Extrait

Bain de lune
de Yanick Lahens

Le 03/11/2014 à 13:52 - 0 commentaire

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ISBN : 9782848051178

Editeur : Sabine Wespieser

Prix grand format : 20 €

 

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Résumé du livre
Après trois jours de tempête, un pêcheur donne l'alerte : il vient de découvrir le corps d'une jeune fille échoué sur la grève. On ne sait pas comment ni pourquoi la dernière des Lafleur s'est retrouvée là. Sa voix de rescapée va bientôt s'élever, tel un contrepoint à l'ample roman familial que déploie ici Yanick Lahens, pour convoquer les trois générations qui l'ont précédée.
Les Lafleur ont toujours vécu à Anse-Bleue, un village d'Haïti où la terre et les eaux se confondent dans une violente beauté. Entre eux et les Mésidor, l'histoire est ancienne, et le ressentiment aussi. Il date du temps où cette famille de nantis a fait main basse sur toutes les bonnes terres de la région. Les Lafleur vivent désormais du maigre produit de leur petite exploitation.
Quand, au marché, Tertulien Mésidor, l'homme au regard de seigneur et de voyou, s'arrête comme foudroyé devant l'étal d'Olmène Lafleur, quinze ans à peine, les cartes promettent d'être rebattues.
La passion de ces deux-là va se jouer sous le regard des hommes et des dieux, à rebours des idées reçues sur une île à genoux.
Prix Femina 2014

 

Premier chapitre

1

 

 

APRÈS UNE FOLLE ÉQUIPÉE de trois jours, me voilà étendue là, aux pieds d’un homme que je ne connais pas. Le visage à deux doigts de ses chaussures boueuses et usées. Le nez pris dans une puanteur qui me révulse presque. Au point de me faire oublier cet étau de douleur autour du cou, et la meurtrissure entre les cuisses. Difficile de me retourner. De remonter les jambes. De poser un pied par terre avant que l’autre suive. Pour franchir la distance qui me sépare d’Anse Bleue. Si seulement je pouvais prendre mes jambes à mon cou. Si seulement je pouvais m’enfuir jusqu’à Anse Bleue. Pas une fois je ne me retournerais. Pas une seule fois.

Mais je ne le peux pas. Je ne le peux plus...

Quelque chose s’est passé dans le crépuscule du premier jour de l’ouragan. Quelque chose que je ne m’explique pas encore. Quelque chose qui m’a rompue.

Malgré mes yeux figés et ma joue gauche posée à même le sable mouillé, j’arrive quand même, et j’en suis quelque peu soulagée, à balayer du regard ce village bâti comme Anse Bleue. Les mêmes cases étroites. Toutes portes et toutes fenêtres closes. Les mêmes murs lépreux. Des deux côtés d’une même voie boueuse menant à la mer.

J’ai envie de faire monter un cri de mon ventre à ma gorge et de le faire gicler de ma bouche. Fort et haut. Très haut et très fort jusqu’à déchirer ces gros nuages sombres au-dessus de ma tête. Crier pour appeler le Grand Maître , Lasirenn et tous les saints. Que j’aime- rais que Lasirenn m’emmène loin, très loin, sur sa longue et soyeuse chevelure, reposer mes muscles endoloris, mes plaies béantes, ma peau toute ridée par tant d’eau et de sel. Mais avant qu’elle n’en- tende mes appels, je ne peux que meubler le temps. Et rien d’autre...

De tout ce que je vois.
De tout ce que j’entends.
De tout ce que mes narines hument.
De chaque pensée, fugace, ample, entêtante. En attendant de 
comprendre ce qui m’est arrivé.

L’inconnu a sorti son téléphone portable de sa poche droite : un Nokia bas de gamme comme on en voit de plus en plus au All Stars Supermarket à Baudelet. Mais il n’a pas pu s’en servir. Il tremblait de tous ses membres. Tant et si bien que le téléphone lui a échappé des mains et est tombé tout contre ma tempe gauche. Encore un peu et le Nokia aurait achevé de m’enfoncer l’œil...

L’homme a reculé d’un mouvement brusque, le regard épouvanté. Puis, prenant son courage à deux mains, a plié lentement le torse et allongé le bras. D’un geste rapide, il a attrapé le téléphone en pre- nant un soin inouï à ne pas me toucher.

Je l’ai entendu répéter tout bas, trois fois de suite, d’une voix étouffée par l’émotion : « Grâce la Miséricorde, grâce la Miséricorde, grâce la Miséricorde. » J’entends encore sa voix... Elle se confond avec la mer qui s’agite en gerbes folles dans mon dos.

 

 

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