’une à l’autre, il y en avait à tout moment : allez donc essayer de comprendre comment ces deux monstres arrivaient à ne pas se porter continuellement et mutuellement ombrage.

L’orbite ? Elliptique, bien sûr, l’orbite était elliptique : elle s’aplatissait un peu sur nous, et puis elle prenait un peu de distance. Les marées, quand la Lune était au plus bas, étaient tellement hautes qu’il n’y avait plus personne pour les retenir. Et il y avait des nuits de pleine Lune, celle-ci extrêmement basse, et de marée, celle-là extrêmement haute, au point que si la Lune ne se baignait pas dans la mer, il s’en fallait d’un cheveu ; disons de quelques mètres. Est-ce que nous n’avons jamais essayé d’y monter ? Et comment donc ! Il suffisait d’y aller, en barque, jusque dessous, d’y appuyer une échelle et d’y monter.

L’endroit où la Lune passait au plus près se trouvait au large des Écueils de Zinc. Nous y allions dans ces petites barques avec des rames dont on se servait alors, rondes et plates, faites en liège. On y tenait à plusieurs : le capitaine Vhd Vhd, sa femme, mon cousin sourd, et moi-même, et aussi quelquefois la petite Xlthlx qui devait avoir à l’époque environ douze ans. Ces nuits-là, l’eau était parfaitement calme, et argentée, on aurait dit du mercure, et dedans les poissons étaient violets, et, ne pouvant résister à l’attraction de la Lune, ils venaient tous à la surface, ainsi que des poulpes et des méduses couleur safran. Il y avait toujours un nuage de menues bestioles — des petits crabes, des calmars, et aussi des algues légères et diaphanes et des petites branches de corail — qui se détachaient de la mer et finissaient dans la Lune, suspendues à ce plafond plâtreux, ou bien qui restaient en l’air à mi-chemin, comme un essaim phosphorescent, et que nous écartions en agitant des feuilles de bananier.

 

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