Extrait

Comme un cuivre qui résonne
de Peter Stamm

Le 22/05/2013 à 19:37

Auteur :

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Date de parution :

ISBN :

Total pages :

Prix :

Peter Stamm

Christian Bourgois

romans et fiction romanesque

12/01/2009

9782267020106

18.25 €

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ISBN : 9782267020106

Editeur : Christian Bourgois

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ISBN : 9782267023381

Editeur : Christian Bourgois

Prix grand format : 14.99 €

 

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Résumé du livre
Peter Stamm ne tombe jamais dans la caricature, ni n'exploite un imaginaire de pacotille. En peu de pages -art de la nouvelle oblige-, les fragments de vie qu'il esquisse acquièrent une tangible épaisseur. La continuité qu'il restaure, comme naturellement, entre présent et passé, entre le discours intérieur de ses personnages et leurs faits et gestes, donne à son art, dès qu'on lui prête attention, une puissance discrète mais saisissante.(Patrick Kéchichian - Le Monde,16/01/2009)

 

Premier chapitre

L’attente

 

 

 

 

Il est étrange que, même en plein vacarme, on puisse percevoir un bruit très faible lorsqu’on s’y attend. Les autres ne l’ont sûrement pas entendu. Puisqu’ils ne connaissent pas ce bruit, ce léger craquement du plancher dans l’appartement du dessus. Ils continuent à parler comme si de rien n’était. Ils parlent, ils rient, boivent mon vin, mangent ce que je leur ai cuisiné, sans même se fendre du moindre commentaire. Ils croient sans doute me faire plaisir en me rendant visite. Il paraît que la plupart des femmes rencontrent leur partenaire sur leur lieu de travail. Moi, dans mon travail, on n’a affaire qu’à des enfants de cinq ou six ans. Et qu’à leurs parents, des couples, ou des mères qui élèvent leurs enfants seules. Karin et Pim se sont connus au scoutisme, Janneke et Stefan se sont rencontrés pendant leurs vacances en Australie. J’ai déjà entendu leur histoire des centaines de fois. Que deux Hollandais lient connaissance précisément en Australie, ils trouvent ça drôle ! Ils parlent des bonnes résolutions qu’ils ont prises le 1er janvier. Rabattre la lunette quand tu es allé aux toilettes, dit Karin à Pim. Tu ne le fais pas ? lui demande Janneke d’un air dégoûté. Elle dit qu’elle a appris à Stefan à faire pipi assis. Karin dit que les hommes ont un autre sens de l’hygiène. Et les femmes, qui jettent leurs tampons usagés dans la corbeille à papier ? dit Pim. Les voilà, leurs conversations. De toute la soirée, personne n’a dit le moindre mot sensé.

On peut avoir du café ? demande Stefan, comme si j’étais la serveuse. Non, je réponds. La première fois, ils n’entendent rien. Je dois le répéter haut et fort. Je suis fatiguée. Je serais contente que vous partiez maintenant. Ils rient simplement et disent : eh bien on ira boire le café ailleurs. En sortant, Janneke me demande encore si je vais bien. Elle me jette un regard compatissant comme lorsqu’un des enfants tombe et s’écorche le genou. On dirait presque qu’elle va se mettre à pleurer, mais elle n’écoute même pas quand je réponds : tout va bien, j’ai juste envie d’être seule. Je ne pense pas qu’ils vont encore aller au restaurant. Je ne pense pas qu’ils parleront de moi. Il n’y a rien à dire sur moi, et c’est très bien comme ça.

Je retourne sans faire de bruit dans le salon et je prête l’oreille. C’est d’abord silencieux, pendant un long moment, puis le craquement se fait à nouveau entendre. On dirait que quelqu’un rôde dans l’appartement du dessus, quelqu’un qui essaie de ne pas faire de bruit. Je suis les pas de la porte à la fenêtre, puis ils reviennent jusqu’au milieu de la pièce. Un meuble léger est déplacé, une chaise peut-être, puis voilà encore un autre bruit, je ne sais pas d’où il provient. On dirait que quelque chose est tombé, quelque chose de lourd, de mou.

Je n’ai jamais rencontré Mme de Groot, j’ai juste vu son nom écrit sur la sonnette, en bas à la porte de l’immeuble. J’ai pourtant l’impression de la connaître mieux que n’importe qui d’autre. J’ai entendu sa radio, son aspirateur, s’entrechoquer ses assiettes et ses casseroles, si fort que c’était comme si quelqu’un faisait la vaisselle dans ma propre cuisine. Je l’ai entendue se lever la nuit en traînant ses savates, faire couler le robinet de sa salle de bains, tirer la chasse ou bien ouvrir la fenêtre. Parfois, quand elle arrosait ses plantes, de l’eau gouttait sur mon balcon, mais si je me penchais pour regarder en l’air je ne voyais personne. Je pense qu’elle ne quittait jamais son appartement. J’aimais ces bruits. C’était comme si je vivais avec un fantôme, une créature invisible et bienveillante qui veillait sur moi. Il y a environ deux semaines, c’est devenu soudain silencieux. Depuis je n’ai plus rien entendu. Et maintenant ces craquements.

 

 

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