Extrait

A vous
de Catherine Cusset

Le 10/02/2014 à 02:09 - 0 commentaire

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Prix :

Catherine Cusset

Gallimard

romans et fiction romanesque

11/09/2003

9782070302222

176

5.60 €

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ISBN : 9782070302222

Editeur : Gallimard

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Editeur : Editions Gallimard

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Résumé du livre
D'Amérique où elle a suivi son mari, Marie T. s'adresse à Aloïs Man, l'écrivain parisien séducteur dont la rencontre a changé sa vie. Inspirée par l'apprentissage difficile de la vie de couple, Marie écrit le roman qu'Aloïs Man attend. Elle le lui envoie. Il ne répond pas. Le silence d'Aloïs Man obsède la jeune femme. Elle l'entend comme un défi qui la pousse à l'adultère. Elle rencontre Tony, un jeune garçon qui tond des pelouses, et Paul, un physicien new-yorkais. Entrée dans le mensonge et la trahison, Marie n'a plus qu'un désir: se débarrasser d'Aloïs Man. Elle retourne à Paris pour revoir l'homme qui joue avec elle depuis cinq ans, et pour en finir. Sur un rythme tendu comme celui d'un thriller, l'histoire d'une possession.

 

Premier chapitre

 

 

 

 

Vous dites : la rupture ça n'existe pas, ou bien c'est qu'il n'y avait pas de relation. Nous sommes au bar, à votre table, il y a cinq ans et demi. Vous prononcez cette phrase de la voix que vous prenez pour décocher vos axiomes, la voix de l'évidence. Je me tais. Je rougis et je baisse les yeux. Je prends mon verre de Coca pour me donner une contenance et je le porte à mes lèvres ; le glaçon, bloqué par la rondelle de citron, tombe du fond du verre et fait couler au coin de mes lèvres quelques gouttes brunes que je récupère discrètement du bout de la langue. Vous m'offrez ces mots comme une consolation pour stopper le flux émotif que vous ne pensiez pas déclencher quand vous m'avez posé, pour la première fois depuis que je vous connais, des questions sur ma vie privée. Vous vouliez simplement savoir si j'étais heureuse, s'il y avait un homme dans ma vie, et voilà que je vous raconte un drame en quelques mots, une rupture récente et douloureuse, et que ma voix en tremble. Vous n'en demandiez pas tant. Vous n'êtes pas du genre à prendre ma main sur la table et à me dire allez, Marie, tout ira bien, ne vous inquiétez pas. Votre voix résonne, péremptoire. La rupture ça n'existe pas, ou bien c'est qu'il n'y avait pas de relation. Voilà. C'est une loi. De ma vie personnelle, vous ne savez rien, et c'est précisément ce que j'aime avec vous ; chaque fois que je vous retrouve au bar, je la laisse au vestiaire.

Laurent et moi, nous avons rompu, c'est donc que nous n'avions pas de relation. Voilà ce que vous me dites. Et c'est l'évidence. Il y a eu un an d'amour, d'abord, nous avions dix-neuf ans, nous avons découvert nos corps. Puis les mots, quatre années passées à parler, à étouffer la peur sous les mots depuis la nuit dans le night-club de Juan-les-Pins. Il est minuit ou une heure, Laurent me trouve très sexy avec ma petite robe moulante en Stretch noir et ma peau bronzée, il paie l'entrée pour nous deux, nous entrons dans la boîte de nuit, la musique assourdissante et la foule bondissante invitent à entrer dans la danse, et soudain je suis déprimée. C'est quelque chose de lourd qui me tombe dessus, comme un couvercle en plomb, qui m'ôte toute envie de danser. Je me laisse tomber dans un fauteuil, pendant que Laurent fait la queue au bar pour me rapporter un gin-fizz. Un type s'assied près de moi. Je fais non de la tête. Il insiste. Je tourne la tête avec impatience, je lui dis que je ne suis pas seule. Ça ne le décourage pas, il dit qu'il n'a jamais vu quelqu'un qui a l'air aussi triste que moi, ma bouche plissée ne le démonte pas, il est d'une exquise bonne humeur, il enchaîne des paris et des propositions délibérément bêtes, et son sourire finit par me gagner. Il est aussi brun que Laurent est blond, il a des poils qui sortent du col de son tee-shirt, une chaîne en or autour du cou, des traits durs et des yeux bruns avec de longs cils, il est grand, au moins une tête de plus que Laurent qui est à peu près de ma taille. Déjà il a passé un bras autour de mes épaules et moi, dans l'humeur passive et triste où je suis tombée, je ne me défends pas. Laurent revient avec deux verres de gin-fizz. Il est face à nous. Le type dont je ne sais pas le nom et qui a toujours son bras autour de mes épaules lève la tête et ricane : c'est ce nabot ton copain ? Pas possible ! Soudain il plonge vers moi, il prend ma bouche à pleines lèvres, il rentre sa langue dans ma bouche et je me laisse faire, et je m'ouvre, et je sens la chaleur dans mon ventre. Quelque chose me frappe, j'entends un hurlement ; je m'arrache aux bras du type, je vois mon paquet de cigarettes par terre que Laurent m'a lancé, et Laurent a disparu. Reste, mais reste, me dit le type, et moi je cours hors de la boîte de nuit, horrifiée. Je cours le long de la falaise, dans la nuit on ne voit rien, on n'entend rien sauf la mer, en bas. J'appelle Laurent, je tremble. Je descends à toute allure la route jusqu'à la plage, je crie, je pleure, je hurle son nom, et personne ne répond ; je n'arrive pas à croire qu'il ait sauté, mais cette douleur dans ma poitrine et le cri de Laurent me disent qu'il en est capable. Soudain j'entends un son, lointain, qui vient de la mer. Quand Laurent me rejoint, il grelotte dans ses habits mouillés : il a plongé tout habillé dans la mer glacée après le mistral. Pendant des heures on reste assis sur la plage dans les bras l'un de l'autre, il pleure, je pleure et il essuie mes larmes, on se réchauffe l'un contre l'autre, et c'est cette nuit-là que les mots viennent. Même la trahison peut se justifier quand on a trop peur de ne plus aimer. Pendant les quatre ans qui suivent, on parle. Les mots colmatent chaque infidélité, ma dépression subite quand on commence à parler de mariage, et même les réactions violentes de mon corps, ces infections que j'attrape chaque fois qu'on fait l'amour. Je dis à Laurent je t'aime, c'est toi que j'aime même si j'en désire d'autres, je suis faite comme ça, je ne peux rien y faire, divisée en deux, d'un côté mon désir pour des types que je ne peux pas aimer, de l'autre mon amour pour toi qui ne peut pas cesser. Laurent comprend, il me plaint ; il me répond je t'aime assez pour accepter que tu couches avec d'autres si ton désir est là, assez pour accepter d'être frustré. Mais l'écart devient trop grand. Je ne supporte plus qu'il pose sa main sur mon ventre, je ne supporte plus qu'il me touche, tout mon corps se hérisse, se rétracte, je dis attends, ça va passer, Laurent attend un mois, deux mois, trois mois, on continue à parler, à s'aimer, et mon corps se dérobe toujours. Cinq mois, six mois. Les mots n'arrivent plus à couvrir la brèche. Un jour Laurent constate tristement Marie, tu ne m'aimes pas, et ce jour-là je ne réponds pas, je n'ai plus rien à dire. Il a fallu quatre ans.

 

 

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